| identifiant | CG4-9186.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/09/06 00:00 |
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| titre | Napoléon à l’amiral Ganteaume, commandant l’armée navale de l'océan |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 9186. - </b>À l’amiral Ganteaume, commandant l’armée navale de l'océan</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Aix-la-Chapelle, 19 fructidor an XII
[6 septembre 1804]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Monsieur le
vice-amiral Ganteaume, commandant en chef l'armée navale de Brest,
j'ai reçu votre lettre du 9. J'ai donné ordre que les 1 273
hommes qui manquent au complet de votre escadre soient mis à votre
disposition, savoir : 200 hommes de l'artillerie de la marine, 600
conscrits ouvriers de la marine et 500 hommes d'infanterie de ligne.
Voilà donc </font><font color="#000000"><i>Le Patriote</i></font><font color="#000000">
en rade ! Avec 21 vaisseaux, j'espère que vous serez dans le cas de
faire quelque chose.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Votre sortie a
imprimé une grande terreur aux Anglais</font>[^1]<font color="#000000">
; ils savent bien qu'ayant toutes les mers à défendre, une escadre
qui s'échapperait de Brest pourrait leur faire un ravage
incalculable ; et, si vous étiez en mesure de porter en brumaire
16 000 hommes et 500 chevaux en Irlande, le résultat en serait
funeste à nos ennemis. Dites-moi si vous pensez pouvoir être prêt,
et quelles sont les probabilités de réussite. Voyez le général
irlandais O'Connor</font>[^2]<font color="#000000">,
et causez avec lui sur les points où l'on pourrait débarquer. Je
pense bien qu'une sortie comme celle que vous avez faite demande des
circonstances de temps qui ne se présentent pas tous les jours ;
mais je ne comprends pas pourquoi vos vaisseaux n'appareilleraient
pas chaque jour pour faire bordée dans la rade. Quelle espèce de
danger y a-t-il à faire cela ? Les mirliflores</font>[^3]<font color="#000000">
de l'escadre pourront en rire et se moquer de ces grandes expéditions
; il n'en serait pas moins vrai que, dans ces continuels exercices,
vous donneriez à votre escadre une tenue et une expérience bien
précieuses, et vous auriez fait tout ce qui dépend de vous. Je ne
connais pas assez la rade de Brest pour savoir si une escadre de cinq
vaisseaux peut y évoluer et à votre signal se mettre en bataille
pour les différentes manœuvres : si cela est exécutable,
pourquoi ne le fait-on pas ? J'ai fait faire de ces manœuvres par la
flottille de Boulogne ; le résultat en a été très bon, et
aujourd'hui cela se continue ; c'est un objet d'encouragement et
d'instruction dont personne ne peut contester l'avantage. Il ne faut
pas chercher ce qui nous manque ; je ne puis faire des miracles ;
mais il faut faire tout ce qui est possible. J'ai assez d'expérience
de la mer pour savoir que, ne ferait-on que lever l'ancre, déployer
ses voiles et revenir mouiller, je dis plus, ne ferait-on que le
branle-bas</font>[^4]<font color="#000000">,
le résultat en serait toujours très avantageux. Soyez sincère :
combien avez-vous de vaisseaux dont le branle-bas se fasse bien ? Les
hamacs sont mal placés, tout ne se prépare point comme il le faut ;
rien enfin n'est indifférent pour le succès. Pourquoi ne
feriez-vous pas faire, tous les huit jours au moins, le signal du
branle-bas, et ne vous portez-vous pas alors pour visiter les
vaisseaux et voir ce qu'il peut y avoir de mal ? Je vais encore plus
loin ; je pense que même l'exercice des signaux en est un utile, et
accoutume tous les vaisseaux à les répéter avec la promptitude et
l'expérience convenables. Je répète encore qu'on se moquera de ces
exercices, mais il sera néanmoins de fait que les états-majors des
vaisseaux apprendront à connaître bien les signaux, et franchiront
les obstacles qui sont apportés souvent à leur prompte arboration
et répétition. Lorsque les Anglais ont su que vous étiez dans la
baie de Camaret, l'opinion des marins en Angleterre était que vous
n'étiez pas attaquable.</font></p><p lang="fr-FR">Je n'ai plus de généraux de marine.
