CG4-8726.md

identifiantCG4-8726.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1804/03/10 00:00
titreNapoléon au général Berthier, ministre de la Guerre, major général des camps
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 8726. - </b>Au général Berthier, ministre de la Guerre, major général des camps</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 19 ventôse an XII [10 mars 1804]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Vous voudrez bien, citoyen ministre, donner ordre au général Ordener, que je mets à votre disposition, de se rendre dans la nuit, en poste, à Strasbourg. Il voyagera sous un autre nom que le sien ; il verra le </font>général de la division[^1].</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Le but de sa mission est de se porter sur Ettenheim, de cerner la ville, d'y enlever le duc d'Enghien</font>[^2]<font color="#000000">, Dumouriez, un colonel anglais et tout autre individu qui serait à leur suite</font>[^3]<font color="#000000">. Le général de la division, le maréchal des logis de gendarmerie qui a été reconnaître Ettenheim, ainsi que le commissaire de police, lui donneront tous les renseignements nécessaires.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Vous ordonnerez au général Ordener de faire partir de Sélestat 300 hommes du 26</font><font color="#000000"><sup>e</sup></font><font color="#000000"> de dragons, qui se rendront à Rheinau, où ils arriveront à huit heures du soir.</font></p><p lang="fr-FR">Le commandant de la division enverra quinze pontonniers à Rheinau, qui y arriveront également à huit heures du soir, et qui, à cet effet, partiront en poste ou sur les chevaux de l'artillerie légère. Indépendamment du bac, il se sera assuré qu'il y ait là quatre ou cinq grands bateaux, de manière à pouvoir passer d'un seul voyage les 300 chevaux.</p><p lang="fr-FR">Les troupes prendront du pain pour quatre jours, et se muniront de cartouches. Le général de la division y joindra un officier de gendarmerie et une trentaine de gendarmes.</p><p lang="fr-FR">Dès que le général Ordener aura passé le Rhin, il se dirigera droit sur Ettenheim, marchera droit à la maison du duc et à celle de Dumouriez. Après cette expédition terminée, il fera son retour sur Strasbourg.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">En passant à Lunéville, le général Ordener donnera ordre que l'officier de carabiniers qui a commandé le dépôt à Ettenheim se rende à Strasbourg en poste pour y attendre ses ordres</font>[^4]<font color="#000000">.</font></p><p lang="fr-FR">Le général Ordener, arrivé à Strasbourg, fera partir bien secrètement deux agents, soit civils, soit militaires, et s'entendra avec eux pour qu'ils viennent à sa rencontre.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Vous donnerez ordre que le même jour et à la même heure, 200 hommes du 26</font><font color="#000000"><sup>e</sup></font><font color="#000000"> de dragons, sous les ordres du général Caulaincourt, auquel vous donnerez des ordres en conséquence, se rendent à Offenburg, pour y cerner la ville et arrêter la baronne de Reich, si elle n'a pas été prise à Strasbourg, et autres agents du Gouvernement anglais dont le </font>préfet[^5]<font color="#000000"> et le citoyen Méhée</font>[^6]<font color="#000000">, actuellement à Strasbourg, lui donneront les renseignements.</font></p><p lang="fr-FR">D'Offenburg, le général Caulaincourt dirigera des patrouilles sur Ettenheim, jusqu'à ce qu'il ait appris que le général Ordener a réussi. Ils se prêteront des secours mutuels.</p><p lang="fr-FR">Dans le même temps, le général de la division fera passer 300 hommes de cavalerie à Kehl, avec quatre pièces d'artillerie légère, et enverra un poste de cavalerie légère à Willstett, point intermédiaire entre les deux routes.</p><p lang="fr-FR">Les deux généraux auront soin que la plus grande discipline règne ; que les troupes n'exigent rien des habitants. Vous leur donnerez, à cet effet, 12 000 francs à chacun.</p><p lang="fr-FR">S'il arrivait qu'ils ne pussent pas remplir leur mission, et qu'ils eussent l'espoir, en séjournant trois ou quatre jours et en faisant faire des patrouilles, de réussir, ils sont autorisés à le faire.</p><p lang="fr-FR">Ils feront connaître aux baillis des deux villes que, s'ils continuent à donner asile aux ennemis de la France, ils s'attireront de grands malheurs.</p><p lang="fr-FR">Vous ordonnerez que le commandant de Neuf-Brisach fasse passer 100 hommes sur la rive droite, avec deux pièces de canon.</p><p lang="fr-FR">Les postes de Kehl, ainsi que ceux de la rive droite, seront évacués dès l'instant que les deux détachements auront fait leur retour.</p><p lang="fr-FR">Le général Caulaincourt aura avec lui une trentaine de gendarmes. Du reste, le général, Caulaincourt, le général Ordener et le général de la division tiendront un conseil et feront les changements qu'ils croiront convenables aux présentes dispositions.</p><p lang="fr-FR">S'il arrivait qu'il n'y eût plus à Ettenheim ni Dumouriez ni le duc d'Enghien, on rendrait compte, par un courrier extraordinaire, de l'état des choses, et on attendrait de nouveaux ordres.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Vous ordonnerez de faire arrêter le maître de poste de Kehl</font>[^7]<font color="#000000">, et autres individus qui pourraient donner des renseignements.</font>[^8]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR"><br/> </p> [^1]: Le général Leval. [^2]: L’arrestation aura lieu le 15 mars, voir n° 8736. [^3]: Sur la foi d’un rapport de gendarmerie Bonaparte aurait été amené à penser que Dumouriez et l’espion anglais Spencer Smith étaient présent à Ettenheim. Le gendarme aurait été trompé par l’accent germanique confondant Dumouriez avec le marquis de Thumery et Smith avec Schmidt. [^4]: Le fait que le Premier Consul ait connu le détail de la présence de cet officier à Lunéville laisse penser que l’opération d’Ettenheim a été préparée de longue date. [^5]: Shée, conseiller d’Etat, en poste depuis 1802. [^6]: Méhée de La Touche, agent de la police secrète sous la monarchie, passé au service de Danton, déporté à l’île d’Oléron après le 18 Brumaire. Il s’évade et mène en Angleterre une étonnante carrière d’agent double jusqu’au début de l’Empire, avant d’être démasqué. [^7]: Voir ci-dessous n° 9151. [^8]: <span></span><font color="#000000"><i>Correspondance de Napoléon I</i></font><font color="#000000"><sup><i>er</i></sup></font><font color="#000000"><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i></font><font color="#000000">, n° 7608, d’après le dépôt de la Guerre. Minute, Archives nationales, AF IV 864, ventôse an XII, n° 46.</font></body>