| identifiant | CG4-8147.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1803/10/12 00:00 |
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| titre | Napoléon à l’amiral Bruix, commandant de la flottille du camp de Boulogne |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 8147. - </b>À l’amiral Bruix, commandant de la flottille du camp de Boulogne</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 19 vendémiaire an XII
[12 octobre 1803]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">Citoyen
amiral Bruix, j’ai reçu un projet du génie pour faire à
Wimereux</span></font></font>[^1]<font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">
un port pareil à celui d’Ambleteuse</span></font></font>[^2]<font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> ;
mais, pour des opérations de cette nature, ma confiance repose plus
spécialement sur vous et sur Sganzin</span></font></font>[^3].
Envoyez-m’en un projet avec l’estimation. Si Sganzin a trop
d’ouvrage, le génie, qui a un grand nombre d’officiers sur la
côte, pourra s’en charger.</p><p lang="fr-FR">Faites-moi connaître si vous êtes
dans la pensée qu’Étaples, Boulogne, Ambleteuse et Wimereux sont
soumis au même vent, qu’il y règne en général le même temps,
et que de ces quatre ports on pourra sortir à la fois par un même
vent et dans les mêmes circonstances. Enfin, pour vous rendre mon
idée, je me figure que ces quatre ports me produisent le même effet
que s’ils étaient à un quart de lieue de Boulogne. Si, dans cette
manière de voir, je me trompe, faites-le-moi sentir, et faites-moi
connaître si un temps pourrait offrir des chances favorables pour
sortir d’un de ces ports, qui ne le fussent pas pour les autres.</p><p lang="fr-FR">Les Hollandais étant sur le point
d’avoir à l’eau 100 chaloupes canonnières et 250 bateaux plats
de haut bord, je compte les réunir aux corvettes de pêche
d’Ostende, et ne faire de cela qu’une seule opération, ce qui me
mettrait à même de réunir à Boulogne, Étaples, Ambleteuse et
Wimereux, au moins les quatre cinquièmes des forces de toutes les
flottilles dont je vous ai envoyé l’état.</p><p lang="fr-FR">J’ai envoyé à Soult un exercice
pour apprendre à nager[^4].
Je le ferai imprimer dès que j’aurai toutes les observations des
ports qu’il vous donnera lieu de faire. Rédigez-moi un pareil
projet d’exercice pour un bateau canonnier et pour une chaloupe
canonnière.</p><p lang="fr-FR">J’ai été fâché de voir que le
capitaine Saint-Haouen[^5]
ait eu une autre destination. Il avait appris à connaître le
personnel et le matériel de sa division. En général, il est
nécessaire de ne pas changer, à moins de mécontentement, les
officiers et les hommes qui sont ensemble, comme je fais pour les
bataillons.</p><p lang="fr-FR">Nos constructions s’achèvent
partout. Je compte, au 1<sup>er</sup> frimaire, réunir à Boulogne
2 000 ouvriers, tirés partie de nos ports et partie de
l’intérieur. Faites-moi connaître où vous les placerez et les
lieux où ils travailleront. Je n’ai pas besoin de vous dire ce que
nous en ferons. Ils seront constamment employés aux aménagements et
à la réparation des nombreuses avaries qu’éprouveront les
bâtiments ; car, lorsque je serai sur la côte, il faudra que
le temps soit bien gros pour qu’une division ne sorte pas.</p><p lang="fr-FR">Nous avons à Lorient, Nantes et
Bordeaux, une grande quantité de bâtiments de toute espèce ;
faites-moi connaître les difficultés et quels retards ces
difficultés pourront apporter, dans la saison où nous sommes, à
doubler la pointe de Brest.</p><p lang="fr-FR">La division de Granville vient de
doubler le cap de la Hague.</p><p lang="fr-FR">Dans les états de situation qui
m’ont été remis de la division du capitaine Saint-Haouen, qui
est, je crois, la 1<sup>re</sup>, j’ai vu qu’il y avait sept
bateaux canonniers armés de mortiers. On m’assure que les bois qui
soutiennent ces mortiers ont besoin d’être renouvelés tous les
trois mois ; s’ils sont à petite portée, ils ne vont pas à
plus de 1 000 ou 1 100 toises, ce qui est très peu de
chose. Il faudrait voir si l’on ne pourrait pas y substituer, ou
des mortiers à la Gomer[^6],
qui iraient à 1 500 toises, ou même des mortiers à plaque,
qui iraient à 2 000.</p><p lang="fr-FR">Je désirerais aussi que vous me
fissiez connaître si une opération peut être combinée entre
Ostende et Flessingue, c’est-à-dire si des vents qui permettent à
des bâtiments de la nature de ceux de la flottille de sortir de
l’Escaut leur permettraient aussi de sortir d’Ostende.</p><p lang="fr-FR">Il me paraît que, de l’embouchure
de l’Escaut aux côtes d’Angleterre, il y a un tel éloignement,
qu’on ne peut <i>se servir de péniches ni de bateaux canonniers</i>.
