| identifiant | CG4-9441.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/12/12 00:00 |
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| titre | Napoléon au vice-amiral Villeneuve, commandant l’escadre de la Méditerranée |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 9441. - </b>Au vice-amiral Villeneuve, commandant l’escadre de la Méditerranée</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, [21 frimaire an XIII] [12
décembre 1804][^1]</h2><p lang="fr-FR">Monsieur le vice-amiral Villeneuve,
nous vous faisons savoir qu'ayant jugé à propos de soumettre à
notre domination les colonies de Surinam, Berbice, Demerari,
Essequibo, la Trinité, la Dominique et Sainte-Lucie, occupées par
l'ennemi, de mettre hors de toute atteinte nos îles de la Martinique
et de la Guadeloupe, et de porter des renforts à Santo-Domingo, nous
avons fait choix de vous pour, en qualité de commandant général de
nos forces navales dans les mers d'Amérique, commander en chef
celles que nous avons destinées à ces expéditions.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Les forces dont
nous vous commettons le commandement se composent de l'escadre réunie
sous votre pavillon dans notre rade de Toulon, et de celle réunie
dans nos rades de l'île d'Aix sous le pavillon du contre-amiral
Missiessy</font>[^2]<font color="#000000">,
lequel en conservera le commandement en chef jusqu'à ce que, par la
réunion des deux escadres, ou par les communications que vous aurez
établies entre elles après votre arrivée dans les mers d'Amérique,
vous lui ayez fait parvenir vos ordres ou instructions, en votre
qualité de commandant général.</font></p><p lang="fr-FR">Nous avons chargé notre ministre de
la Marine et des colonies de vous faire connaître, par un état
particulier, les noms et la force des corps, le nombre et l'espèce
de bouches à feu, armes et munitions dont nous avons ordonné
l'embarquement extraordinaire sur l'une et l'autre escadre, ainsi que
le nombre, les noms et la force des bâtiments dont elles doivent
être composées, et la quantité de vivres dont ils doivent être
pourvus.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Notre aide de
camp, le général de brigade Lauriston, a été nommé par nous pour
commander les forces expéditionnaires embarquées sur notre escadre
de Toulon</font>[^3]<font color="#000000">,
et le général de division Lagrange, inspecteur général de notre
gendarmerie, pour commander celles embarquées sur l'escadre de
Rochefort.</font></p><p lang="fr-FR">Notre intention est que l'escadre de
Toulon profite de la première occasion favorable pour appareiller,
en trompant la surveillance des croisières de l'ennemi.</p><p lang="fr-FR">L'escadre de Rochefort, sous le
commandement du contre-amiral Missiessy, reçoit le même ordre. Elle
se rendra directement à la Martinique.</p><p lang="fr-FR">Notre escadre de Toulon, sous votre
commandement, sortira du détroit le plus tôt possible, en faisant
telle route que vous jugerez convenable pour éviter l'ennemi. Elle
brûlera toutes les prises dont la marche ralentirait la sienne.</p><p lang="fr-FR">Elle évitera de chasser des
bâtiments qui s'écarteraient de la route.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Après être
sorti du détroit, vous vous ferez rallier par notre vaisseau </font><font color="#000000"><i>l'Aigle</i></font><font color="#000000">
et les deux corvettes françaises qui sont à Cadix, et qui ont ordre
d'appareiller et de se réunir à votre pavillon dès que vous
paraîtrez.</font></p><p lang="fr-FR">Vous vous rendrez ensuite directement
à Cayenne.</p><p lang="fr-FR">Arrivé au vent de cette île, vous
en ferez approcher aussi près que possible une frégate et deux
corvettes.</p><p lang="fr-FR">Vous aurez préalablement pourvu à
