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PRO020| identifiant | PRO020 |
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| fait partie de | proclamation |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/05/01 00:00 |
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| titre | Discours prononcé par Challan sur le gouvernement héréditaire, 11 floréal an 12 (1er mai 1804) |
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| texte en markdown | TRIBUNAT. DISCOURS prononcé par CHALLAN,
Sur la motion relative au Gouvernement héréditaire.
Séance extraordinaire du 11 Floréal an 12.
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Citoyens tribuns,
En me faisant inscrire pour l'ordre de la parole ; je me félicitois de n'avoir à exprimer que mon assentiment au vœu général ; je me disois tout ce qui a été fait de grand et d'utile depuis que les rênes du gouvernement sont confiées à Napoléon Bonaparte a dû rassurer le petit nombre de ceux qui ont résisté à l'impulsion de l'immense majorité lors de l'élection à vie, et ils doivent être maintenant réunis à la volonté générale à cause de la félicité publique et de la tranquillité dont ils ont joui ; car nul ne se refuse à l'évidence. J'ai mois à croire que le temps qui s'est écoulé avoit permis à la réflexion de comparer et de calculer les funestes effets de l'influence étrangère lorsque l'existence d'un gouvernement dépend, ou d'une élection orageuse, ou du mouvement des factions, qui se reproduisent sous mille formes diverses ; je considérois que, pour être gouverné par des chefs temporaires, on n'étoit pas à l'abri du despotisme : et, pour s'en convaincre, ne suffit-il pas de se rappeler et la terrible dictature du Comité de salut public, et le moment où le Directoire éloignoit du Luxembourg une partie de ses membres, et cette journée où nous sûmes résister à une minorité égarée qui vouloit déclarer la patrie en danger, au risque de renouveler les scènes d'horreur que les ennemis de la France avoient si cruellement multipliées.
Alors n'étoit-ce pas le peu de stabilité du Gouvernement et la division du Pouvoir exécutif, qui faisoit qu'aucune digue n'étoit assez forte pour arrêter le torrent dévastateur ?
Sans doute le peuple a le droit de se choisir des chefs ; sans doute il a celui de repousser tout gouvernement qui viole le pacte social : mais, en exerçant cette souveraine faculté, il est loin sans doute de se livrer comme un patrimoine : cette démarche seroit indigne de lui et du chef qu'il se seroit donné. Que doit-il chercher ? Le bonheur.
Or les nations ne sont vraiment heureuses que par le calme, qui permet à tous de se livrer sans trouble à l'industrie, avec la certitude d'en recueillir les fruits et de les consommer sans inquiétude.
C'est vers ce but que tendent toutes les volontés ; et si quelques peuples de l'antiquité ont souvent lutté au sein des orages politiques, c'est parce que, dans ces temps dont nous admirons quelquefois l'héroïsme et dont nous plaignons encore plus l'agitation, nulle autorité prépondérante n'empêchoit qu'une portion ne fût déchirée par les dissensions, ou qu'une autre ne gémît sous le poids de la servitude : et si l'on me cite les Romains, je prierai que l'on se rappelle ces empereurs aussitôt massacrés qu'élus, et ces proscriptions qui font frémir la nature.
Le perfectionnement des sociétés a fait apprécier ces théorèmes dont l'esprit de système nous a dissimulé les dangers, et tiré des conséquences si brillantes. Les États-Unis de l'Amérique ne peuvent pas plus servir d'exemple à une nation dont les hautes destinées sont élevées au-dessus de toute comparaison. Laissez arriver ce peuple naissant, et nous verrons s'il conservera un régime bon pour ce moment, et qui pourroit lui être funeste avec plus de grandeur.
L'esprit de civilisation qui a maintenant pénétré dans toutes les classes fait que, ni le despotisme, ni l'anarchie, ne peuvent plus dominer long-temps sur les nations ; car l'un et l'autre causent également la ruine des Empires : ainsi nulle crainte sur la renovation des priviléges, que l'on suppose devoir étayer le pouvoir absolu ; et si le problème pouvoit être douteux, le peuple français ne l'auroit-il pas résolu ? Eclairé autant que brave, il a su renverser l'un et se soustraire aux désordres de l'autre ; il ne peut donc plus être en proie aux illusions : l'expérience du passé, la jouissance d'un temps meilleur, que le génie de Bonaparte a fait naître lui ont appris à chérir uniquement la véritable liberté.
En vain les fauteurs du despotisme, ces fils ingrats qui se plaisent encore dans l'horreur des séditions ; méconnoissent-ils la volonté nationale : instrumens coupables d'un gouvernement perfide, ils ne réussiront plus à tromper notre loyauté.
Cependant, se livrer à une sécurité sans borne seroit imprudence, et l'intérêt du peuple nous commande d'enlever tout espoir à leur coalition impie. Pour cela il ne suffit pas de défendre la génération qui existe contre leurs attentats, mais encore il faut assurer le bonheur de celle qui arrive : les prétentions que l'on conserve sur l'avenir sont toujours funestes au temps présent.
Ce sont ces principes qui, sans doute, ont dicté les propositions de notre collègue Curée : j'y adhère, parce que je les crois salutaires, patriotiques, conformes au vœu de la Nation, qui a voulu la liberté, et non la licence, qui a voulu la réforme des abus, et non la dissolution de tous les rapports sociaux ; qui a applaudi au courage de ses représentans, et blâmé l'erreur de quelque-uns : en sorte que la gloire de la révolution lui appartient ; et ses fureurs sont les crimes de la nouvelle Carthage.
Quel moment plus favorable pour obéir à la volonté première du Peuple français, que celui où un héros préside à ses destinées, dont la rare sagesse a tout fait par la vérité et la raison ; un chef enfin dont la famille féconde en vertus et en talens, s'est, à son exemple, illustrée dans les conseils, dans les cabinets et dans les camps ?
Et lorsqu'une nation grande, généreuse, pénétrée d'admiration pour son premier magistrat, l'élève sur le pavois, et le proclame à la face de l'univers, qui osera attaquer le gage de son amour.
Je le demande même aux conquérans qui foulent orgueilleusement la terre des vaincus : est-il un titre plus sacré que celui de l'affection et de la reconnoissance ? Et comment pourroit-on redouter un pouvoir qui prend sa source dans de tels sentimens, et dont la force est tout entière dans la justice ?
Citoyens et magistrats, je le répète, chérissez un gouvernement paternel, mais craignez un gouvernement foible ; c'est lui qui forge des chaînes à la liberté : la main forte, au contraire, soutient le niveau dans son équilibre. Mais qu'ai-je besoin de m'étendre ? Des orateurs plus habiles, vos propres lumières, ont fait passer la conviction dans vos ames ; et je ne dois pas retarder l'expression du vœu national, auquel je m'unis et comme Citoyen et comme Tribun.
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
Floréal an 12. |
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