CG4-9205.md

identifiantCG4-9205.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1804/09/10 00:00
titreNapoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 9205. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Aix-la-Chapelle, 23 fructidor an XII [10 septembre 1804]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Monsieur Decrès, ministre de la Marine, j'ai lu avec attention votre lettre du 17. Il me paraît convenable que les garnisons </font><font color="#000000"><i>de la flottille</i></font><font color="#000000"> ne changent qu'à la pointe du jour, avant la distribution des rations.</font></p><p lang="fr-FR">La proposition de faire des masses pour les hamacs est tout à fait inadmissible ; ce serait un moyen de dépenser le double. Il faut faire un règlement pour que les hamacs soient consignés par les garnisons sortantes aux garnisons qui les relèvent, et qui en seront responsables si elles les abîment.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><i>La</i></font><font color="#000000"> ration de </font><font color="#000000"><i>marine</i></font><font color="#000000"> consiste en pain, en viande et en légumes ; la ration de la guerre est la même à Boulogne ; je ne conçois donc pas pourquoi </font><font color="#000000"><i>celle de la marine</i></font><font color="#000000"> coûte 19 sous et celle de la guerre 10 sous. Il me paraîtrait plus simple d'ordonner qu'à dater du 1</font><font color="#000000"><sup>er</sup></font><font color="#000000"> vendémiaire les vivres seront fournis sur les bâtiments des ports de rassemblement, depuis la Somme jusqu'à </font><font color="#000000"><i>Ostende</i></font><font color="#000000">, par les administrations de terre et au compte de la guerre, pour toutes les troupes embarquées ou non</font>[^1]<font color="#000000">. Cette mesure serait plus simple et rendrait inutile une grande partie de vos</font><font color="#000000"><i> établissements et employés</i></font><font color="#000000">.</font></p><p lang="fr-FR">Je suppose, ce dont je ne suis pas parfaitement sûr, que la ration est la même pour la marine et pour la guerre. Il me semble avoir entendu dire à des soldats qu'ils étaient mieux traités au camp qu'à bord, parce que la viande y était meilleure.</p><p lang="fr-FR">Une seconde dépense que vous pourriez économiser dans les ports de réunion serait celle des hôpitaux de la marine ; on peut les supprimer et arrêter que la marine ne fera aucun service de santé, lequel sera fait par les ambulances et les hôpitaux de l'armée de terre. Nous avons là du matériel pour 100 000 hommes en pleine campagne, c'est-à-dire pour panser, en vingt-quatre heures, 6 à 7 000 hommes. Il est donc inutile qu'il y ait un grand nombre d'officiers de santé de mer. Le personnel de la marine est peu de chose sur la flottille, comparativement à l'armée de terre ; c'est le comble de la folie d'y avoir deux administrations ; la plus forte doit servir à la plus faible.</p><p lang="fr-FR">Quant aux couvertures, ordonnez également que, dans les ports de rassemblement, elles seront fournies par la guerre, hormis les hamacs, dont la guerre ne se sert point. Les soldats, en s'embarquant, porteraient leurs couvertures. Ordonnez que celles de la marine qui sont dans les ports de rassemblement ou sur les bâtiments qui se rendent dans ces ports, entrent dans la comptabilité des magasins de l'armée de terre.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Indépendamment de ces dispositions, il y a encore d'autres objets sur lesquels vous pouvez économiser beaucoup d'argent et où vous mettrez beaucoup de simplicité. En parcourant la flottille, j'y ai vu une nuée d'agents comptables ; </font><font color="#000000"><i>il y a</i></font><font color="#000000"> aussi dans l'armée de terre une nuée d'agents qui ne font rien et qui attendent d'être de l'autre côté. Je paye donc aujourd'hui des appointements à une grande quantité d'employés qui me sont inutiles ici, et je paye à la marine des employés qui me sont utiles aujourd'hui et qui ne feront rien en Angleterre. Vous voyez que les fonctions des uns finissent où commencent celles des autres. </font><font color="#000000"><i>Il faut que la marine</i></font><font color="#000000"> ne se mêle ni des vivres ni des hôpitaux dans les ports </font><font color="#000000"><i>de rassemblement</i></font><font color="#000000">. Je ne parle point de Dunkerque ni de Flessingue, qui contiennent des bâtiments de la Grande Armée navale.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Ces idées méritent d'être approfondies ; présentez-moi un projet de décret, après les avoir bien pesées et méditées. Vous simplifierez par là le service et ferez disparaître toute concurrence. La flottille par elle-même n'est rien ; elle n'existe que par l'armée de terre. Ce qui continuera à appartenir à la marine sera la réparation des bâtiments et la solde des équipages, l'une et l'autre ne pouvant être faites que par la marine.</font></p><p lang="fr-FR">Quant à l'idée de diminuer de moitié les garnisons, il y a beaucoup d'inconvénients, dont le moindre est celui d'avoir l'air d'anéantir la flottille.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">La terre, payant la solde, donnerait des gratifications aux officiers embarqués. Si la garnison change tous les quinze jours, je voudrais que nécessairement l'officier y restât le mois ; on fixerait alors la gratification par mois, ce qui donnerait les moyens de la réduire un peu. Il faudrait, par des règlements généraux et non par décision des commandants de port, déterminer le traitement de chaque commandant de bâtiment. Si vous y comprenez les frais de table, ils sont trop payés. S'ils n'ont pas de ration, c'est une faute ; il faut la leur donner, car il est impossible dans de petits bâtiments d'empêcher de prendre des rations ; il faut les bien traiter, mais non ridiculement. La flottille a été considérée jusqu'ici comme d'expédition ; il faut la considérer désormais comme établissement fixe, et dès ce moment porter la plus grande attention à tout ce qui doit être immuable, </font><font color="#000000"><i>en la régissant par d'autres règles que l'escadre</i></font><font color="#000000">. Nous avons des capitaines de vaisseau de guerre et de frégate entretenus ; il faut avoir aussi un certain nombre de capitaines </font><font color="#000000"><i>de bateaux</i></font><font color="#000000">, comme on avait des capitaines de brûlots. </font><font color="#000000"><i>Cette organisation</i></font><font color="#000000"> offrira un prétexte pour diminuer </font><font color="#000000"><i>les traitements</i></font><font color="#000000"> et leur donner un état fixe. Vous ne serez d'ailleurs jamais embarrassé de ces hommes, parce qu'on peut leur donner une </font><font color="#000000"><i>fonction</i></font><font color="#000000"> équivalente de leur grade sur les vaisseaux de </font><font color="#000000"><i>ligne</i></font><font color="#000000">, en cas que la flottille ne soit pas armée</font>[^2]<font color="#000000">. Quant à la flottille d'Ostende, elle devra être traitée comme celle de Boulogne. </font><font color="#000000"><i>En général, la flottille est administrée sur de fausses maximes, car elle l'est par les règles des escadres ; or rien ne se ressemble moins.</i></font>[^3]</p> [^1]: Napoléon a biffé : « la marine n’aurait à fournir que deux matelots » [^2]: Napoléon a biffé : « Toutes ces questions ne me sont point assez familières, mais je vous en dis assez pour vous faire comprendre ce que j’envisage dans ces projets ». [^3]: Minute, Archives nationales, AF IV 865, fructidor an XII, n° 69.</body>