ce que ces trois bâtiments aient versé les troupes expéditionnaires
qu'ils ont à bord sur ceux des autres bâtiments de l'escadre sur
lesquels se trouvent les corps respectifs auxquels elles
appartiennent, et à ce que chaque bâtiment leur ait envoyé en
remplacement les hommes les moins bien portants et les moins propres
à la guerre, au nombre total de 300, lesquels devront être
débarqués à Cayenne et y tenir garnison.</p><p lang="fr-FR">Ce mouvement sera promptement opéré
par le service des embarcations de toute l'escadre et conformément à
l'état arrêté par le général Lauriston en ce qui concerne les
hommes à débarquer.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Cet officier
général débarquera à Cayenne pour se concerter sans délai avec
notre commissaire Victor Hugues</font>[^4]<font color="#000000">
sur les moyens que celui-ci pourra fournir pour l'expédition.</font></p><p lang="fr-FR">Vous y enverrez vous-même un
officier de confiance pour requérir le nombre de pilotes, de
bâtiments légers et embarcations utiles au débarquement, et tous
les moyens accessoires que la colonie pourra fournir.</p><p lang="fr-FR">L'officier que vous aurez expédié
sera chargé de l'embarquement et départ de l'artillerie et des
hommes que Cayenne aura pu fournir. Il fera embarquer ces hommes sur
la frégate et les corvettes qui se seront avancées près de terre,
si elles peuvent suffire ; et, à défaut de ce, il y sera suppléé
par tous les bâtiments, de quelque nation qu'ils soient, qui se
trouveront disponibles.</p><p lang="fr-FR">Cayenne doit fournir un renfort d'au
moins 800 hommes.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">De Cayenne,
vous enverrez un aviso à la Martinique avec un officier qui ne sera
chargé d'aucun paquet, mais qui aura l'ordre d'informer verbalement
le capitaine général Villaret</font>[^5]<font color="#000000">
et le contre-amiral Missiessy de votre arrivée, de votre mission et
de l'état des choses.</font></p><p lang="fr-FR">Ces opérations ne devront pas
retenir l'escadre devant Cayenne plus de vingt-quatre heures ; mais,
si l'embarquement de l'artillerie et des munitions de guerre exigeait
plus de temps, un officier y resterait pour le diriger ; une frégate
y serait laissée pour l'escorte, et l'escadre, ayant ses pilotes, se
dirigerait sur Surinam.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Vous prendrez
sur-le-champ les mesures nécessaires pour bloquer Demerari et
Berbice, afin que les vaisseaux ne s'échappent point de ces
rivières. À votre arrivée devant Surinam, notre commissaire Victor
Hugues descendra avec les troupes de Cayenne sur la rive droite du
Surinam, au lieu convenu entre le général Lauriston</font>[^6]<font color="#000000">
et vous, pour s'emparer de la batterie de Brams-Point, qui défend
son entrée, et de toutes celles établies sur cette rive droite du
fleuve.</font></p><p lang="fr-FR">Le général Lauriston fera soutenir
par les troupes nécessaires la colonne des troupes de Cayenne.</p><p lang="fr-FR">Trois bataillons et l'artillerie
nécessaire débarqueront sur la rive gauche du Surinam, et le
général Lauriston marchera droit à Paramaribo.</p><p lang="fr-FR">Le reste de l'escadre et de l'armée
formera le corps de réserve de l'une et l'autre aile, et vous
veillerez à ce que tout soit prêt pour que des secours puissent
être promptement débarqués à la rive droite ou à la rive gauche,
selon les besoins.</p><p lang="fr-FR">Aussitôt que le fort Zélande
(Surinam) sera pris, le général Lauriston jugera, selon les
événements et la force de l'ennemi, si le reste des troupes lui est
nécessaire.</p><p lang="fr-FR">S'il ne l'est pas, une division de
notre escadre portera à Demerari trois bataillons de débarquement.
