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PRO033| identifiant | PRO033 |
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| fait partie de | proclamation |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/05/03 00:00 |
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| titre | Discours de Leroy (de l'Orne) au Tribunat, 13 floréal an 12 (3 mai 1804) |
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| texte en markdown | TRIBUNAT. LEROY (de l'Orne), AU TRIBUNAT.
Paris, 13 Floréal an XII.
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Mes collègues.
Malade depuis quinze jours, je n'ai pu suivre vos conférences privées, ni vos discussions publiques. J'espérai constamment pouvoir du moins aller voter aujourd'hui dans la grande question qui vous occupe ; mais le mal s'y oppose. J'ai pensé que, dans une délibération aussi grave, il étoit du devoir de chacun de nous de faire connoître son opinion. Je vous prie donc de me permettre d'exprimer ici la mienne.
Je déclare que, dans toute la plénitude de ma conscience, je vote la dignité impériale en faveur de Napoléon BONAPARTE, et héréditairement dans sa famille.
Cette mesure peut seule assurer les grands résultats de la révolution, sauver les nombreux intérêts enfantés par elle. Cette innovation introduite dans notre système politique obtiendra la reconnoissance de la Nation. Sans doute elle éprouvera quelque contradiction de la part des préjugés, et il en est d'ancienne et de nouvelle date ; mais les premiers doivent se taire devant l'histoire, qui présente une foule d'exemples pareils à celui qu'offre en ce moment parmi nous une race usée et ennemie. Hugues Capet donna la terrible leçon dans le dixième siècle ; son descendant, le comte de Lille, la reçoit dans le dix-neuvième. La dynastie des Bourbons finit aussi légitimement qu'elle a commencé, du vœu et de l'intérêt des Français. Quant aux préjugés révolutionnaires, que peuvent dire ceux qui en conservent encore, pour justifier leur opiniâtre et funeste aveuglement ? La France ne s'est-elle pas soumise avec une incroyable docilité pendant près de huit ans à leurs nombreux et inutiles essais ? Faut-il qu'elle consente à voir recommencer leurs sanglantes expériences ? Diront-ils que l'égalité est perdue ? nous répondrons que l'égalité n'a fait qu'un sacrifice commandé par son propre salut, que nous n'en reconnoissons plus de nécessaire.
Les mots république et religion ont en sanglanté la terre, parce que de leur nature ces noms respectables signifient tout ce que veulent leur faire signifier des fourbes adroits. Il étoit temps de proclamer une vérité éternelle que le fanatisme méconnoît toujours, et que l'esprit de parti aussi a toujours grand soin d'obscurcir dans les temps de discordes et de révolutions ; c'est qu'aux yeux du législateur sage les diverses formes de gouvernement ne sont que des moyens, que l'objet est le bonheur.
La question, ainsi réduite à ses véritables termes, est résolue, quant à la France actuelle, pour tout homme d'un bon esprit et sincère ; car point de bonheur pour les individus, point de prospérité pour les nations sans la sécurité. Le Premier Consul a donné la paix à la France ; il a ramené la tranquillité intérieure ; il a rendu le calme aux consciences : mais rien n'avoit pu rendre encore le repos aux esprits. Oui, un Gouvernement héréditaire étoit dans les besoins de mon pays, pour qu'à la mort du héros qui nous gouverne nous fussions sûrs d'échapper aux ambitions rivales et à leurs déchiremens. Il étoit sur-tout dans ses besoins, pour préserver une tête si chère des coups de la machiavélique Angleterre ; car, sans doute, son atroce politique ne va pas jusqu'à commettre des crimes inutiles.
Je m'arrête, mes Collègues ; je crains d'avoir suspendu déja trop long-temps l'émission d'un vœu qui tarde à votre patriotique impatience. Pourtant, qu'avant de finir il me soit permis d'exprimer le regret que le tribun Curée n'ait pas développé le troisième paragraphe de sa motion. Il me semble que le vœu du Tribunat, qui en va être la suite, eût été plus complet. Sans doute la dignité impériale établie, tous les rapports dans la constitution de l'état sont changés ; sans doute de nouvelles institutions, des modifications dans les anciennes deviennent indispensables. Le Tribunat avoit sa part dans la discussion de ces grands intérêts, et spécialement en ce qui étoit relatif à la nouvelle action de la représentation nationale, à la garantie de son indépendance, au maintien devenu plus utile que jamais d'une autorité tribunitienne distincte, au serment réciproque de fidélité devant unir l'Empereur et les représentans de la nation ; car nous ne travaillons pas pour le moment présent seulement, mais pour les siècles.
Je regretterai toute ma vie qu'il ne m'ait pas été possible de discuter au milieu de vous ces importantes questions. Il m'eût été bien doux, en soumettant mes idées à votre amour éclairé des droits du peuple, d'attacher mon modeste fleuron à la couronne impériale, qui est bien ici la couronne civique.
Signé, LEROY.
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
Floréal an 12. |
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