Je désirerais faire quelques contre-amiraux, mais je voudrais
choisir ce qui peut m'offrir le plus d'espérances, sans
considération d'ancienneté. Envoyez-moi une liste d'une douzaine
d'officiers propres à faire des contre-amiraux, ayant les qualités
nécessaires pour mériter la préférence, et surtout des hommes
encore dans la force de l'âge.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">J'ai fait
mettre sur chaque chaloupe canonnière un obusier de 8 pouces de
terre. Cet obusier se place sur un petit affût marin qui lui permet
de lancer un obus pesant 40 livres à plus de 1 000 toises ;
tiré sur l'angle de 45 degrés, il fait l'effet d'un mortier ; tiré
à 200 toises, l'obus éclate dans le bois ; tiré à 1 000
toises, l'effet en est considérable, puisqu'il a 8 pouces
d'ouverture, ce qui est plus qu'une pièce de 72. Les chaloupes
canonnières n'ont point été incommodées de ce tir ; et, comme il
est d'usage, après avoir beaucoup blâmé cette arme, on s'en loue
beaucoup aujourd'hui. Comme la terre peut en fournir une grande
quantité, je désirerais que vous en missiez six ou dix sur chacun
de vos vaisseaux. Il doit être placé sur un petit affût marin
ayant ses roulettes de l'avant et point de derrière ; il peut être
mis indifféremment à bâbord, à tribord, sur l'avant ou sur
l'arrière du vaisseau ; on peut le tirer en chasse comme en
retraite. Je m'en promets un bon effet. La terre a de ces obusiers à
Brest ; faites-en placer sur un affût et essayez-les à bord d'un de
vos vaisseaux. Si vous pouviez en mettre dix, cela ne ferait que
mieux ; ils ne pèsent que 1 100 livres. J'aurais bien désiré
aussi que vous eussiez des obusiers anglais de 36 ; mais il paraît
que l'on n'en a pas encore fait assez ; toutefois, je suis d'opinion
que les obusiers de 8 pouces valent beaucoup mieux. Six ou dix de ces
obusiers, faisant l'effet de six ou dix mortiers, peuvent être très
utiles dans un combat. L'emplacement ne gêne pas ; on peut les tirer
du milieu du vaisseau, en s'arrangeant de manière à ne point être
embarrassé par les vergues. Nos vaisseaux ne sont pas assez armés.
Quand je connaîtrai les objections que vous avez à faire sur cette
idée, il sera facile, si elle est praticable, de vous donner 200 de
ces obusiers. Il ne faut point les confondre avec les obusiers de 6
pouces qui, n'étant que de 36, ne remplissent point le même objet.</font>[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Ganteaume est sorti en rade de Brest avec une petite escadre le 25 juillet, à la faveur du brouillard. Le brouillard dissipé découvre le mouvement aux anglais qui commence à chasser les bâtiments français les entraînant le retour au port.
[^2]: Réfugie en France depuis 1796, Arthur O’Connor est le chef de la Société des Irlandais-Unis. En février, il a été envoyé à Morlaix pour y être employé comme général de division à la formation de la brigade irlandaise.
[^3]: Moqueurs.
[^4]: Action consistant à retirer les branles, ou hamacs, pour se disposer au combat ; par extension, ôter aussi ce qui est sur le gaillard et dans l'entrepont pour faire place nette avant le combat.
[^5]: <span></span><font color="#000000"><i>Correspondance de Napoléon I</i></font><font color="#000000"><sup><i>er</i></sup></font><font color="#000000"><i>
publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i></font><font color="#000000">,
n° 7996, d’après l’expédition communiquée par la comtesse
Ganteaume. </font><font color="#000000"><span lang="en-GB">Minute,
Archives nationales, AF IV 865, fructidor an XII, n° 58. Extrait
[catalogue de vente], Sotheby & Co., </span></font><font color="#000000"><span lang="en-GB"><i>Catalogue
of the André de Coppet Collection, Part V, Letters of Napoleon,
Nelson and their contemporaries, from the first Italian campaign to
the battle of Trafalgar, 1797-1805. The property of the late André
de Coppet of New York</i></span></font><font color="#000000"><span lang="en-GB">,
Londres, 14-15 novembre 1955, p. 85, n° 1412. Minute, Archives
nationales, AF IV 865, fructidor an XII, n° 58.</span></font></body> |
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