CG4-8065.md

identifiantCG4-8065.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1803/09/21 00:00
titreNapoléon au général Davout, commandant du camp de Bruges
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 8065. - </b>Au général Davout, commandant du camp de Bruges</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 4<sup>e</sup> jour complémentaire an XI [21 septembre 1803]</h2><p lang="fr-FR">Citoyen général Davout, je reçois votre lettre du 28 fructidor. Le premier inspecteur général d’artillerie[^1] m’a fait connaître que quatre mortiers à plaque, qui portent la bombe à plus de 2 000 toises, ont été embarqués sur le Rhin, à Strasbourg, depuis plus de quinze jours, pour Ostende. Informez-vous de l’endroit où ils sont arrivés, afin qu’ils ne séjournent pas inutilement en route. Ces mortiers vous seront utiles ; car, lorsque les Anglais s’apercevront qu’il y a à Ostende un grand rassemblement, et qu’une partie de la flottille est embossée dans la rade, ils viendront l’attaquer.</p><p lang="fr-FR">J’ai ordonné qu’on plaçât trois pièces de 36 sur des affûts tels qu’ils puissent tirer sur l’angle de 45 degrés, ce qui les met à même de jeter des obus de 6 pouces et des boulets à 2 000 et 2 300 toises ; que la batterie qui a été ordonnée sur l’extrémité de la jetée soit armée et prête à servir pour le 30 vendémiaire.</p><p lang="fr-FR">Faites placer à la laisse de basse mer un crapaud[^2] de mortier et laissez-le séjourner vingt-quatre heures. À toutes les marées, faites dresser procès-verbal de ce qui se sera passé. Si, vingt-quatre heures après, les affouillements ne sont pas trop considérables, faites mettre dessus un mortier à la Gomer[^3], et faites tirer en cette situation plusieurs bombes. Vous dresserez procès-verbal de ce qui arrivera.</p><p lang="fr-FR">Faites construire à la laisse de basse mer une plate-forme propre à servir à deux pièces de 24. Quand la plate-forme aura résisté trois marées, que vous aurez, par des fascines et de nouveaux piquets, remédié aux affouillements qui auront eu lieu, placez dessus deux pièces de 36 ou de 24, et, par ce moyen, vous aurez deux mortiers de 12 pouces et deux pièces de 36 établis sur la laisse de basse mer, c’est-à-dire à plus de 300 toises en avant, qui protégeront votre flottille lorsqu’elle sera embossée, et aux heures de basse mer, c’est-à-dire lorsqu’elle ne peut s’approcher qu’à une certaine distance des forts. Ces différentes batteries sont établies à Boulogne et ont réussi ; mais je ne vous les propose qu’avec doute, car l’expérience seule peut autoriser des choses de cette nature, et la mer ne se comporte pas de même dans toutes les localités.</p><p lang="fr-FR">Le ministre de la Guerre[^4] doit vous avoir envoyé l’état total de la flottille et de ce qui sera embarqué sur chaque bâtiment. Mais il faut amariner les soldats. Vous devez donc vous concerter avec le contre-amiral[^5] pour faire sortir avec les marées les divisions de la flottille avec les garnisons, afin que les soldats s’accoutument à l’exercice du canon, à la rame et à aider la marine de tous leurs moyens.</p><p lang="fr-FR">Vous devez avoir en ce moment à Ostende deux divisions de corvettes de pêche prêtes. Chacun de ces bâtiments, comme vous l’aurez vu par l’état du ministre, doit porter deux chevaux. Il me tarde d’apprendre que vous les faites aller en rade et que vous les faites manœuvrer.</p><p lang="fr-FR">Envoyez-moi l’état de situation de la flottille de corvettes à pêche, de bateaux canonniers, de chaloupes canonnières, de péniches qui se trouvent aujourd’hui à Ostende, Nieuport et Flessingue.</p><p lang="fr-FR">Faites-moi connaître si les travaux du port d’Ostende sont en train, et spécialement les barrages, et si les ventes de terre qui avaient été ordonnées se font. Activez les réparations de Nieuport ; je ne conçois pas comment l’ingénieur des ponts et chaussées n’a pas encore réparé la portion du quai qui était tombée.</p><p lang="fr-FR">Je ne saurais trop vous recommander la santé des troupes ; cet article est bien important. Si Nieuport est malsain, tenez-y très peu de monde ; et si la saison est encore malsaine à Ostende, retardez de quinze jours vos campements et asseyez vos camps dans des endroits salubres, c’est la première de toutes les considérations.[^6]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: Marmont. [^2]: Affût de mortier plat et sans roues. [^3]: <span></span> Du nom de l’officier d’artillerie qui les mit au point à la fin de l’Ancien Régime. La chambre de ces mortiers avait été modifiée afin d’éviter l’usure et le vent « du boulet » (en l’espèce de la bombe). Pour la petite histoire, on tira plusieurs de ces vieux mortiers des arsenaux, en… 1915, dans le secteur d’Ypres, pour répliquer aux <i>Minenwerfer</i> allemands. [^4]: Berthier. [^5]: Bruix. [^6]: <span></span><font color="#000000"><i>Correspondance de Napoléon I</i></font><font color="#000000"><sup><i>er</i></sup></font><font color="#000000"><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i></font><font color="#000000">, n° 7125, la maréchale princesse d’Eckmühl. Minute, Archives nationales, AF IV 863, fructidor an XI, n° 106.</font></body>