| identifiant | gerando1026 |
|---|
| fait partie de | conseil_d_etat |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1803/10/12 00:00 |
|---|
| titre | Projet d'arrêté relatif à la publication d'un jubilé, et traduction de la bulle du jubilé |
|---|
| texte en markdown | <pb n="(1)" />
<p>865.</p>
<p>SECTION de législation.</p>
<p>C.<sup>en</sup> Bigot-Préameneu</p>
<p>Rapporteur.</p>
<p>1.<sup>re</sup> Rédaction.</p>
<div>
<h1>PROJET D'ARRÊTÉ<br>Relatif à la Publication d'un Jubilé, et Traduction de la Bulle du Jubilé.</h1>
<p>Le Gouvernement de la République, sur le rapport du conseiller d'état chargé de toutes les affaires concernant les cultes ;</p>
<p>Le conseil d'état entendu, ARRÊTE :</p>
<p>Art. I.<sup>er</sup> L'acte ayant pour titre Publicatio indulgentiœ plenariœ in formâ Jubilœi, et fait à Paris par le cardinal légat, sera adressé, au nom du premier Consul, à tous les archevêques et évêques de la République, par le conseiller d'état chargé de toutes les affaires concernant les cultes.</p>
<p>II. Les archevêques et évêques se concerteront avec les préfets pour tout ce qui concerne le temps et le lieu des exercices de piété énoncés dans l'acte portant publication du jubilé. Ils se conformeront, en outre, aux réglemens de police intervenus sur le culte catholique.</p>
<p>III. Le présent arrêté sera inséré au Bulletin des lois.</p>
<pb n="(2)" />
<h2>Publication de l'indulgence plénière en forme de Jubilé.</h2>
<p>Nous Jean-Baptiste Caprara, prêtre-cardinal de la sainte Église romaine, etc.</p>
<p>Le cruel fléau de la guerre qui ravageait depuis si long-temps une grande partie du globe, est enfin cessé par un effet de la miséricorde et de la bonté de Dieu, ainsi que par la sagesse du chef de votre République. La paix, objet continuel des desirs et des vœux de tous, vient d'être redonnée à la France : elle a rendu à la patrie ses citoyens, aux pères leurs enfans, aux épouses leurs époux, aux campagnes les laboureurs, aux arts les artistes, et enfin à la République entière sa tranquillité. La joie s'est donc répandue dans l'ame des Français, parce qu'il n'en est peut-être aucun parmi eux qui ne partage le bonheur de la République. Mais quelque grand, quelque insigne que soit ce bonheur, il en est un qui doit vous paraître encore plus précieux ; c'est de voir, après un si grand bouleversement de toutes choses, après tant de difficultés qu'il a fallu vaincre, tant de dissensions qu'il a fallu pacifier, la religion catholique rendue à son ancienne liberté, tous les troupeaux rentrés dans le même bercail, et marchant sous la houlette des mêmes pasteurs. Il nous est impossible de bien exprimer les consolations que le cœur paternel du souverain pontife a ressenties en recueillant ainsi dans la joie de son ame les fruits les plus abondans de ses soins et de sa sollicitude, lui qui, dès le premier instant de son élévation à l'apostolat, a tourné sur vous ses regards, et n'a épargné ni peine ni travaux pour mettre par un tel bienfait le comble au bonheur et à la gloire de votre nation.</p>
<p>Après avoir d'abord rendu grâce en toute humilité au Seigneur, qui, se ressouvenant de sa miséricorde, a jeté sur vous un œil favorable ; pleins de la joie que nous ressentons en ce jour, nous félicitons l'illustre premier Consul de votre République, qui par sa sagesse et par ses soins est devenu le principal instrument dont Dieu s'est servi pour opérer un si grand bien ; nous vous en félicitons vous tous qui jouissez maintenant de ce bienfait ; nous nous en félicitons nous-mêmes, qui avons été destinés par la divine providence pour venir dans ce pays coopérer à votre bonheur, et en goûter au milieu de vous les délices.</p>
<p>Cette faveur que vous avez reçue de Dieu, et qui est véritablement le don excellent et parfait, exige que vous correspondiez en toute manière à la clémence et à la bonté du Seigneur, de peur que ce qui ne vous avait été donné que pour opérer votre salut, n'attire, au contraire, sur vous un jugement plus rigoureux. Pour remplir vos obligations à cet égard, sachez qu'il ne suffit pas de pourvoir à l'ornement et à la magnificence des temples, à l'appareil des cérémonies, à la célébration des fêtes et à tous les autres objets de ce genre, objets sacrés, dont la fin est de rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû, qui méritent notre respect, tous nos
<pb n="(3)" />soins et tout notre zèle, afin de réparer de quelque manière l'interruption qu'a soufferte le culte que l'on doit rendre au Seigneur. Mais si vous vous contentiez de ces signes extérieurs de piété, sans vous mettre en peine de remplir vos autres devoirs, en vérité vous ne seriez chétiens que de nom, et vous n'auriez qu'une ombre vaine de religion. Quel bien penseriez-vous retirer du rétablissement de la religion de vos pères, si vous en négligiez l'essentiel, qui consiste dans le culte intérieur et dans une piété solide envers Dieu, pour n'en conserver que ce qui paraît au-dehors et ce qui frappe les regards des hommes ! Dieu veut sur-tout être adoré en esprit et en vérité ; et la première chose nécessaire pour l'accomplissement de ce devoir, c'est d'entretenir dans nos ames cette charité sans laquelle ni offrande, ni holocauste, ni aucune cérémonie quelconque, ne sauraient être agréables à Dieu.</p>
