| identifiant | CG4-9229.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/09/19 00:00 |
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| titre | Napoléon au maréchal Berthier, ministre de la Guerre, major général des camps |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 9229. - </b>Au maréchal Berthier, ministre de la Guerre, major général des camps</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Coblence, 2<sup>e</sup> jour
complémentaire an XII [19 septembre 1804]</h2><p lang="fr-FR">Mon cousin, j'ai examiné avec
attention les places de Juliers et de Venloo.</p><p lang="fr-FR">L'ouvrage à couronne a été
construit sur la Roër, en avant de Juliers ; mais les détails de la
construction m'ont semblé faits sur des projets extrêmement chers.
On a, dans cette localité, le moyen de se couvrir par une
inondation, et la place ne peut, dans tout le reste, être assez
formidable pour que jamais on l'attaque du côté de l'ouvrage à
couronne. J'ai jugé fort inutiles toutes les dépenses qu'on a
faites pour des casemates. Ainsi l'on aurait pu épargner un million
pour cet ouvrage, qui, à ce qu'on m'assure, coûtera 1 400 000
francs J'ai aussi regretté qu'on eût donné à cet ouvrage si peu
de profondeur. À mon sens, les branches sont trop courtes, ce qui
fait qu'il n'y a pas assez d'espace, tandis qu'il aurait été si
facile, soit en brisant les branches, soit en leur faisant recevoir
les feux d'un petit saillant qu'on eût établi sur la rive gauche,
de rendre cet ouvrage bien plus spacieux et beaucoup plus beau. Dans
sa situation actuelle, je pense qu'il ne faut pas y établir de
casernes. En temps de guerre, il y aura assez de place dans les
casemates pour contenir les hommes nécessaires à la défense, et,
d'ailleurs, ils auront toujours la ressource de la ville. Des
casernes dans les ouvrages avancés ne servent, en général, qu'à
les affaiblir ; tandis qu'elles peuvent être placées avec utilité
dans les autres parties plus à l'abri des attaques.</p><p lang="fr-FR">Je désire que vous ordonniez la
démolition des fronts de la citadelle qui regardent la ville ; cela
donnera de l'espace et une fort belle esplanade, dont la ville a
besoin. On peut cependant se servir de ces fronts pour établir des
souterrains, si l'on juge en avoir besoin.</p><p lang="fr-FR">Il faut acheter les maisons voisines
des deux casernes existantes, afin de pratiquer devant elles de
belles esplanades, qui contribuent à la santé et à la discipline
des troupes.</p><p lang="fr-FR">Il y a à Juliers des maisons
nationales qui ne sont point à votre disposition. Il faut les
demander sur-le-champ et les mettre en réparation, pour en faire des
casernes.</p><p lang="fr-FR">Il faut faire démolir, à la
citadelle, toute la partie du château qui est élevée au-dessus des
corps de bâtiments ; les débris seraient fort dangereux pendant un
siège, tandis que les matériaux peuvent servir. J'ai vu les
ouvrages pratiqués sur la hauteur ; ils coûteraient quatre millions
pour être terminés ; je crois cette dépense beaucoup trop
considérable.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">La hauteur
étant occupée par l'ennemi, la place conserverait encore toute sa
défense. Si l'on met en bon état le front de la place opposé à la
hauteur, et si on lui donne quelque relief, elle dominera peu la
place, puisqu'elle est à 400 toises et qu'elle finit d'une manière
très rapide, de sorte que 300 toises entre la place et la hauteur
sont dominées par l'enceinte de la place. En supposant qu'il fallût
dépenser trois à quatre millions sur ces hauteurs, je crois encore
le système très fautif. On a établi une espèce d'ouvrage à
couronne, qui ne tire aucune défense de la place, et dont, par
conséquent, les côtés n'auraient aucune sorte de défense aussitôt
qu'un des forts de droite ou de gauche aurait été pris. En effet,
celui du centre serait battu en brèche, sur-le-champ, du fort même
qui aura été pris, et ils ne tiendront pas quatre jours. Mon
opinion est donc qu'un simple fort en étoile serait d'une aussi
forte défense qu'un ouvrage à couronne, qui coûtera beaucoup
d'argent et de bras. Et, si l'on persistait à dépenser beaucoup sur
la hauteur, il faudrait le faire par trois bastions qui formeraient
le triangle et seraient parfaitement défendus ; le plus avancé dans
