| identifiant | CG4-8980.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/07/02 00:00 |
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| titre | Napoléon au vice-amiral Latouche-Tréville, commandant de l'escadre de la Méditerranée |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 8980. - </b>Au vice-amiral Latouche-Tréville, commandant de l'escadre de la Méditerranée</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">La Malmaison, 13 messidor an XII [2
juillet 1804]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Le ministre de
la Guerre</font>[^1]<font color="#000000">
donne ordre à deux bataillons d'élite des 2</font><font color="#000000"><sup>e</sup></font><font color="#000000">
et 23</font><font color="#000000"><sup>e</sup></font><font color="#000000">
régiments de ligne de s'embarquer sur votre escadre</font>[^2]<font color="#000000">
; le 2</font><font color="#000000"><sup>e</sup></font><font color="#000000">
régiment de ligne complètera ce qui sera nécessaire pour faire le
nombre de seize cents hommes dont vous avez besoin. Si l'ordre du
ministre n'est pas arrivé, vous pouvez toujours vous concerter avec
le commandant de Toulon</font>[^3]<font color="#000000">
pour que tout soit mis à votre disposition.</font></p><p lang="fr-FR">J'imagine qu'au moment où votre
lettre arrivera, vous aurez dix vaisseaux en rade. Les matelots ne
peuvent sérieusement vous arrêter. En désarmant les corvettes et
faisant une presse extraordinaire dans le port de Marseille, vous
pouvez vous procurer le nombre qui vous manque. Avec les seize cents
hommes, d'ailleurs, que la guerre vous fournit, vos vaisseaux se
trouvent armés.</p><p lang="fr-FR">Il doit y avoir à Toulon des
obusiers. Exercez vos équipages et faites-leur tirer des obus sur
des pièces de 36, n'en faisant usage que lorsqu'on sera à deux ou
trois cents toises. Il n'y a point de bonnes raisons qui empêchent
de s'en servir, et quelques obus pourront faire de plus grands
ravages que des boulets dans le corps d'un bâtiment.</p><p lang="fr-FR">Veillez à ce qu'ils soient chargés
de roches à feu.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">J'ai été fort
aise de voir qu'en peu de moments votre escadre avait été à la
voile, mais j'ai vu avec peine que vous étiez sorti avec un vaisseau
de moins. Par le retour de mon courrier, faites-moi connaître le
jour où il vous sera possible, abstraction faite du temps, de lever
l'ancre, et instruisez-moi de ce qu’a fait l'ennemi, où se tient
Nelson</font>[^4]<font color="#000000">.
Méditez sur la grande entreprise dont vous êtes chargé, et avant
que je signe définitivement vos ordres, faites-moi connaître la
manière que vous pensez être la plus avantageuse de les remplir.</font></p><p lang="fr-FR">Je vous ai nommé grand-officier de
l'Empire, inspecteur des côtes de la Méditerranée ; mais je désire
beaucoup que l'opération que vous allez entreprendre me mette à
même de vous élever à un tel degré de considération et
d'honneurs, que vous n'ayez plus rien à désirer.</p><p lang="fr-FR">L'escadre de Rochefort, composée de
trois vaisseaux, dont un à trois ponts, et de quatre frégates, est
prête à lever l'ancre ; elle n'a devant elle que cinq vaisseaux
ennemis.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">L'escadre de
Brest est de vingt et un vaisseaux ; ces vaisseaux viennent de lever
l'ancre pour harceler l'amiral Cornwallis, et obliger les Anglais à
avoir là un grand nombre de vaisseaux. Les ennemis tiennent aussi
six vaisseaux devant le Texel, pour bloquer l'escadre hollandaise,
composée de trois vaisseaux, de quatre frégates, et d'un convoi de
80 bâtiments, où le général Marmont</font>[^5]<font color="#000000">
