CG4-7962.md

identifiantCG4-7962.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1803/08/26 00:00
titreNapoléon à l’amiral Bruix, commandant de la flottille du camp de Boulogne
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 7962. - </b>À l’amiral Bruix, commandant de la flottille du camp de Boulogne</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="en-GB" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 8 fructidor an XI [26 août 1803]</h2><p lang="fr-FR">Citoyen amiral Bruix, je reçois vos lettres des 6 et 7 fructidor. J’ai vu avec peine que vous n’aviez pas encore à Boulogne rien de ce qui constitue un parc et un commencement d’arsenal.</p><p lang="fr-FR">Envoyez-moi un procès-verbal des maisons que vous avez choisies pour les manutentions de la marine, et un rapport qui me fasse connaître s’il y a des fours et s’il y a des approvisionnements, et quels approvisionnements s’y trouvent dans ce moment.</p><p lang="fr-FR">S’il y a un établissement d’artillerie de marine ; quels magasins ont été choisis, quels ouvriers y travaillent, les maîtres canonniers, les officiers d’artillerie ; combien de mitraille, gargousses et autres effets d’armement et d’approvisionnement y sont arrivés.</p><p lang="fr-FR">Vous me dites qu’il n’y a à Dunkerque que dix-neuf bateaux canonniers prêts à partir ; cependant on m’en a annoncé cent. Écrivez au préfet maritime de vous adresser numéro par numéro l’état de ceux qui sont prêts, et de ce qui manque aux autres. Envoyez cet ordre par un courrier extraordinaire, et enjoignez que le procès-verbal soit fait dans six heures, afin que je sache sans délai à quoi m’en tenir.</p><p lang="fr-FR">Enfin, si, par le procès-verbal que vous ferez dresser, il résulte qu’on n’ait pas fait à Boulogne les dispositions convenables, faites-les sur-le-champ. Il doit y avoir un commissaire de marine pour la comptabilité, et votre qualité d’amiral met toute l’administration de la préfecture à votre disposition.</p><p lang="fr-FR">J’ai vu avec quelque peine qu’il fallait quinze jours pour remonter le fort lorsque tous les pieux seront battus et que la charpente sera posée, s’il n’y a pas de canons, l’ennemi pourra l’insulter avec plus de succès.</p><p lang="fr-FR">D’après le travail définitivement arrêté, les chaloupes canonnières ne porteront point de chevaux ; mais les bateaux canonniers auront des pièces de campagne, vu qu’il n’y a pas besoin d’affûts avec des pièces de siége.</p><p lang="fr-FR">L’augmentation du bassin aurait sans doute beaucoup d’avantages, mais je crains qu’il ne faille défaire une portion de ce qu’on a fait, et qu’on n’ait pas fini au commencement de brumaire. D’ailleurs, tout considéré, il deviendra peut-être prouvé que les demi-péniches seront inutiles, puisqu’on m’assure que les péniches, en cas de naufrage, pourraient prendre les hommes de la chaloupe canonnière, c’est-à-dire 111 hommes, indépendamment de son équipage et de celui de la canonnière, ce qui ferait 180 hommes. Dans ce cas, les demi péniches seraient inutiles.</p><p lang="fr-FR">Indépendamment de cela, évidemment que ces bâtiments ne pourront sortir dans une seule marée ; il faudra donc qu’une avant-garde tienne la rade pour s’y embosser. Alors, l’espace entre l’avant-garde et le port permettra de se servir des deux marées de la journée pour sortir, et, dans ce cas, je pense qu’on pourra placer une grande quantité de bateaux de pêche et de péniches dans le fond du port.</p><p lang="fr-FR">Faites-moi connaître combien on pourrait faire de péniches, de chaloupes et de bateaux canonniers au delà du fort, jusqu’au lieu où la marée monte au haut pour le déchouage [<i>sic</i>] ; car il m’a paru que ce qui embarrassait était la nécessité de tenir les bâtiments près de l’embouchure du port, pour pouvoir les faire sortir dans une marée ; enfin, ne sera-t-on pas toujours à temps, le bassin achevé, de l’agrandir ou d’en faire un second ? Avant de prononcer sur cette augmentation, faites-moi passer un rapport du citoyen Sganzin[^1] qui me fasse connaître le temps précis où il aurait achevé la partie qu’il faudrait défaire. J’imagine qu’il y aurait une grande quantité de terre à rapporter plus loin.</p><p lang="fr-FR">Faites-moi connaître à combien de toises la mer remonte dans la petite rivière de Boulogne. Remonte-t-elle jusqu’à 1 500 toises des jetées, et un canot qui tire 18 pouces d’eau peut-il remonter jusqu’à ces 1 500 toises ?</p><p lang="fr-FR">Y a-t-il là des granges, des habitations quelconques qu’on pût destiner, moyennant une palissade qu’on ferait autour, à faire un parc ou un lieu de réunion pour nos poulies, cordages, boulets, etc. ? Cet éloignement les mettrait à l’abri du feu de l’ennemi, et le service serait facile, puisqu’on pourrait le faire avec des canots.</p><p lang="fr-FR"><i>Portez-vous bien et comptez sur mon estime</i>.[^2]</p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Faites mettre à la laisse de basse mer un crapaud[^3] de fonte de mortier à la Gomer[^4] de 12 pouces. Faites placer, douze pieds en arrière, deux gros piquets, auxquels on amarrera ledit crapaud par les boulons, et voyez l’effet que fera la mer en montant et en s’en allant. Si cela réussit et que le crapaud reste, le jour d’après vous y ferez placer le mortier, pour voir encore quel effet cela produira, en ayant soin que les sous-bandes qui soutiennent les tourillons soient bonnes, et que les chaînettes soient bien placées. On renverserait le mortier du côté opposé à la lumière. Si vous pouviez placer ainsi quelques mortiers sans que la mer les dérangeât, vous sentez l’immense avantage que vous en retireriez pour la flottille.[^5]</p> [^1]:  Inspecteur général des Ponts et Chaussées et président du Conseil des travaux maritimes. [^2]: D’après le copiste cette phrase est autographe. [^3]: Affût de mortier plat et sans roues. [^4]: <span></span> Du nom de l’officier d’artillerie qui les mit au point à la fin de l’Ancien Régime. La chambre de ces mortiers avait été modifiée afin d’éviter l’usure et le vent « du boulet » (en l’espèce de la bombe). Pour la petite histoire, on tira plusieurs de ces vieux mortiers des arsenaux, en… 1915, dans le secteur d’Ypres, pour répliquer aux <i>Minenwerfer</i> allemands. [^5]: Copie d’expédition, Archives nationales, AF IV 863, fructidor an XI, n° 16.</body>