| identifiant | PRO039 |
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| fait partie de | proclamation |
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| est validé | oui |
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| date | 1802/05/14 00:00 |
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| titre | Consulat à vie : Discours de Chabot (de l'Allier) présentant le vote des tribuns au Gouvernement, 24 floréal an 10 (14 mai 1802) |
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| texte en markdown | TRIBUNAT. DISCOURS prononcé par CHABOT (de l'Allier),
Orateur de la députation chargée de présenter au Gouvernement les votes individuels des membres du Tribunat sur la question proposée au Peuple français.
24 Floréal an 10.
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Citoyens Consuls,
Nous venons déposer dans les mains du Gouvernement les votes individuels des membres du Tribunat sur cette question soumise à la décision du Peuple : Napoléon Bonaparte sera-t-il Consul à vie ?
Voter sur cette grande question, c'étoit, pour le Tribunat, voter sur l'exécution même du vœu qu'il avoit solennellement émis à sa séance du 16 floréal ; et il étoit convenable, sans doute, qu'ayant pris l'initiative de la mesure, il fût aussi le premier à l'exécuter.
Mais bientôt le peuple tout entier manifestera sa volonté suprême. Et comment ne s'empresseroit-il pas d'attacher à ses destinées, par le lien le plus durable, l'homme dont la valeur et le génie ont déja fait tant de prodiges ; qui, toujours vainqueur à la tête des armées, fut toujours grand et magnanime à la tête du Gouvernement ; qui sauva la liberté publique, termina la guerre la plus sanglante par la paix la plus honorable, rétablit la morale et la religion, ramena l'ordre et la sécurité, et qui veut encore ajouter à tant de bienfaits celui de consacrer sa vie entière au bonheur de ses concitoyens ?
C'est donc sur ses intérêts les plus chers que le Peuple français est appelé à émettre son vœu, et c'est aussi sous les rapports politiques de la plus haute importance, qu'il doit considérer la proposition qui lui est faite de nommer à vie le chef de sa magistrature suprême.
Il verra que cette mesure a, sur-tout, pour objet d'assurer le repos dont il a si grand besoin, de donner au Gouvernement la stabilité qui fait sa force, de calmer les inquiétudes et les craintes sur les événemens futurs, d'éloigner pour jamais les prétentions et les espérances de tous les partis, de fixer, en un mot, l'avenir, et de terminer pour toujours la révolution.
Tels sont les grands motifs qui ont déterminé le Tribunat dans les résolutions qu'il a prises, et sans doute la Nation toute entière les sanctionnera bientôt par ses suffrages.
Une autre considération importante s'offre encore aux amis de la liberté.
Trop souvent, pendant le cours de la révolution, on n'avoit invoqué la souveraineté du peuple que pour faire, en son nom, les actes les plus contraires à ses droits.
Aujourd'hui le premier magistrat de la Nation demande lui-même qu'elle soit consultée sur la durée de ses fonctions.
Et la Nation est convoquée pour exprimer son vœu !
Que cet hommage éclatant rendu à la souveraineté du peuple, soit solennellement proclamé !
Mais qu'avoit-on besoin de cette garantie nouvelle ?
Bonaparte a des idées trop grandes et trop généreuses pour s'écarter jamais des principes libéraux qui ont fait la révolution et fondé la République.
Il aime trop la véritable gloire pour flétrir jamais, par des abus de pouvoir, la gloire immense qu'il s'est acquise.
En acceptant l'honneur d'être le magistrat suprême des Français, il contracte de grandes obligations, et il les remplira toutes.
La Nation qui l'appelle à la gouverner, est libre et généreuse : il respectera, il affermira sa liberté, et ne fera rien qui ne soit digne d'elle.
Investi de sa confiance entière, il n'usera du pouvoir qu'elle lui délègue, que pour la rendre heureuse et florissante.
Il distinguera ses véritables amis qui lui diront la vérité, d'avec les flatteurs qui chercheront à le tromper.
Il s'entourera des hommes de bien, qui, ayant fait la révolution, sont intéressés à la soutenir.
Il sentira qu'il est de son intérêt, comme de sa gloire, de conserver aux autorités chargées de concourir avec lui à la formation des lois de l'État, la dignité, la force et l'indépendance que doivent avoir les législateurs d'un grand peuple.
Bonaparte, enfin, sera toujours lui-même ; il voudra que sa mémoire arrive glorieuse et sans reproche jusqu'à la postérité la plus reculée ; et ce ne sera jamais de Bonaparte qu'on pourra dire qu'il a vécu trop de quelques années.
Extrait de la réponse du premier Consul.
Ce témoignage de l'affection du Tribunat est précieux au Gouvernement… L'union de tous les corps de l'Etat est pour la Nation une garantie de stabilité et de bonheur… La marche du Gouvernement sera constamment dirigée dans l'intérêt du peuple, d'où dérivent tous les pouvoirs, et pour qui seul travaillent tous les gens de bien.
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
Floréal an 10. |
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