| identifiant | gerando3578 |
|---|---|
| fait partie de | conseil_d_etat |
| est validé | oui |
| date | 1811/08/01 00:00 |
| titre | Rapport, projets de décret et observations Modifications au tarif des douanes, en ce qui concerne les plombs ouvrés et les oxydes de plomb |
| texte en markdown | <p>2420</p> <p>SECTION de l'intérieur. M. le Comte Bégouen, Rapporteur.</p> <p>Épreuve.</p> <p>N.<sup>o</sup> d'enregistrement, 30,033.</p> <div> <h1>RAPPORT, PROJETS DE DÉCRET ET OBSERVATIONS.<br>Modifications au Tarif des Douanes, en ce qui concerne les Plombs ouvrés et les Oxides de plomb.</h1> <h1>RAPPORT.</h1> <p>Sire,</p> <p>Les concessionnaires des mines de plomb de Poullaouen, Hulgoat, Sainte-Marie, la Croix, Villefort et Servoz, m'ont adressé un mémoire dans lequel ils demandent,</p> <p>1.<sup>o</sup> La mise d'un droit d'entrée de 12 F par quintal métrique, <pb n="(2)" />sur tous les plombs métalliques bruts ou minérais de plomb venant de l'Allemagne, de l'Espagne et des autres pays alliés de la France, et la prohibition de celles de ces matières qui peuvent nous être envoyées par l'Angleterre ;</p> <p>2.<sup>o</sup> Qu'on prohibe l'entrée des plombs métalliques ouvrés et des oxides de plomb, quelle que soit la nature de ces oxides ;</p> <p>3.<sup>o</sup> Enfin, qu'on permette la libre sortie de tous les plombs et oxides de plomb français, sous le simple paiement du droit de balance.</p> <p>Suivant eux, la France produit assez de plomb pour sa consommation, et nous faisons les oxides de plomb aussi bien que les Anglais. Ils ajoutent que si l'on n'adopte point les mesures qu'ils proposent, ils seront forcés d'abandonner leurs exploitations, puisqu'il leur est impossible de soutenir la concurrence des étrangers. Ils espèrent que le Gouvernement daignera régler les choses de manière qu'ils ne soient pas réduits à la nécessité de recourir à un parti aussi fâcheux.</p> <p>Les demandes faites par les concessionnaires sont importantes. Avant de proposer à votre Majesté une décision sur leur objet, je crois devoir lui faire connaître la quotité des droits que paient aujourd'hui, à leur entrée en France, le plomb brut, le plomb ouvré et les oxides de plomb.</p> <p>Plomb brut et en saumon : 6 F 12<sup>c</sup> par quintal métr.</p> <p>Plomb à tirer et en grenaille : 9 F 18<sup>c</sup> par quintal métr.</p> <p>Plomb laminé et ouvré de toute autre sorte : 18 F 36<sup>c</sup> par quintal métr.</p> <p>Plomb en mitraille et plomb vieux : 6 F 12<sup>c</sup> par quintal métr.</p> <p>Litharge : 2 F 04<sup>c</sup> par quintal métr.</p> <p>Minium : 6 F 00<sup>c</sup> par quintal métr.</p> <p>Blanc de plomb et céruse : 20 F 00<sup>c</sup> par quintal métr.</p> <pb n="(3)" /> <p>Ces droits sont une prime considérable pour les concessionnaires ; et s'ils ne peuvent soutenir la concurrence des étrangers, on serait fondé à penser qu'ils ne conduisent pas leurs exploitations avec le soin et l'économie convenables. Quoi qu'il en soit, leur assertion que nous pouvons à la rigueur nous passer des étrangers, n'est nullement exacte. Nos mines réunies ne fournissent qu'environ quinze mille quintaux métriques de plomb. Un relevé, fait aux douanes, prouve que nous sommes obligés de tirer de l'étranger une quantité considérable de cette matière. Voici ce relevé pendant les trois dernières années :</p> <table> <caption>Plombs, Oxides, etc. entrés en France en 1808.</caption> <tbody> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb brut</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,308,094 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,308,094 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb laminé</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>23,616 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>23,616 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb grenaille</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>17,887 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>17,887 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb minium</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>8,963 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>8,067 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb litharge</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>89,083 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>80,175 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb alquifoux</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>82,135 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>70,636 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p></p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p></p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,508,475 kil. net.