À son passage devant Berbice, cette division sommera cette colonie
de se rendre ; et, au cas qu'elle y trouvât le commandant décidé,
elle y mettra une garnison de 200 hommes.</p><p lang="fr-FR">Ainsi, le huitième jour au plus tard
après votre arrivée devant Cayenne, vous aurez partagé votre
escadre en deux divisions, dont l'une employée à l'attaque de
Surinam, et la seconde à celle de Demerari.</p><p lang="fr-FR">Berbice et Essequibo tomberont
d'elles-mêmes après la conquête de Surinam et de Demerari.</p><p lang="fr-FR">Vous aurez soin de composer ces
divisions de manière qu'elles soient plus fortes que les escadres
ennemies dans ces mers, et, si vous aviez à craindre l'attaque d'une
escadre de plus de cinq vaisseaux, vous vous comporteriez en
conséquence.</p><p lang="fr-FR">Le fort d'Amsterdam est susceptible
de plus ou moins de résistance ; vous aiderez de tous vos moyens à
la prise de ce fort ; mais cependant vous ne débarquerez pas vos
équipages ni vos garnisons, notre intention étant que vous soyez
toujours disposé à combattre l'escadre ennemie qui se présenterait.</p><p lang="fr-FR">Vous ferez dans ces colonies une
levée de vingt matelots noirs ou blancs pour chaque vaisseau de
votre escadre, et une levée aussi forte que vous le pourrez à la
Martinique et à la Guadeloupe.</p><p lang="fr-FR">Vous vous y approvisionnerez de la
plus grande quantité de vivres que vos vaisseaux pourront contenir,
et notamment de riz, à défaut d'autres vivres de campagne.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Dans les
vingt-quatre heures après la prise du fort d'Amsterdam, vous vous
rendrez devant Berbice et Demerari, ayant à bord de votre escadre le
général Reille</font>[^7]<font color="#000000">
avec les 1 500 ou 1 800 hommes qui sont sous ses ordres, et
qui prendront possession de Demerari. Ce débarquement fait et vos
vaisseaux tous réunis, vous ferez voile pour la Martinique, où vous
trouverez l'escadre du contre-amiral Missiessy, qui a ordre de vous y
attendre, même de se laisser bloquer dans la rade, si une escadre
plus forte ne lui laissait pas d'autre parti.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Vous
insulterez</font>[^8]<font color="#000000">,
s'il y a lieu, la rade de Man-of-War-Bay. Vous aurez cependant laissé
à la disposition du général Lauriston deux bricks et une ou deux
frégates, s'il les désire.</font></p><p lang="fr-FR">Si, le vingt et unième jour après
votre première communication avec Cayenne, le fort d'Amsterdam
n'était pas en notre pouvoir, vous ferez connaître au général
Lauriston l'obligation où vous serez de quitter ces parages. Vous
passerez devant Berbice et Demerari, et, y laissant les frégates et
les bâtiments légers que vous jugerez nécessaires, vous cinglerez
sur la Martinique, vous dirigeant de manière à insulter les rades
foraines et les colonies anglaises qui se trouvent sur votre route.</p><p lang="fr-FR">Votre réunion faite à la Martinique
avec l'escadre du contre-amiral Missiessy, vous séjournerez quelque
temps dans ces parages, croisant devant les îles anglaises,
interceptant leur commerce et ravageant leurs rades.</p><p lang="fr-FR">Vous vous réglerez, pour opérer
votre retour, sur les nouvelles que vous aurez de la Martinique, de
la Dominique, de la Guadeloupe, de Surinam ; et, lorsque vous
penserez que votre séjour dans ces mers ne peut plus être d'aucune
utilité, vous vous dirigerez sur Santo-Domingo. Vous porterez à
Santo-Domingo six ou sept cents fusils et la poudre qui y sont
destinés, ainsi que six ou sept cents hommes qui auront été
embarqués à Surinam, si la conquête a coûté assez peu pour
permettre ce détachement.</p><p lang="fr-FR">Il est impossible de déterminer tout