Voici comme je conçois cette seconde opération ; je voudrais
composer cette expédition de deux bonnes frégates françaises que
nous y avons, d’un vaisseau et de deux frégates hollandaises, que
les Hollandais pourront nous procurer, de 100 chaloupes canonnières
hollandaises de la force des nôtres, de 108 corvettes de pêche
d’Ostende, armées d’une pièce de 24, et, s’il est nécessaire,
de 54 de nos chaloupes canonnières, de 250 bateaux plats hollandais
et de 100 bateaux de pêche de notre flottille de transport ; ce
qui porterait parfaitement une armée de 40 000 hommes. Elle
partirait un soir avec un temps opportun, disparaîtrait dès lors
aux croisières que l’ennemi aurait pu placer, et qui ne peuvent
d’ailleurs, dans le mois de janvier, serrer la côte, extrêmement
dangereuse pour de gros bateaux ; notre flottille ne leur
permettrait pas de le faire avec des petits.</p><p lang="fr-FR">Ayant fait, dans la nuit, douze ou
quinze lieues au large, ayant quatre frégates et un vaisseau de
guerre et des bâtiments, armés de cinq à six cents pièces de
canon, il me semble que cette flottille aurait de grandes chances
pour arriver où l’on voudrait ; bien entendu qu’on voudrait
deux ou trois points différents, selon les vents qui viendraient à
régner le lendemain de son départ.</p><p lang="fr-FR">Pour cette opération, faut-il que
tout parte de Flessingue ou d’Ostende, ou la moitié doit-elle
partir de Flessingue et la moitié d’Ostende, sauf à faire sa
jonction à un point déterminé ? Peut-on se flatter qu’un
armement aussi considérable, dans une rade aussi mauvaise que celle
d’Ostende, ne courra point de danger, ou que, en s’enfermant dans
ce port, il pourra en sortir dans le temps convenable ? Enfin les
glaces ne feraient-elles point courir de grandes chances à toute
cette expédition ? Enfin quel est le maximum des bâtiments qu’on
pourrait placer à Boulogne, Ambleteuse, Wimereux et Étaples ?[^7]</p>
[^1]: Napoléon a ordonné de reconnaître l’emplacement du futur port fin septembre (voir ci-dessus n° 8067 et 8116) ; les travaux sont lancés le 21 octobre 1803.
[^2]: Napoléon a lancé la construction d’un nouveau port à Ambleteuse pour abriter la flottille par un arrêté du 21 juillet 1803.
[^3]: Inspecteur général des Ponts et Chaussées et président du Conseil des travaux maritimes.
[^4]: Voir ci-dessus n° 8144.
[^5]: Le Coat de Saint-Haouen.
[^6]: Du nom de l’officier d’artillerie qui les mit au point à la fin de l’Ancien Régime. La chambre de ces mortiers avait été modifiée afin d’éviter l’usure et le vent « du boulet » (en l’espèce de la bombe).
[^7]: Minute, Archives nationales, AF IV 864, vendémiaire an XII, n° 70.</body> |
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