CG4-9328.md

identifiantCG4-9328.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1804/10/07 00:00
titreNapoléon à Fouché, ministre de la Police générale
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 9328. - </b>À Fouché, ministre de la Police générale</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Trèves, 15 vendémiaire an XIII [7 octobre 1804]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000">J'imagine que vous n'avez pas perdu de vue le nom du banquier</font>[^1]<font color="#000000"> que je vous ai envoyé de Mayence, et qui est un courtier d'intrigues attaché à Durand</font>[^2]<font color="#000000">, des relations extérieures.</font></p><p lang="fr-FR">Les circulaires aux préfets des départements relatives aux amnistiés seraient bonnes, si un certain nombre de préfets n'étaient pas inconsidérés. J'aurais préféré qu'on demandât aux préfets les noms des amnistiés faisant partie des conseils et des collèges des départements et qui doivent assister au couronnement, avec des notes, afin que, d'après ces renseignements, on pût décider ce qu'il y a à faire. Je pense qu'il est encore temps de prendre cette mesure. Dans les gouvernements, il faut de la conséquence ; du moment qu'on admet un individu à faire partie de l'ordre politique, il doit en posséder tous les droits. Je désire qu'ils aient à vous envoyer la note des amnistiés et émigrés faisant partie des collèges, pour que vous m'en soumettiez un rapport, département par département, afin que ceux qui seraient reconnus pour être sages et bien intentionnés et non dangereux fussent mis, par une lettre de moi, hors de la surveillance et remis dans leurs droits. L'art des gouvernements est de punir les méchants, mais de récompenser les honnêtes gens. Vous savez qu'un grand nombre de ces émigrés sont franchement revenus ; il était donc impossible de défendre qu'ils pussent jouir de leurs droits politiques, puisqu'il y a des amnistiés et des émigrés dans le Sénat, au Conseil d'État et dans les autres fonctions publiques. Le principe général est de tenir tout en surveillance, et de faire des exceptions en faveur de ceux qui se comportent bien ; il est naturel d'y comprendre ceux qui font partie des fonctionnaires.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">J'ai lu avec attention le rapport du préfet de police</font>[^3]<font color="#000000"> sur l'exécution du décret du 3 messidor an XII, relatif aux corporations religieuses. Mon but principal a été d'empêcher les Jésuites de s'établir en France. Ils prennent toutes sortes de figures. Je ne veux ni Cœur de Jésus, ni confrérie du Saint-Sacrement, ni rien de ce qui ressemble à une organisation de milice religieuse ; et, sous aucun prétexte, je n'entends faire un pas de plus ni avoir d'autres ecclésiastiques que des prêtres séculiers. Mon intention également est de ne point vouloir de couvents de religieuses ; mais, sur ce point, je ne vois point d'inconvénient à ce que les anciennes religieuses finissent leur vie en commun, et portent chez elles les habits qu'elles veulent ; mais qu'elles ne fassent point de novices et n'aillent point dans la rue avec leurs habits : j'en excepte les sœurs de Charité ; je les autorise même à établir des noviciats pour s'y recruter. Il y a donc deux précautions à prendre pour ces religieuses : la première, de les connaître et de les bien surveiller pour s'assurer qu'elles ne sont point dirigées par des prêtres qui ne sont pas dans la communion de leur évêque ; car toute société qui s'écarterait de cette voie doit être frappée impitoyablement ; elle est dans le chemin du crime, elle est dans les mains de scélérats, et il y a tout à craindre de la part de filles mal conduites ; la seconde est de veiller à ce qu'elles ne fassent point de novices, et cela a quelques difficultés. Je vois, par exemple, que les religieuses de la Miséricorde, rue de la Chaise, n</font><font color="#000000"><sup>o</sup></font><font color="#000000"> 529, forment des élèves ; comment distinguer une élève d'une novice ? Mon intention est qu'on s'assure, 1</font><font color="#000000"><sup>o</sup></font><font color="#000000"> que les élèves ne puissent porter un habit religieux et soient vêtues d'un habit ordinaire ; 2</font><font color="#000000"><sup>o</sup></font><font color="#000000"> qu'elles ne puissent pas avoir au-delà de dix-huit ans. Toutes celles donc qui auraient plus de dix-huit ans doivent être renvoyées de ces maisons. Mon intention est qu'on les prévienne de sortir sous six mois, sous peine de voir la maison fermée et l'établissement dispersé. Mais il faudrait avoir des ecclésiastiques dévoués et sages, avoués par l'archevêque, qui visiteraient ces maisons et les inspecteraient ; ou que M. Portalis</font>[^4]<font color="#000000"> commît des hommes demi-religieux pour cet objet.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Faites-moi un rapport sur les religieuses de la congrégation de la rue Saint-Étienne, qui prennent, dit le rapport, des novices et des pensionnaires, et qui ont adopté particulièrement la dévotion du Sacré-Cœur. Voyez si elles sont avouées par l'archevêque, et quelles novices elles reçoivent. Faites faire cette recherche sans les effrayer, par le canal d'un grand vicaire ou autre moyen simple. Vous pouvez même en causer avec M. Portalis. Le rapport du préfet de police est clair et précis : que les préfets en envoient de semblables, et il vous sera facile d'ordonner, en suivant les principes que je viens de vous poser.</font>[^5]</p> [^1]: Boucherot, voir ci-dessus n° 9301. [^2]: Durant de Mareuil, directeur de la première division (division Nord) du ministère des Relations extérieure. [^3]: Dubois. [^4]: Ministre des Cultes. [^5]: Minute, Archives nationales, AF IV 866, vendémiaire an XIII, n° 74.</body>