<p>Mais comme rien n'est plus opposé à la charité que les fautes qui, en nous faisant oublier la fidélité promise à Jésus-Christ et en nous faisant abandonner son service, nous livrent à l'esclavage honteux du démon, nous devons commencer par nous laver de nos crimes dans les eaux salutaires de la pénitence, et par rentrer ainsi en grâce avec Dieu.</p>
<p>Entrez donc dans une sainte joie, ô Français, parce que le jour de la miséricorde est arrivé. Saisissez avec empressement cette seconde planche que le Seigneur vous présente après votre naufrage, au moyen de laquelle vous pourrez sortir de cet abîme où vous êtes plongés, et vous reposer de nouveau dans le sein de la divine bonté. C'est à quoi vous exhorte et vous excite avec tout le zèle possible le prince des pasteurs, celui à qui il a été dit dans la personne de Pierre : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Il ne vous demande pas d'autre marque de reconnaissance des peines et des soins qu'il s'est donnés pour le bonheur de votre illustre nation, sinon que vous vous convertissiez à Dieu de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les gémissemens ; il ouvre pour vous tous les trésors spirituels dont Dieu l'a établi le gardien et le dispensateur, afin que non-seulement il n'y ait aucune iniquité, aucun crime qui ne vous soit remis, mais que même vous soyez exemptés et délivrés, autant qu'il est possible de l'être, par l'indulgence de l'Église, de toutes les peines temporelles que vous avez mérité de subir.</p>
<p>En conséquence, nous publions solennellement, en vertu de l'autorité et du mandat apostoliques, l'indulgence en forme de jubilé que sa Sainteté veut rendre commune à tous ceux qui habitent le vaste territoire de la République française ; et afin que parmi un aussi grand peuple tous puissent plus facilement en recevoir les fruits, cette indulgence durera l'espace de trente jours, à compter de celui où nos présentes lettres seront publiées en chaque lieu par les nouveaux archevêques et les nouveaux évêques qui vont être canoniquement institués.</p>
<p>Or, durant ces jours, notre très-saint père Pie VII, par la divine providence souverain pontife, se confiant à la miséricorde du Dieu tout-puissant, aux prières et à l'autorité des bienheureux apôtres S. Pierre et S. Paul, accorde libéralement,
<pb n="(4)" />et au nom du Seigneur, l'indulgence et la rémission plénière de tous les péchés, telle qu'on l'accorde aux années du jubilé, à tous et à chacun des fidèles en J.-C., qui étant revenus à Dieu avec un cœur contrit et humilié, ayant reçu le sacrement de pénitence, et s'étant nourris de la divine eucharistie, iront visiter avec dévotion l'église désignée à cet effet par l'archevêque ou l'évêque de chaque diocèse, ses vicaires, ou toute autre personne commise par eux, y rendront grâces au Dieu tout-puissant pour le bienfait inestimable qu'il vient de nous accorder, et y adresseront au Seigneur de ferventes prières pour l'exaltation de notre sainte mère l'Église, pour le bonheur de sa Sainteté, et pour la prospérité de la République et de tous ses magistrats. Il sera libre à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe, de quelque état et de quelque condition qu'ils soient, de choisir parmi les prêtres délégués à cette fin par les archevêques et évêques des lieux où ils se trouveront domiciliés, celui à qui ils voudront confesser leurs péchés ; et afin que ces prêtres puissent pourvoir aux besoins de chacun dans le tribunal de la pénitence, nous leur avons accordé à tous, par les ordinaires des lieux, et en vertu de l'autorité apostolique ci-dessus mentionnée, des pouvoirs extraordinaires et très-étendus. Quant aux vieillards, aux infirmes, et à tous ceux qui, pour toute autre cause raisonnable, ne pourraient pas aller dans les églises faire les prières ordonnées, nous consentons, en vertu de la même autorité apostolique, à ce qu'ils puissent gagner les mêmes indulgences, pourvu qu'après en avoir obtenu le consentement de leur curé, et de l'avis du confesseur qu'ils auront choisi, ils fassent ces prières dans leurs propres oratoires ou dans leurs maisons, et qu'ils remplissent les autres conditions exigées.</p>
<p>Enfin, comme le clergé est plus spécialement tenu de rendre grâces à Dieu pour tous les biens dont il nous a comblés, nous ordonnons que durant les trente jours fixés pour gagner l'indulgence en forme de jubilé, l'on ajoute, en se conformant aux rubriques, l'oraison pro gratiarum actione à toutes les messes qui se célébreront dans toute l'étendue de la République ; et afin que les présentes lettres parviennent à la connaissance de tous ceux qui habitent sur le territoire français, nous avertissons, au nom du Seigneur, les mêmes évêques et archevêques, et nous leur enjoignons qu'une fois ces lettres reçues, ils les fassent publier dans toutes les églises de leurs diocèses, au premier moment qu'ils auront jugé favorable, et après avoir fait d'ailleurs tout ce que nous avons confié à leur sagesse et à leur prudence.</p>
<p>Donné à Paris etc.</p>
<p>à paris, de l'imprimerie de la république.</p>
<p>
<daterev>19 Vendémiaire an XII</daterev>.
</p>
</div> |
|---|
| |