ce que vous devrez faire dans l'expédition qui vous est confiée ;
les dispositions mêmes contenues dans ces instructions ne sont
qu'indicatives de la manière dont nous envisageons les choses, et
devront être modifiées par vous et le général Lauriston comme
l'exigeront les circonstances, la possibilité des événements et
l'intérêt de notre service.</p><p lang="fr-FR">Mais nous jugeons à propos de vous
faire observer qu'il est impossible que l'ennemi ait la moindre idée
de cette double expédition ; qu'il ne pourra vous opposer des forces
égales à celles que nous vous confions, dans l'incertitude où il
sera de leur destination ; que, s'il est possible que le
contre-amiral Missiessy ne soit maître de la mer que pendant un
mois, il est probable que, réunis, vous le serez plus de deux ; que
ce temps doit être employé à mettre nos colonies à l'abri de tout
événement ; à soumettre au pouvoir de nos armes les quatre
colonies hollandaises du continent dont les Anglais se sont emparés,
ainsi que la Dominique, Sainte-Lucie, Antigoa, Saint-Christophe ou
toute autre, s'il résulte des conférences avec le capitaine général
Villaret qu'on peut les enlever ou les mettre à contribution ; et
enfin à porter des secours à Santo-Domingo, après avoir fait au
commerce des ennemis dans les Antilles tout le mal qui sera possible.</p><p lang="fr-FR">Nous ajouterons que la plupart des
îles anglaises ont des rades foraines susceptibles d'être
insultées, et que nous nous confions à votre zèle pour notre
service, à votre courage et à votre expérience de la guerre, en
tout ce que pourront exiger les circonstances où vous vous
trouverez, pour l'honneur et la gloire de nos armes et le succès de
l'expédition.</p><p lang="fr-FR">Vous ne devez, dans aucun cas,
prolonger votre séjour aux îles du Vent au-delà de soixante jours,
à compter du jour de votre arrivée devant Surinam ; et notre
pavillon impérial ayant glorieusement parcouru les mers de
l'Amérique que nous vous avons indiquées, et ayant frappé ou
menacé tous les établissements de l'ennemi, notre escadre fera son
retour en France, en laissant à la Martinique les frégates qu'aura
demandées le capitaine général Villaret.</p><p lang="fr-FR">Vous atterrirez sur le Ferrol ; vous
débloquerez la division aux ordres du capitaine Gordon, qui, forte
de 5 vaisseaux et de 2 frégates, sera prête à vous rejoindre, et
vous rentrerez à Rochefort.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Le secret de
cette double expédition est confié à votre fidélité pour notre
personne et pour l'État, et ne pourra, sous aucun prétexte, être
communiqué à qui que ce puisse être</font>[^9]<font color="#000000">.</font>[^10]</p><p lang="fr-FR" style="text-align: right; margin-top: 0.25in">Napoléon</p>
[^1]: <span></span> La copie ne porte pas de date, c’est la <font color="#000000"><i>Correspondance</i></font><font color="#000000">
(n° 8206) qui place cette lettre au 12 décembre.</font>
[^2]: Commande l’escadre de Rochefort, voir ci-dessous n° 9465.
[^3]: Voir ci-dessus.
[^4]: Préfet colonial.
[^5]: <span></span><font size="2" style="font-size: 10pt">
</font><font size="2" style="font-size: 10pt">Capitaine
général de la Martinique et Sainte-Lucie.</font>
[^6]: <span></span><font size="2" style="font-size: 10pt">
</font><font size="2" style="font-size: 10pt">Commandant en
chef de l’expédition de Surinam.</font>
[^7]: Commande en second, sous Lauriston, les troupes embarquées sur la flotte de Villeneuve.
[^8]: Attaquer par un coup de main, en parlant d'une place de guerre et de fortifications.
[^9]: Voir lettre ci-dessus n° 9440.
[^10]: Copie, S. H. D., département de la Marine, BB 8-2722, fol. 191.</body> |
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