CG4-8001.md

identifiantCG4-8001.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1803/09/04 00:00
titreNapoléon à l’amiral Bruix, commandant de la flottille du camp de Boulogne
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 8001. - </b>À l’amiral Bruix, commandant de la flottille du camp de Boulogne</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 17 fructidor an XI [4 septembre 1803]</h2><p lang="fr-FR">Citoyen amiral Bruix, je reçois votre lettre du 16. Je vois avec plaisir que le fort Rouge[^1] avance. Faites-moi connaître de quel métal et de quel calibre sont les pièces établies à la batterie de ce fort, et sur quels affûts elles sont montées ; et, puisque le fort Rouge se trouve tout à fait à la laisse de basse mer, il me semble que ces batteries ne pourront bientôt plus tirer.</p><p lang="fr-FR">J’ai reçu le plan que vous m’avez envoyé. Son aspect m’a fait sentir encore plus la nécessité des forts de la Crèche et de l’Heurt[^2]. Le génie m’assure que ce qui empêche de travailler, ce sont les ennemis, qui dispersent, tous les jours, les travailleurs à coups de canon. Comme le travail ne se fait qu’à marée basse, ne serait-il pas utile d’établir dans ces deux positions deux pièces de 24, ce qui éloignerait l’ennemi ? Du reste, un bataillon de 900 sapeurs est parti pour s’y rendre, de Juliers. Je désire connaître à combien de pieds on s’est élevé, et quand on peut espérer que cette plate-forme sera hors de la haute mer, et qu’on pourra alors y placer une douzaine de canons et quatre ou cinq mortiers.</p><p lang="fr-FR">J’ai reçu votre plan ; j’en désirerais un autre sur lequel fût tracée une première position qu’on ferait prendre à une avant-garde simplement composée de deux divisions de chaloupes canonnières, c’est-à-dire 54 ; d’une division de bâtiments de grande espèce, c’est-à-dire 27 ; et de six bombardes. Il faudrait que cette avant-garde occupât la position la plus près du rivage, afin d’être protégée par le fort Rouge et par les batteries de terre.</p><p lang="fr-FR">Je désire également que vous traçassiez la position à faire occuper à une cinquantaine de caïques, dans la vue d’augmenter le nombre des bâtiments et de prolonger la ligne. Il faudrait faire, avec le plus de soin possible, ce tracé, parce que ce ne serait qu’après avoir occupé quelque temps cette première position que nous nous hasarderions à nous porter plus avant.</p><p lang="fr-FR">La ligne, telle que vous l’avez tracée, m’a paru faible. Il y a 22 pieds d’eau à marée basse ; l’ennemi pourrait donc l’attaquer avec un grand nombre de vaisseaux à deux ponts, de bombardes, et quelques bateaux plats. Supposez que votre ligne fût ainsi attaquée par vingt vaisseaux de guerre de 74, dix ou douze bombardes, pensez-vous qu’elle puisse tenir ? Or l’intérêt des Anglais à nous forcer à nous retirer de Boulogne est tel, que le sacrifice de trois ou quatre vaisseaux de guerre n’est rien, s’ils peuvent espérer enlever une portion de cette flottille, ou l’écraser en la forçant à rentrer précipitamment dans le port. C’est à l’aspect de ce plan que j’ai senti l’immense avantage des caïques, puisqu’on peut en placer deux ou trois dans l’intervalle de chaque chaloupe canonnière, et dès lors, présenter une grande masse de feu, gêner et embarrasser l’ennemi.</p><p lang="fr-FR">On m’assure que la Liane n’est pas navigable jusqu’au moulin de Saint-Léonard. Faites remonter et descendre un canot à marée basse et haute, afin qu’il n’y ait aucun doute sur ce fait, car il faudra qu’à l’endroit où sera le parc d’artillerie de la marine on puisse rapidement communiquer par eau pour approvisionner le port.</p><p lang="fr-FR">Faites travailler sans relâche au fort du citoyen Forfait[^3] ; car il est facile sans doute de prendre une ligne qui ne pourrait être tournée, par la manière dont on s’approcherait de terre, mais il est difficile d’empêcher qu’elle ne soit percée.</p><p lang="fr-FR">J’ai ordonné au ministre de la Guerre de faire lever un croquis de tout le local à une lieue aux environs de Boulogne, afin de pouvoir dessiner l’emplacement des camps ; faites-moi connaître si l’on y travaille, et si ce travail avance.[^4]</p> [^1]: Fort en charpente en avant du port de Boulogne, commencé le 21 juillet 1803. [^2]: Les forts de l’Heurts et la Crèche ont été commencés en mai 1803. [^3]: Forfait dirige la construction d’un fort flottant, projet finalement abandonné. [^4]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, fructidor an XI, n° 45.</body>