CG4-8051.md

identifiantCG4-8051.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1803/09/18 00:00
titreNapoléon à Charles IV, roi d’Espagne
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 8051. - </b>À Charles IV, roi d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">La Malmaison, 1<sup>er</sup> jour complémentaire an XI [18 septembre 1803]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">J’ai fait connaître au </span></font></font><i>cabinet</i><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> de Votre Majesté, par l’ambassadeur Beurnonville, la nécessité où je </span></font></font><i>me trouve de pourvoir</i><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> </span></font></font><i>à la défense</i><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> </span></font></font><i>des</i><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> vaisseaux français que les événements de la mer ont conduits dans les ports d’Espagne, </span></font></font><i>menacés du même sort que ceux d’Algésiras</i>[^1]<i> et d’être livrés</i><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> à l’ennemi par les agents du prince de la Paix</span></font></font>[^2].</p><p lang="fr-FR">Dans des circonstances aussi imprévues, je crois avoir un dernier devoir à remplir auprès de Votre Majesté, en la priant d’ouvrir les yeux sur le gouffre que l’intrigue de l’Angleterre a creusé sous le trône que Sa Maison occupe depuis cent ans. En effet, que Votre Majesté me permette de le lui dire, l’Europe entière est affligée autant qu’indignée de l’espèce de détrônement dans lequel le prince de la Paix se plaît à la présenter à tous les gouvernements. <i>C’est</i> lui qui est le véritable roi d’Espagne, et je prévois avec peine que, forcé de <i>faire la</i> guerre <i>à</i> ce nouveau roi, j’aurai la douleur de la faire en même temps contre un prince qui, par ses qualités personnelles, eût fait le bonheur de ses sujets et aurait eu la gloire de conserver la paix, s’il eût voulu régner lui-même ; car je ne doute pas que, par une suite de la même politique, on ne conseille à Votre Majesté de réunir des troupes pour s’opposer à l’entrée du corps d’armée que je serais obligé d’envoyer dans les ports d’Espagne, afin de mettre les escadres, que les hasards de la mer y ont conduites, à l’abri des forces ennemies, <i>et d’armer les batteries du Ferrol</i> entièrement désarmées.</p><p lang="fr-FR">Le résultat de ces réunions et de ces rassemblements de forces sera la guerre entre les deux États ; et je ne dois pas le taire à Votre Majesté, lorsque le prince de la Paix verra la monarchie en danger, il se retirera à Londres avec ses immenses trésors, et Votre Majesté aura fait le malheur de son peuple, de sa couronne et de sa race.</p><p lang="fr-FR">Mais, si Votre Majesté, continuant à avoir en moi la confiance qu’Elle m’a quelquefois montrée, me demande le remède à des malheurs si prochains, je ne puis lui faire qu’une réponse, dans laquelle Elle reconnaîtra ma sincérité et mon amitié pour Elle : qu’Elle remonte sur son trône, qu’Elle éloigne d’elle un homme qui s’est, par degrés, emparé de tout le pouvoir royal, et qui, conservant dans son rang les passions basses de son caractère, ne s’est jamais élevé à aucun sentiment qui pût l’attacher à la gloire, n’a existé que pour ses propres vices et sera toujours uniquement gouverné par la soif de l’or.</p><p lang="fr-FR">Je dois croire qu’on aura tellement caché tous les événements à Votre Majesté, que la lettre que je lui écris lui sera, pour ainsi dire, toute nouvelle, et je suis réellement affecté de la peine que je prévois qu’Elle lui fera ; mais enfin ne vaut-il pas mieux, dans une aussi importante circonstance, qu’Elle voie clairement le véritable état des affaires de son royaume ?</p><p lang="fr-FR">J’ai souvent plaint Votre Majesté de la position où Elle est tenue, et il fallait une complication aussi grave de maux présents et de périls prochains pour que j’ai pris sur moi de remplir vis-à-vis d’Elle un aussi pénible devoir.[^3]</p> [^1]: Victoire des vaisseaux de Linois sur l’escadre anglaise de l’amiral Saumarez (6 juillet 1801). [^2]: Godoy. [^3]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, fructidor an XI, n° 95.</body>