</p> </td> </tr> </tbody> </table> <table> <caption>En 1809.</caption> <tbody> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb brut</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,145,885 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,145,885 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb laminé</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>3,432 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>3,432 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb grenaille</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>15,211 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>15,211 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb minium</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,332 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,019 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb litharge</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>216,066 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>194,460 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb alquifoux</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>22,781 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>19,671 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p></p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p></p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,380,678 kil. net.</p> </td> </tr> </tbody> </table> <pb n="(4)" /> <p>En 1810.</p> <table> <tbody> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,781,812 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>2,781,812 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb laminé</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>12,880 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>12,880 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb grenaille</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>29,916 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>29,916 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb minium</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>94,798 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>85,319 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb litharge</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>271,197 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>244,078 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>Plomb alquifoux</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>30,253 kil. brut.</p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>26,018 kil. net.</p> </td> </tr> <tr> <td rowspan="1" colspan="1"> <p></p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p></p> </td> <td rowspan="1" colspan="1"> <p>3,180,023 kil. net.</p> </td> </tr> </tbody> </table> <p>D'après ce relevé, il est évident que nos mines nous fournissent bien moins de la moitié du plomb dont nous avons besoin. De ce fait découle naturellement la conséquence que non-seulement on ne doit point empêcher l'entrée de cette matière, ou la grever d'un droit trop fort, mais encore qu'il nous importe de recevoir le plomb qui vient d'Angleterre par licence, attendu qu'il est le plus pur que l'on connaisse ; et que cette sorte de plomb, que nous ne pouvons nous procurer ailleurs, si ce n'est à grands frais, nous est absolument nécessaire pour une foule de produits. Je ne nierai point que les concessionnaires de mines n'éprouvent, dans ce moment, de la gêne, et même qu'ils ne se trouvent dans une situation critique : la guerre les prive de plusieurs de leurs débouchés, notamment de l'avantage de pouvoir faire transporter par mer les produits de leurs exploitations. Les mines de Poullaouen, situées à l'une des extrémités de la France, sont celles qui souffrent le plus d'un semblable état de choses : mais de cette souffrance momentanée, on aurait tort de conclure qu'on doit accueillir ; dans leur intégrité, leurs demandes. Sans doute le plomb