la campagne serait le plus soigné et se trouverait défendu par les
deux autres. Je ne puis que vous répéter que, quand j'ai vu le
système sur le terrain, j'ai craint non seulement pour la dépense
que nous faisons, mais encore pour l'honneur de l'arme. Les officiers
du génie n'ont pu rien me répondre lorsque j'ai raisonné d'après
cette supposition que l'ennemi attaquerait un bastion de droite ou un
bastion de gauche de la couronne. Quant au fort qu'on pourrait faire
pour soutenir l'ouvrage à couronne, ce serait une augmentation de
dépense et un bien faible surcroît de défense. On ne ferait que
préparer deux batteries de plus pour l'ennemi.</font></p><p lang="fr-FR">Mon opinion est donc qu'il ne faut
pas dépenser plus de cent mille écus sur la hauteur de Juliers,
qu'il faut y faire un fort unique en étoile, lequel tiendra la tête
du camp retranché, empêchera l'ennemi de s'approcher de la place,
l'obligera à ouvrir la tranchée devant ce fort et à l'attaquer en
règle avec de l'artillerie de siège. Et enfin, lorsqu'il y aura un
parc d'artillerie de siège assez considérable et la volonté de
suivre l'attaque, cet ouvrage sera pris, sans doute, mais la place
restera entière. En donnant du relief et en couvrant bien quelque
ouvrage du front qui regarde la hauteur, on lui donnera beaucoup de
défense. Je désire donc que vous me présentiez de nouveau les
projets de Juliers, avec l'ordre qui doit être mis dans chaque
partie.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Quant à
Venloo, il faut prendre les couvents et les maisons nationales encore
existants, et les faire mettre en état, pour former des casernes. Il
faut, dans le courant de l'année, réparer les batardeaux et les
différents points de l'enceinte. Plusieurs maisons de particuliers
gênent et obstruent les remparts ; il convient de les démolir. Il
m'a paru qu'en rasant deux ou trois monticules, en donnant du relief
à quelques ouvrages avancés, en revêtissant et en reformant les
contrescarpes à quelques flèches avancées, cette place serait
d'une grande utilité ; mais elle ne remplirait pas son but, si elle
ne restait à cheval sur la Meuse. Je suis donc bien loin de partager
l'opinion de ceux qui veulent démolir le fort Saint-Michel. Je pense
qu'en faisant simplement revêtir ses demi-lunes</font>[^1]<font color="#000000">
et en établissant une contrescarpe au saillant de ses batteries,
ainsi que le chemin couvert, non seulement le long du fort, mais
même, comme il a été fait par les Français, en le prolongeant
jusqu'à rencontrer la rivière, et en l'accompagnant d'un fossé
plein d'eau, et, enfin, en fermant à la gorge par un mur crénelé
le fort actuel, on aurait, sans aucune dépense, une tête de pont
susceptible d'une bonne et longue défense ; et l'ennemi
n'attaquerait jamais le fort mis dans cet état, parce qu'il ne lui
donnerait aucun avantage ; il attaquerait au contraire le corps de la
place. Je ne voudrais point de casernes dans ce fort ; on pourrait
seulement y établir, le plus près possible de la rivière, un
magasin à poudre à l'abri de la bombe. On mettrait aussi dans la
place du bois pour les constructions de petites baraques, à l'usage
des troupes qui seraient de service, le long des remparts.</font></p><p lang="fr-FR">Je suis persuadé qu'avec une dépense
beaucoup moindre d'un million, et qui peut se faire en cinq ou six
années, on parviendrait à rendre Venloo tout ce qu'il doit être,
c'est-à-dire un point d'appui pour l'armée sur le bas Rhin et sur
la Meuse inférieure ; et, en effet, les convois pourraient de là se
rendre dans un jour sur le bas Rhin.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Soumettez-moi
un projet dans ce sens. Tout autre projet, qui tendrait à dépenser
trois à quatre millions à Venloo, je ne l'approuverais point. Je
préférerais certainement employer cet argent à la construction
d'une grande place qui maîtriserait le Rhin.</font>[^2]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3>
[^1]: Ouvrage de fortification, de forme à peu près triangulaire, deux faces formant un angle saillant vers la campagne, servant à la défense des courtines.
[^2]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 140.</body> |
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