| identifiant | CG4-8834.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/04/25 00:00 |
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| titre | Napoléon au Sénat conservateur |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 8834. - </b>Au Sénat conservateur</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 5 floréal an XII [25
avril 1804]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Sénateurs, votre adresse du 6
germinal</font>[^1]<font color="#000000">
dernier n'a pas cessé d'être présente à ma pensée ; elle a été
l'objet de mes méditations les plus constantes.</font></p><p lang="fr-FR">Vous avez jugé l'hérédité de la suprême
magistrature nécessaire pour mettre le peuple français à l'abri
des complots de nos ennemis et des agitations qui naîtraient
d'ambitions rivales. Plusieurs de nos institutions vous ont, en même
temps, paru devoir être perfectionnées pour assurer, sans retour,
le triomphe de l'égalité et de la liberté publique, et offrir à
la nation et au Gouvernement la double garantie dont ils ont besoin.</p><p lang="fr-FR">Nous avons été constamment guidés par cette grande
vérité : que la souveraineté réside dans le peuple français, en
ce sens que tout, tout sans exception, doit être fait pour son
intérêt, pour son bonheur et pour sa gloire. C'est afin d'atteindre
ce but que la suprême magistrature, le Sénat, le Conseil d'État,
le Corps législatif, les collèges électoraux et les diverses
branches de l'administration sont et doivent être institués.</p><p lang="fr-FR">À mesure que j'ai arrêté mon attention sur ces
grands objets, je me suis convaincu davantage de la vérité des
sentiments que je vous ai exprimés, et j'ai senti de plus en plus
que, dans une circonstance aussi nouvelle qu'importante, les conseils
de votre sagesse et de votre expérience m'étaient nécessaires pour
fixer toutes mes idées.</p><p lang="fr-FR">Je vous invite donc à me faire connaître votre
pensée toute entière.</p><p lang="fr-FR">Le peuple français n'a rien à ajouter aux honneurs
et à la gloire dont il m'a environné ; mais le devoir le plus sacré
pour moi, comme le plus cher à mon cœur, est d'assurer à ses
enfants les avantages qu'il a acquis par cette Révolution qui lui a
tant coûté, surtout par le sacrifice de ce million de braves morts
pour la défense de ses droits.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Je désire que nous puissions
lui dire, le 14 juillet de cette année : il y a quinze ans, par un
mouvement spontané, vous courûtes aux armes, vous acquîtes la
liberté, l'égalité et la gloire. Aujourd'hui ces premiers biens
des nations, assurés sans retour, sont à l'abri de toutes les
tempêtes ; ils sont conservés à vous et à vos enfants : des
institutions conçues et commencées au sein des orages de la guerre
intérieure et extérieure, développées avec constance, viennent de
se terminer, au bruit des attentats et des complots de nos plus
mortels ennemis, par l'adoption de tout ce que l'expérience des
siècles et des peuples a démontré propre à garantir les droits
que la nation avait jugés nécessaires à sa dignité, à sa liberté
et à son bonheur.</font>[^2]</p>
[^1]: <span></span> « Le Sénat Conservateur, réuni au nombre de membres prescrit par l'article 90 de la constitution, Délibérant sur la communication qui lui a été donnée au nom du gouvernement par le Grand Juge, ministre de la Justice, dans la séance du 2 de ce mois, d'un rapport du Grand Juge, relatif aux complots tramés par un envoyé de sa majesté britannique à Munich, et des pièces originales qui ont été l'objet de ce rapport ; Après avoir entendu le rapport de sa commission spéciale, nommée dans la séance du même jour 2 de ce mois ; Adopte les conclusions dudit rapport et le projet d'adresse proposé par sa commission ; arrête que ce rapport et l'adresse dont la teneur suit seront présentés par le Sénat en corps au Premier Consul de la République.<p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR"><span style="font-variant: small-caps">ADRESSE</span>.
Le Sénat Conservateur au Premier Consul de la République.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Citoyen Premier Consul,</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Le Sénat Conservateur se
rend en corps auprès de vous pour vous remercier de la
communication que vous lui avez fait donner le 2 de ce mois par le
Grand Juge, ministre de la justice, des pièces originales et
authentiques relatives aux trames atroces ourdies contre l'état et
contre vous, à l'abri d'un caractère diplomatique, par l'envoyé
du roi d'Angleterre près de la cour de Munich.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">En examinant ces pièces
et le rapport que le Grand Juge vous en a fait, le Sénat a été
dans le cas de suppléer pour le moment les fonctions de ce grand
tribunal national, dont l'établissement manque à nos institutions.
