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PRO040| identifiant | PRO040 |
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| fait partie de | proclamation |
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| est validé | oui |
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| date | 1802/08/15 00:00 |
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| titre | Consulat à vie : Discours de Marcorelle au Corps Législatif, 27 thermidor an 10 (15 août 1802) |
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| texte en markdown | CORPS LÉGISLATIF. DISCOURS prononce par le Citoyen MARCORELLE,
orateur des membres du Corps législatif.
Le 27 Thermidor an 10.
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Général premier Consul,
Il étoit réservé au commencement du dix-neuvième siècle d'offrir à l'Univers le spectacle d'une nation qui, par un sage retour sur elle-même, a su restreindre dans de justes bornes l'usage de sa liberté, et qui, pour en assurer l'existence, en remet le dépôt aux mains les plus dignes de le conserver.
Jamais, si l'on considère le nombre des suffrages et la circonstance dans laquelle ils ont été émis, le vœu d'un peuple n'a été consacré par une délibération plus libre, plus solennelle et plus réfléchie.
Dans un temps où la prudence n'a point encore permis d'alléger le fardeau des impositions, où le commerce long-temps paralysé, malgré des soins si sages et si multipliés, reprend à peine le mouvement et la vie ; lorsque l'intempérie des saisons nous livroit à une sorte de pénurie de subsistances, le peuple français, appréciant les efforts du Gouvernement, jugeant de ce que vous feriez par ce que vous aviez déja fait, a juré de maintenir votre administration, tant qu'il plaira au Ciel de prolonger des jours si précieux à l'État.
Eh ! quelles mains pouvoient plus dignement soutenir cet immense édifice que celles qui l'ont commencé, et qui viennent de l'asseoir sur les plus solides fondemens ?
Ainsi donc, Général premier Consul, tandis que la République entière se pressoit autour de ses magistrats pour vous décerner les témoignages de sa gratitude, vous prépariez les développemens organiques de la Constitution ; vous méditiez en silence de nouveaux bienfaits, comme si vous eussiez voulu avertir les hommes qu'il est des dettes au niveau desquelles leur reconnoissance ne sauroit atteindre, des dettes que leur amour seul peut acquitter.
Premier Consul, la France a acquis, au prix de ses malheurs, une utile expérience : elle s'est convaincue que des spéculations savantes ne complètent point dans quelques jours la législation d'un grand peuple ; que la théorie la plus attentive laisse toujours dans le corps politique quelques incohérences que la prévoyance humaine ne peut éviter. Si les parties de ce corps sont inflexibles, si leurs rapports sont immuables, la disproportion, en apparence la plus légère, menace l'ouvrage entier d'une prochaine destruction.
Votre prudence a su nous garantir de cet écueil : vous avez beaucoup fait pour la liberté ; vous n'avez pas moins fait pour la tranquillité publique, et vous vous êtes réservé la faculté de pourvoir encore au soutien de l'une et de l'autre, suivant que l'expérience en démontrera la nécessité.
Ce n'étoit point assez d'assurer le bonheur présent ; il falloit aussi préparer le repos de l'avenir, en assurant, sans secousse, la transmission du pouvoir, et, par cette sage prévoyance, mettre la France à l'abri de ces convulsions périodiques qui épuisent graduellement un État, qui le livrent à l'influence toujours croissante des nations étrangères, et dont le terme aussi honteux qu'inévitable, est un démembrement par lequel s'anéantit son existence politique.
Il vous appartenoit de résoudre ce grand problème en respectant l'égalité, premier droit et premier bien des Français. Sans ouvrir les portes à la licence, vous avez conservé au peuple le droit de manifester sa volonté ; sans donner des armes à la tyrannie, vous avez ménagé au Gouvernement des ressources pour réprimer les écarts de l'intrigue et de l'ambition populaire ; vous avez donné à la représentation nationale un caractère plus parfait, en rattachant plus immédiatement le Corps législatif au peuple, dont sa destination le rend l'organe ; enfin, vous avez donné une nouvelle existence à un Sénat qui, aboutissant, d'un côté, au peuple représenté dans les colléges électoraux, se trouve, de l'autre, en contact avec les chefs du Gouvernement ; et, par ce moyen, vous avez établi un véritable intermédiaire entre le pouvoir et la souveraineté.
L'allégresse de tous les amis de la chose publique est un garant de vos succès ; les frémissemens même de ses ennemis en offrent un gage non moins certain.
Premier Consul, le Corps législatif, rempli d'admiration pour de si nobles travaux, s'enorgueillit d'être auprès de vous l'interprète des sentimens de la Nation.
Elle vous a confié, pour toute la durée de votre vie, le soin de sa destinée ; elle conserve auprès de vous deux magistrats de votre choix, qui, par la sagesse de leur caractère et leur haute expérience, ont contribué à alléger le poids de vos travaux.
Elle n'a plus qu'un vœu à former.
Puissiez-vous, pendant de longues années, jouir de son bonheur, qui sera votre ouvrage, comme son amour est déja votre récompense ! et lorsqu'enfin plein de gloire et de jours, vous irez recevoir la dernière récompense de vos vertus, puisse votre nom, inscrit à la première page des annales du Consulat, être offert d'âge en âge à vos successeurs comme un grand exemple, à nos derniers neveux comme l'objet de la plus profonde vénération !
Le premier Consul a répondu de la manière suivante :
L'union du Peuple français, dans ces circonstances, le rend digne de toute la grandeur et de toute la prospérité auxquelles il est appelé.
Le vœu formé plusieurs fois par le Corps législatif et le Tribunat vient d'être rempli par le Senatus-Consulte ; et les destins du Peuple français sont désormais à l'abri de l'influence de l'Étranger, qui, jaloux de notre gloire et ne pouvant nous vaincre, auroit saisi toutes les occasions pour nous diviser.
Le Corps législatif est appelé, à sa première session, aux discussions les plus chères à l'intérêt public ; et le Gouvernement attend, pour le convoquer, le moment où tous les travaux des codes, que le Conseil d'État et le Tribunat discutent, seront plus avancés.
Dans cet intervalle, le peuple organisera les différens colléges ; et les membres du Corps législatif qui se trouvent dans leurs départemens, concourront, par leurs conseils, à éclairer les assemblées dont ils font partie, sur leurs choix.
Le Gouvernement accueille avec satisfaction les sentimens que vous venez de lui exprimer.
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
Fructidor an 10. |
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