qui nous vient d'Angleterre par licence, et qui est préféré au nôtre, a pu contribuer à les empêcher de <pb n="(5)" />vendre le leur ; mais dans quelques circonstances, il faut absolument l'employer. Le minium fait avec nos plombs est moins bon que celui des Anglais : le dernier de ces plombs est exempt d'oxide ; le nôtre en contient toujours une certaine quantité ; et c'est là ce qui explique la préférence que l'on donne au minium des Anglais, sur-tout quand il est question de fabriquer le flint-glass. Nous ne devons cependant pas perdre l'espoir de les égaler un jour. Déjà l'un de nos fabricans les plus distingués, M. Dartigues, paraît avoir résolu cet important problème : il est parvenu, au moyen d'un procédé particulier, à séparer le plomb de cuivre, et il n'emploie plus aujourd'hui dans sa verrerie de Vonêche que ses propres minium. A la vérité, il n'a pas rendu public ce procédé ; mais il a donné l'éveil, en prouvant qu'il était possible de fabriquer le minium pur avec des plombs impurs.</p> <p>Si nous sommes forcés d'être tributaires des étrangers pour le plomb brut que nous consommons, nous pouvons, d'un autre côté, nous passer d'eux pour celui qui est ouvré. Nous travaillons ce dernier plomb aussi bien et peut-être mieux qu'aucune autre nation. Nous étions, il y a quelques années, en retard pour la fabrication de la grenaille de plomb (plomb à tirer) et du blanc de plomb : aujourd'hui, les produits de ces deux industries ont toute la perfection desirable. Quant à nos litharges, elles sont abondantes sans doute, puisque la majeure partie de nos plombs sont d'abord lithargirés pour séparer l'argent qu'ils contiennent ; mais elles sont altérées par l'oxide d'antimoine et sur-tout par l'oxide de cuivre. Toutes pourraient entrer dans la composition du sel de Saturne, sel dont les fabriques de toiles peintes font une consommation immense, et qui est préparé en grand dans plusieurs départemens. Toutes pourraient aussi servir pour vernir les poteries grossières ; cependant nos mines n'en versent point dans le commerce, <pb n="(6)" />parce qu'il leur est plus avantageux de les convertir en plomb, les droits payés à l'entrée par cette matière étant plus forts que ceux que paye la litharge. Il suffit donc d'imposer davantage les litharges, pour faire vendre celles que nous fabriquons. Si, indépendamment de celles que nous fournit l'Allemagne, nous en tirons encore d'Angleterre, c'est que nous avons besoin de celles-ci, qui sont les plus pures pour fabriquer le jaune minéral, pour les préparations pharmaceutiques, et même pour vernir les poteries dites terre de pipe. La quantité de minium, de blanc de plomb et de litharge que nous consommons, est beaucoup plus considérable qu'autrefois ; la seule ville de Nevers, qui possède neuf à dix manufactures de poteries, en consomme trois mille quintaux au moins. Ce qui donne lieu à cette grande consommation, c'est qu'anciennement on ne se servait que d'alquifoux (minérai de plomb) pour vernir les poteries communes, et qu'on préfère aujourd'hui les oxides de plomb, parce qu'ils exigent bien moins de combustible pour entrer en fusion, et que, calcul fait, il y a de l'avantage à les employer.</p> <p>En me résumant, j'estime qu'on ne doit point mettre de nouveaux droits sur le plomb brut, le blanc de plomb et la céruse, les droits anciens étant assez forts, et qu'il y a lieu de porter à 10 F celui que paie la litharge. Une augmentation me paraît aussi devoir avoir lieu sur le minium. Nous commençons, il est vrai, à le faire aussi bien que les Anglais ; mais cette fabrication se trouvant concentrée dans un seul établissement, il importe de lui donner une nouvelle prime d'encouragement, afin de la rendre plus générale Cette prime, elle l'obtiendra, si le droit, qui est de 6 F, est porté à 18 F. Le plomb ouvré, laminé et en grenaille étant fabriqué chez nous en grande quantité et avec perfection, il n'y a aucun inconvénient à grever d'un nouveau droit <pb n="(7)" />celui qui nous vient de l'étranger. Si votre Majesté l'approuve, ce droit sera porté à 24 F. En ce qui concerne l'exportation de nos plombs, je ne pense pas qu'il y ait lieu d'apporter des changemens à ce qui est réglé par le tarif des douanes à ce sujet. Cette exportation n'est autorisée, pour les plombs bruts, qu'en faveur de la mine de Poullaouen, et pour les plombs ouvrés, qu'en acquittant un droit de 5,10 F par quintal métrique. A coup sûr, l'étranger ne tirera pas de l'Empire une matière qu'il peut avoir à plus bas prix ailleurs que chez nous. Si je propose de laisser subsister le droit sur le plomb ouvré, c'est que nos fabriques nous fournissent à peine tout celui dont nous avons besoin. J'ajoute que dans tout état de choses, ce droit est trop peu considérable pour qu'il nuise à leur vente à l'extérieur.