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PRO024| identifiant | PRO024 |
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| fait partie de | proclamation |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/05/01 00:00 |
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| titre | Opinion de Perrée sur le gouvernement héréditaire, 11 floréal an 12 (1er mai 1804) |
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| texte en markdown | TRIBUNAT. OPINION de PERRÉE, sur la motion relative au Gouvernement héréditaire.
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Tribuns,
Il est temps, sans doute, de revenir au point d'où nous sommes si inconsidérément partis.
Dix ans de délire, de paroles et d'actions ; une génération engloutie ; les richesses de plusieurs générations consommées ;
Le savoir, l'honneur et l'innocence proscrits ou immolés ;
La Divinité insultée :
Tel a été le résultat de cette souveraineté, créée pour l'effroi du présent et pour l'exemple de l'avenir.
Les plus viles passions ont bien pu s'emparer des rênes d'un empire que tenoit d'une main foible la probité privée, jouet de la corruption de sa famille, si coupable par sa félonie et sa trahison envers la nation.
Mais, dans un temple inconnu du crime, l'éternelle raison, la force du climat et des mœurs, la conscience de la nation, travailloient de concert et en silence à rétablir une autorité digne de leurs efforts.
Depuis dix ans, chaque jour la victoire et la magnanimité déposoient dans cet asile leurs droits et leurs titres.
C'étoit le temple de la gloire : ses portes ne devoient s'ouvrir qu'à la voix de la patrie reconnoissance ; elle y a donné l'autorité suprême à l'homme qui, pardessus tous les genres de courage, a eu celui de l'accepter.
Il a justifié l'attente de la patrie ; il s'est montré digne de sa fortune.
Les décrets de la providence sont remplis.
Qu'il gouverne long-temps pour le bonheur des Français, pour l'affermissement de l'Empire dont il a si loin reculé les bornes.
Il vous étoit réservé d'évoquer les événemens du septième et du dixième siècles, pour les appliquer à des emblables circonstances.
Mais alors la noblesse laissa prendre ce qu'elle ne pouvoit garder.
Le clergé confirma ce qu'il s'étoit arrogé, le droit de disposer au nom du ciel.
Et tous deux ne s'oublièrent pas dans la transaction.
Les chaînes de la servitude restèrent les mêmes.
Maintenant la nation est dans tous et pour tous ; tous sont la nation, illustrée par tant de prodiges de valeur, de dévouement et de patience.
Ici, sous les portiques de ce palais, ont été développées les premières opinions généreuses de 1789.
Les abstractions et leurs fauteurs ont passé.
Ici, au milieu de vous, qui avez traversé les orages de trois, constitutions, commande la voix de la nécessité et du sentiment.
Dans quel moment plus calme sera-t-il permis d'obéir à une voix aussi puissante et aussi chère ?
Vous êtes l'écho légal de l'acclamation nationale : elle veut l'hérédité du pouvoir ; elle veut l'égalité des droits.
Elle veut l'un pour éternel hommage à tant de sacrifices, l'autre pour son repos et pour le maintien de tant de gloire.
Soyons donc en mesure de la majesté nationale, en mesure de la préscience de celui qui a devancé le temps.
Consacrons le vœu d'hérédité de l'autorité suprême dans la famille du premier Consul par tous les vœux qui peuvent rendre cette autorité glorieuse, prospère et durable.
1. Je demande une loi relative à l'ordre successif de cette hérédité.
Cette loi, déclarée loi fondamentale de l'Etat, sera placée en tête du Code civil des Français ; elle en sera le principe, tandis que l'hérédité féodale n'étoit que la conséquence de la loi salique.
2. La perpétuité du régime représentatif, objet de la vénération comme de l'attachement des Français.
3. La permanence d'un corps intermédiaire, égal à tous par les droits, supérieur à tous par les grands services rendus à la patrie ;
Que ses membres, gardiens de la liberté civile, obtiennent le respect des peuples par leur courage à dire la vérité au Gouvernement, et la confiance du monarque qu'ils feront chérir des peuples.
4. L'indépendance des tribunaux.
5. La dépendance civile des ministres de tous les cultes.
Ainsi nous paierons notre dette à la patrie et à celui qui la préserva de l'anéantissement.
Puissent les successeurs du premier Consul conserver, par vénération pour sa mémoire, pour leur propre intérêt, pour la prospérité nationale, le plus bel héritage qui ait jamais été transmis, celui de son génie et de sa gloire, celui de la reconnoissance des Français ! Là seulement est notre garantie.
J'adopte le vœu proposé.
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
Floréal an 12. |
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