| identifiant | CG4-9195.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/09/09 00:00 |
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| titre | Napoléon à Fouché, ministre de la Police générale |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 9195. - </b>À Fouché, ministre de la Police générale</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Aix-la-Chapelle, 22 fructidor an XII
[9 septembre 1804]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Monsieur
Fouché, ministre de la Police générale, ce que le bulletin du 18
fructidor dit de Lajolais</font>[^1]<font color="#000000">
montre assez la facilité qu'on aurait d'en tirer parti pour avoir au
net une espèce de confession.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Ne perdez pas
de vue l'affaire de Gogué de la Vendée</font>[^2]<font color="#000000">.
Si tout ce qu'il y a dans le bulletin se vérifie, il faut le
traduire à une commission militaire et le faire fusiller. Les chefs
des chouans ont besoin d'être contenus par des remèdes vifs.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">M. d'Andigné</font>[^3]<font color="#000000">,
que j'ai pris à Malte, où il était chevalier, et que j'ai emmené
en Égypte, y a perdu une jambe. Le ministre de la Guerre l'avait
placé à Versailles ; il était mal là ; j'ai ordonné qu'on
l'envoyât vers les Pyrénées ; sachez ce qu'il en est. Il est frère
de celui qui s'est échappé de Besançon</font>[^4]<font color="#000000">.
C'est un fort bon homme, mais il est, comme de raison, attaché à
son frère. Les bureaux de la guerre ne sentent pas la conséquence
de mes ordres ; c'est à vous à y veiller.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">M. d'Arenberg</font>[^5]<font color="#000000">
est soumis à la surveillance générale des émigrés, qui consiste
à ne pouvoir voyager sans un passeport du ministre. Comme toutes les
personnes de cette maison se conduisent extrêmement bien, donnez
ordre qu'ils ne soient plus assujettis à une surveillance
particulière. Toutes ces personnes, par leur attachement au
Gouvernement, sont très propres à tout ce que l'administration
voudrait faire d'elles.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Je vous envoie
une </font><font color="#000000"><i>Lettre à l'Armée</i></font><font color="#000000">
; elle est de Barère</font>[^6]<font color="#000000">.
Je ne l'ai pas lue, mais je crois qu'il n'y a pas besoin de parler à
l'armée ; elle ne lit pas le vain bavardage des pamphlets, et un mot
à l'ordre du jour ferait plus que cent volumes de Cicéron et de
Démosthène. On peut animer les soldats contre l'Angleterre sans
leur parler ; leur adresser une brochure est le comble de l'absurdité
; cela sent l'intrigue et la méfiance ; l'armée n'en a pas besoin.</font></p><p lang="fr-FR">Dites à Barère, dont les
déclamations et les sophismes ne sont pas en harmonie avec sa
colossale réputation, qu'il ne se mêle plus d'écrire dans ce
genre. Il croit toujours qu'il faut animer les masses ; il faut, au
contraire, les diriger sans qu'elles s'en aperçoivent. Au total,
c'est un homme de peu de talent.</p><p lang="fr-FR">S'il en est temps, ne laissez pas
circuler sa brochure, et n'en laissez pas faire d'envois à l'armée.
Elle n'est pas une autorité. Il n'y a de moyen légal de lui parler
que l'ordre du jour. Tout le reste est intrigue et faction.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Je n'ai point
lu la brochure. Si elle est bien faite, la même chose dite, sans
s'adresser à personne, pourrait être d'un bon effet et n'aurait
aucun danger.</font>[^7]</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p>
[^1]: Le général de Lajolais, complice de Pichegru, interné au fort de Bellegarde, s'enivre avec les vétérans et a escroqué 48 francs à un co-détenu.
[^2]: Gogué, ancien chef de chouans « a quitté son état de chirurgien, et a paru se livrer au commerce des blés, vins, laine, etc. » En réalité, à l'aide de fonds anglais, il constituait des dépôts clandestins de plomb. Il sera fusillé le 15 décembre 1805.
[^3]: Charles-François d’Andigné.
[^4]: D’Andigné de la Blanchaye.
[^5]: Louis d'Arenberg, le duc aveugle, prétendant à la souveraineté du Brabant, devint sénateur de l'Empire ; ses fils, les princes Prosper et Pierre, serviront dans l'armée française.
[^6]: Avocat de formation, Bertrand Barére de Vieuzac anime la propagande anti-anglaise de Bonaparte.
[^7]: Minute, Archives nationales, AF IV 865, fructidor an XII, n° 66.</body> |
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