</p> <p>L'état de souffrance dans lequel se trouvent nos mines m'avait d'abord fait penser qu'on devait faire quelque chose en faveur des concessionnaires, c'est-à-dire, porter le droit que paie le plomb brut de six à huit francs ; mais réfléchissant que cette matière ne se trouve chez nous que dans une quantité bien insuffisante pour les besoins, et qu'une foule d'arts en exigent absolument l'emploi, j'ai dû m'abstenir de faire cette proposition. Le conseil général des mines et le bureau consultatif des arts et manufactures attaché au ministère de l'intérieur, ont été unanimement d'avis qu'une augmentation nuirait au développement de plusieurs branches importantes d'industrie. Seulement il m'a paru qu'afin d'empêcher qu'on n'importât trop de plomb par des ports rapprochés de la capitale et d'autres grandes villes, et qu'on n'établît une concurrence fâcheuse pour nos mines éloignées, il convenait d'ordonner que cette importation n'aurait point lieu, par licences, entre Granville et Nantes. Ce dernier point sera l'objet <pb n="(8)" />d'un rapport séparé, lorsque votre Majesté s'occupera des licences pour l'Angleterre.</p> <p>Je me borne aujourd'hui à présenter le décret qui modifie, quant aux droits sur la litharge, le plomb ouvré et le minium, notre tarif des douanes, en priant votre Majesté de le revêtir de son approbation.</p> <p>Je suis avec un profond respect,</p> <p>SIRE,</p> <p>De votre Majesté impériale et royale,</p> <p>Le très-humble, très-soumis, très-fidèle serviteur et sujet,</p> <p>MONTALIVET.</p> </div> <pb n="(9)" /> <div> <h1>PROJET DE DÉCRET DU MINISTRE.</h1> <p>Napoléon, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération suisse ;</p> <p>Sur le rapport de notre ministre de l'intérieur,</p> <p>Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :</p> <p>Art. 1.<sup>er</sup> A compter de la publication du présent décret, la litharge, le minium et le plomb ouvré, laminé et en grenaille, venant de l'étranger, paieront des droits réglés ainsi qu'il suit :</p> <p>La litharge, dix francs par quintal métrique ;</p> <p>Le minium, dix-huit francs par quintal métrique ;</p> <p>Le plomb ouvré, laminé et en grenaille, vingt-quatre francs par quintal métrique.</p> <p>Il n'est rien changé au tarif des douanes de l'Empire relativement au droit sur le plomb brut et en saumon, sur le vieux plomb et sur les oxides du même métal non désignés au présent décret.</p> <p>2. Nos ministres de l'intérieur et des finances sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.</p> </div> <pb n="(10)" /> <div> <h1>OBSERVATIONS DE LA SECTION DE L'INTÉRIEUR.</h1> <p>On voit, par le rapport de son Excellence le ministre de l'intérieur, que les concessionnaires des mines de plomb de Poullaouen, Hulgoat, Sainte-Marie et autres, sollicitent du Gouvernement des mesures qu'ils représentent comme indispensables au maintien de leur exploitation, et sans lesquelles ils prétendent qu'ils seraient obligés de les abandonner, par l'impossibilité de soutenir, disent-ils, la concurrence des étrangers.</p> <p>Ils assurent que la France produit assez de plomb, et qu'on y fait les oxides aussi-bien qu'en Angleterre.</p> <p>Le ministre conteste l'une et l'autre de ces assertions.</p> <p>D'abord, quant à la quantité, nos mines n'en donnent que quinze mille quintaux métriques par an.</p> <p>Et il en a été importé de l'étranger en France vingt-cinq mille quatre-vingt-quatre quintaux en 1808, vingt-trois mille huit cent six quintaux en 1809, et trente-un mille huit cent dix en 1810.</p> <p>Et quant à la qualité, il est reconnu que le plomb d'Angleterre est le plus pur que l'on connaisse, et il importe à un grand nombre de nos manufactures de pouvoir l'employer.</p> <p>Cependant le ministre reconnaît que les concessionnaires de mines de plomb ont besoin de quelques encouragemens, et voici ce qu'il propose :</p> <p>1.