Une commission de cinq membres lui a fait un rapport que le Sénat a
adopté et qu'il vient vous présenter ; sa publicité est
remise à la sagesse du gouvernement. Nos délibérations sont
essentiellement secrètes : et dans les matières politiques
nous avons pour maxime de ne laisser transpirer que ce que le
gouvernement peut juger convenable de communiquer à l'Europe. Nous
disons à l'Europe, parce qu'il ne s'agit point ici seulement de la
France ; sa cause est celle du monde entier.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Cependant, relativement à
la France, les circonstances font un devoir au Sénat de s'expliquer
sur deux objets importants, que la découverte de ces horribles
complots lui paraît rendre dignes de votre plus prompte et plus
sérieuse attention.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">À la vue de tous ces
attentats, dont la providence a sauvé un héros nécessaire à ses
desseins, une première réflexion a frappé le Sénat.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Quand on médite votre
perte, c'est à la France qu'on en veut. Les Anglais et leurs
complices savent que votre destinée est celle du peuple français.
Si leurs exécrables projets avaient pu réussir, ils ne se doutent
pas de la vengeance épouvantable que ce peuple en aurait tirée. Le
ciel préservera la terre de la nécessité où seraient les
Français de punir un crime dont les suites bouleverseraient le
monde. Mais ce crime a été tenté, mais il peut l'être encore :
nous parlons de vengeance, et nos lois ne l'ont pas prévue.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Oui, citoyen Premier
Consul, le Sénat doit vous le dire.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">En réorganisant notre
ordre social, votre génie supérieur a fait un oubli qui honore la
générosité de votre caractère, mais qui augmente peut-être vos
dangers et nos craintes. Toutes nos constitutions, excepté celle de
l'an VIII, avaient organisé ou une haute cour, ou un jury national.
Vous avez eu la confiance qu'un pareil tribunal ne serait pas
nécessaire ; et la postérité, qui doit vous tenir compte de
tout ce que vous avez fait, vous comptera aussi ce que vous n'avez
pas voulu prévoir.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Mais, citoyen Premier
Consul, vous vous devez à la patrie. Vous n'êtes point le maître
de négliger votre existence ; et le Sénat, qui par essence
est le conservateur du pacte social de trente millions d'hommes,
demande de leur part que la loi s'explique sur le premier objet de
cette conservation.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Citoyen Premier Consul,
un grand tribunal national assurera d'une part la responsabilité
des fonctionnaires publics, et de l'autre il offrira aux
conspirateurs un tribunal tout prêt, tout investi de la consistance
et des pouvoirs nécessaires pour maintenir la sûreté et
l'existence d'un grand peuple attachées à la sûreté, à
l'existence de son chef.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Mais ce jury national ne
suffit pas encore pour assurer en même temps et votre vie et votre
ouvrage, si vous n'y joignez pas des institutions tellement
combinées que leur système vous survive. Vous fondez une ère
nouvelle ; mais vous devez l'éterniser : l'éclat n'est
rien sans la durée.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Nous ne saurions douter
que cette grande idée ne vous ait occupé ; car votre génie
créateur embrasse tout, et n'oublie rien : mais ne différez
point.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Vous êtes pressé par le
temps, par les évènements, par les conspirateurs, par les
ambitieux : vous l'êtes dans un autre sens par une inquiétude
qui agite tous les Français. Vous pouvez enchaîner le temps,
maîtriser les évènements, mettre un frein aux conspirateurs,
désarmer les ambitieux, tranquilliser la France entière, en lui
donnant des institutions qui cimentent votre édifice, et prolongent
pour les enfants ce que vous fîtes pour les pères. Citoyen Premier
Consul, soyez bien assuré que le Sénat vous parle ici au nom de
tous les citoyens : tous vous admirent et vous aiment ;
mais il n'en est aucun qui ne songe souvent avec anxiété à ce que
deviendrait le vaisseau de la république s'il avait le malheur de
perdre son pilote avant d'avoir été fixé sur des ancres
inébranlables. Dans les villes, dans les campagnes, si vous pouviez
interroger tous les Français l'un après l'autre, il n'y en a aucun
qui ne vous dit, ainsi que nous : Grand homme, achevez votre
ouvrage en le rendant immortel comme votre gloire. Vous nous avez
tirés du chaos du passé ; vous nous faites bénir les
bienfaits du présent ; garantissez-nous l'avenir.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Dans les cours étrangères
la saine politique vous tiendrait le même langage. Le repos de la
France est le gage assuré du repos de l'Europe.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Telles sont, citoyen
Premier Consul, les observations que le Sénat a cru devoir vous
présenter. Après vous avoir exprimé ce vœu national, il vous
répète, en son nom et au nom du peuple français, que dans toutes
les circonstances, et aujourd'hui plus que jamais, le Sénat et le
peuple ne font qu'un avec vous.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Signé Cambacérès,
second Consul, Président. Morard de Galles, et Joseph Cornudet,
Secrétaires. Vu et scellé.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Le Chancelier du Sénat,
signé Laplace. » (http://www.napoleonica.org).</p>
[^2]: <span></span><font color="#000000"><i>Correspondance de Napoléon I</i></font><font color="#000000"><sup><i>er</i></sup></font><font color="#000000"><i>
publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i></font><font color="#000000">,
n° 7713, d’après les Archives de l’Empire.</font></body> |
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