a son armée embarquée.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Entre Étaples,
Boulogne, Wimereux et Ambleteuse, deux nouveaux ports que j'ai fait
construire</font>[^6]<font color="#000000">,
nous avons 270 chaloupes canonnières, bateaux canonniers, péniches,
etc., portant cent vingt mille hommes et dix mille chevaux. Que nous
soyons maîtres du détroit six heures, et nous serons maîtres du
monde.</font></p><p lang="fr-FR">Les ennemis ont aux Dunes ou devant
Boulogne, deux vaisseaux de 74, trois de 60 ou 64, et deux ou trois
de 50. Jusqu'ici l'amiral Cornwallis n'a eu que quinze vaisseaux ;
mais toutes les réserves de Plymouth et de Portsmouth sont venues le
renforcer devant Brest.</p><p lang="fr-FR">Les ennemis tiennent aussi à Cork,
en Irlande, quatre ou cinq vaisseaux de guerre ; je ne parle pas de
frégates et de petits bâtiments, dont ils ont une grande quantité.</p><p lang="fr-FR">Si vous trompez Nelson, il ira en
Sicile, ou en Égypte, ou au Ferrol. Je ne pense donc pas qu’il
faille se présenter devant le Ferrol. Des cinq vaisseaux qui sont
dans ce parage, quatre sont prêts ; le cinquième le sera cependant
en fructidor ; mais je pense que le Ferrol est trop indiqué, et il
est naturel que l'on suppose, si votre armée de la Méditerranée
entre dans l'Océan, qu'elle est destinée à débloquer le Ferrol.
Il paraîtrait donc meilleur de passer très au large, d'arriver
devant Rochefort, ce qui vous complèterait une escadre de seize
vaisseaux et de onze frégates, et alors sans perdre un instant, sans
mouiller, soit en doublant l'Irlande très au large, soit en
exécutant le premier projet, arriver devant Boulogne. Notre escadre
de Brest, forte de vingt-trois vaisseaux, aura à son bord une armée
et sera toujours à la voile, de manière que Cornwallis sera obligé
de serrer la côte de Bretagne pour tâcher de s'opposer à sa
sortie.</p><p lang="fr-FR">Du reste, j’attends pour fixer mes
idées sur cette opération qui a des chances, mais dont la réussite
offre des résultats si immenses, j'attends le projet que vous m'avez
annoncé, et que vous m'enverrez par le retour de mon courrier. Il
faut embarquer le plus de vivres possible, afin que dans aucune
circonstance vous ne soyez gêné par rien.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">À la fin du
mois on va lancer un nouveau vaisseau à Rochefort, et un à Lorient.
Il serait possible qu'ils fussent prêts : celui de Rochefort n'offre
lieu à aucune question ; mais s’il arrivait que celui de Lorient
fût en rade, et n'eût pas eu la facilité de se rendre avant votre
apparition devant l'île d'Aix, je désire savoir si vous pensez que
vous dussiez faire route pour le joindre. Toutefois je pense qu'en
sortant par un bon mistral, il est préférable à tout de faire
l'opération avant l'hiver, car, dans la mauvaise saison, il serait
possible que vous eussiez plus de chances pour arriver ; mais il se
pourrait qu'il y eût plusieurs jours tels qu'on ne pût profiter de
votre arrivée. En supposant que vous pussiez partir avant le 10
thermidor, il est probable que vous n'arriverez devant Boulogne que
dans le courant de septembre, moment où les nuits sont déjà
raisonnablement longues, et où les temps ne sont pas longtemps
mauvais.</font>[^7]</p>
[^1]: Berthier.
[^2]: Voir ci-dessus n° 8970.
[^3]: Villeneuve.
[^4]: À la tête de l’escadre de Méditerranée depuis 1803.
[^5]: Commandant du camp d’Utrecht.
[^6]: Commencés à l’automne 1803, les premiers navires ont fait leur entrés dans ces deux ports au printemps 1804.
[^7]: Minute, Archives nationales, AF IV 865, messidor an XII, n° 30.</body> |
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