<sup>o</sup> Au lieu de la prohibition d'entrée des plombs ouvrés et des oxides de plomb de toute nature qu'ils sollicitent,</p> <p>Les droits d'entrée sur la litharge seraient portés de 2 F 04<sup>c</sup> à 10 F par q.<sup>l</sup>. mét.</p> <p>Ceux sur le minium, de : 6 F 00<sup>c</sup> à 18 F par q<sup>l</sup>. mét.</p> <p>Ceux sur les plombs laminés et ouvrés, de : 18 F 36<sup>c</sup> à 24 F par q<sup>l</sup>. mét.</p> <p>Ceux sur les plombs en grenaille, de : 9 F 18<sup>c</sup> à 24 F par q<sup>l</sup>. mét.</p> <p>2.<sup>o</sup> On laisserait subsister, tel qu'il est, à 6 F 12 cent. le droit d'entrée sur les plombs bruts venant des pays alliés, et l'on continuerait également à les admettre venant d'Angleterre par les bâtimens à licence.</p> <pb n="(11)" /> <p>3.<sup>o</sup> Enfin, on ne changerait rien au tarif actuel à la sortie des plombs bruts et ouvrés français.</p> <p>Et il faut observer que la seule mine de Poullaouen est autorisée à exporter ses plombs bruts sous le simple droit de balance du commerce, et seulement par le port de Morlaix ; et quant aux plombs ouvrés français, qu'ils sont assujettis à un droit de sortie de 5 F 12 centimes par quintal métrique.</p> <p>La section partage l'opinion du ministre, qu'il ne convient pas de prohiber l'entrée, ni des plombs bruts venant d'Angleterre par les navires à licence, ni des plombs ouvrés et des oxides de plomb, mais qu'on peut élever les droits d'entrée comme il le propose sur les plombs ouvrés, sur la litharge et le minium.</p> <p>Aux motifs présentés par le ministre pour élever les droits sur les litharges de 2 F 4 centimes à 10 F par quintal métrique, la section ajoute celui-ci, que les plombs bruts et en saumons payant 6 F 12 centimes à l'entrée, il n'est pas conforme aux principes d'admettre les litharges sous un droit trois fois moins élevé ; qu'il est juste, au contraire, qu'ils paient quelque chose de plus que les plombs bruts. Ainsi le droit porté à 10 F paraît être dans une juste proportion.</p> <p>Il paraît également convenable de porter celui sur le plomb en grenaille, de : 9 F 18<sup>c</sup> à 24 F</p> <p>Et celui sur les plombs laminés et ouvrés, de : 18 F 36<sup>c</sup> à 24 F</p> <p>Ces augmentations seront des encouragemens utiles à notre industrie nationale. Mais, sur la proposition que fait le ministre, d'élever le droit sur le minium de 6 F à 18 F, la section hésite, et penche à trouver cette augmentation un peu considérable. Le ministre reconnaît que le minium fait avec nos plombs est moins bon que celui des Anglais, qui est préféré, à juste titre, sur-tout pour la fabrication du flint-glass. Il ajoute que nous ne devons pas perdre l'espoir de les égaler ; que déjà l'un de nos fabricans les plus distingués paraît être sur la voie par un procédé particulier ; ce qui le met en état de n'employer que les minium de sa propre fabrication pour sa verrerie. Mais son procédé, qu'il n'a point rendu public, reste encore concentré dans sa seule fabrique ; et le ministre propose de porter le droit de 6 à 18 F, pour exciter l'émulation des autres fabricans par cette espèce de prime. La section craindrait qu'en attendant ce succès, celles de nos verreries ou autres fabriques qui ont besoin d'employer des minium de la plus parfaite qualité, ne fussent préjudiciées par cette augmentation ; et c'est par ce motif qu'elle croit devoir proposer de ne porter qu'à 12 F le droit sur le minium.</p> <pb n="(12)" /> <p>La section adopte la proposition de son Excellence, de laisser subsister à 6 F 12 centimes le droit sur les plombs bruts venant de l'étranger, et de continuer également d'admettre ceux venant d'Angleterre par navires à licence. Elle s'en réfère aux motifs présentés par le ministre : c'est une matière première, qu'en thèse générale il convient toujours d'admettre sous des droits modérés, si ce n'est même en exemption de tous droits. Et, dans l'hypothèse actuelle, il y a de plus à considérer que nos mines n'en fournissent pas suffisamment, et que leur qualité est inférieure à celle des plombs étrangers.</p> <p>Reste à examiner la troisième demande des concessionnaires ; savoir, la libre sortie de tous les plombs et oxides de plomb sous le simple paiement du droit de balance.</p> <p>On vient de voir quelle est la législation actuelle des douanes.</p> <p>La sortie du plomb brut est prohibée par la loi du 19 messidor an 4 ;</p> <p>Sauf l'exception résultant de l'arrêté du 9 thermidor an 10, en faveur de celui des mines de Poullaouen, qui peut sortir sous le paiement du simple droit de balance, mais seulement par le port de Morlaix ;</p> <p>Et les plombs ouvrés peuvent sortir généralement, mais en payant 5 F 10 centimes par quintal métrique.</p> <p>Son Excellence le ministre de l'intérieur rejette la demande des concessionnaires, et propose de laisser subsister le droit de 5 F 10 centimes sur nos plombs ouvrés à la sortie, par le motif que nos fabriques fournissent à peine tout celui dont nous avons besoin ; et puis, ajoute-t-il, parce que, dans tout état de choses, ce droit est trop peu considérable pour qu'il nuise à leur vente à l'extérieur.</p> <p>Je crois qu'il faut distinguer et considérer la question d'abord à l'égard du plomb brut, et ensuite à l'égard du plomb ouvré.</p> <p>On conçoit que la demande de sortie du plomb brut, sous le simple droit de balance, est peu favorable ; cependant, on voit qu'elle existe déjà en faveur de la mine de Poullaouen par une exception particulière.</p> <p>Il est probable que les concessionnaires de cette mine auront établi que la faculté de l'exportation à l'étranger leur était indispensable pour leur exploitation, parce que leurs plombs manquaient de débouchés dans l'intérieur, soit à raison de leur qualité, soit par leur position, par la difficulté des transports par terre, ou par toute autre cause. Quoi qu'il en soit, en respectant cette disposition favorable, dont ils sont en possession, peut-être pourrait-on, sans <pb n="(13)" />inconvénient, permettre la sortie des plombs bruts de nos autres mines de France, sous le même droit de 6 F 12 centimes, que paient à l'entrée les plombs bruts de l'étranger, qui généralement paraissent être de meilleure qualité que les nôtres.</p> <p>Quoi qu'il en soit de cette idée, que je ne convertis pas en proposition positive, je passe à l'examen de la demande des concessionnaires, relativement aux plombs ouvrés.</p> <p>A cet égard, les motifs présentés par le ministre me paraîssent combattre bien faiblement la disposition qui est sollicitée, celle de la sortie sous le simple droit de balance du commerce.</p> <p>Cette disposition me paraîtrait un juste encouragement accordé à notre main d'œuvre. Si, à ce moyen, nous exportons de nos plombs ouvrés, il sera introduit des plombs bruts de l'étranger, ou il en sera extrait de nos mines, en remplacement de ceux qui auront été ouvrés et exportés ; ou bien l'étranger n'en voudra pas, et nous n'en exporterons pas davantage, comme le prétend son Excellence : alors, si la réduction du droit est sans résultat, il sera aussi sans inconvénient quelconque.</p> <p>Par ces motifs, je proposerais d'ajouter au projet de décret une disposition ayant pour objet de permettre l'exportation du plomb ouvré sous le paiement du simple droit de balance.</p> </div> <pb n="(14)" /> <div> <h1>PROJET DE DÉCRET DE LA SECTION DE L'INTÉRIEUR.</h1> <p>Napoléon, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération suisse ;</p> <p>Sur le rapport de notre ministre de l'intérieur ;</p> <p>Notre Conseil d'état entendu,</p> <p>Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :</p> <p>Art. 1.<sup>er</sup> A compter de la publication du présent décret, la litharge, le minium et le plomb ouvré, laminé et en grenaille, venant de l'étranger, paieront des droits réglés ainsi qu'il suit :</p> <p>La litharge : 10 F par quintal métrique.</p> <p>Le minium : 12 F par quintal métrique.</p> <p>Le plomb ouvré, laminé et en grenaille : 24 F par quintal métrique.</p> <p>Il n'est rien changé au tarif des douanes de l'Empire, relativement au droit sur le plomb brut et en saumon, sur le vieux plomb et sur les oxides de même métal non désignés au présent décret.</p> <p>2. A compter de la même époque, les plombs ouvrés, laminés et en grenaille fabriqués en France, pourront sortir de l'Empire, en acquittant seulement le droit de balance du commerce.</p> <p>3. Nos ministres de l'intérieur et des finances sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois.</p> <p>A PARIS, DE L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE.</p> <p>1.<sup>er</sup> [<unitdate>1/08/1811</unitdate> </p> </div> |