CG4-7887.md

identifiantCG4-7887.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1803/07/29 00:00
titreNapoléon à Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 7887. - </b>À Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bruxelles, 10 thermidor an XI [29 juillet 1803]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">M. Lombard</span></font></font>[^1]<font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> m’a remis la lettre de Votre Majesté. Je ne puis que la remercier de m’avoir donné l’occasion de connaître un homme aussi distingué. Je suis entré avec lui dans tous les détails relatifs à votre lettre. Que Votre Majesté me permette cependant de lui témoigner la douleur que j’éprouve en pensant que les armements actuels ont pu être un sujet d’alarme pour quelques puissances et pour quelques individus de la cour de Prusse</span></font></font>[^2].</p><p lang="fr-FR">Votre Majesté connaît les raisons et les principes de l’occupation du Hanovre. Elle a bien voulu donner à ces principes son assentiment.</p><p lang="fr-FR">Cuxhaven[^3] restât un objet de discorde qui eût compromis Hambourg, si les Anglais avaient pu y entrer et s’y comporter avec l’arrogance qui les caractérise. D’ailleurs, je ne puis que réitérer que je n’eusse pas fait difficulté d’évacuer ce port, si le blocus de l’Elbe et du Weser avait été fondé sur cette occupation. C’est la première fois que l’on bloque des rivières, et c’est étrangement abuser de tout que de se porter à cette extrémité. Que l’Elbe et la Weser soient fermés aux bâtiments français, c’est le droit de l’Angleterre ; mais que les Prussiens, les Danois ne puissent arriver chez eux par ces rivières, parce que les Français occupent les rives du Hanovre, je le dirai sans détour à Votre Majesté, les pertes qui peuvent s’ensuivre pour les puissances neutres ne sont rien auprès de la dignité de leurs droits et de leur indépendance, qui se trouvent par là méconnus. On ne peut se dissimuler que l’Angleterre, à force de procédés injustes, obligera tôt ou tard les puissances du Nord à se réveiller, sous peine de méconnaître leurs plus saints devoirs envers leurs sujets, et Votre Majesté, qui commande à une nation brave et célèbre, ne sera pas la dernière lorsqu’il s’agira de faire respecter les propriétés de ses sujets.</p><p lang="fr-FR">Quant à la France, elle se conduit comme le ferait Votre Majesté dans une circonstance pareille : elle soutient ce qu’Elle a le droit de faire avec énergie ; mais elle ne tentera jamais ce qui n’est pas dans son droit.</p><p lang="fr-FR">Il me reste à remercier Votre Majesté de la confiance qu’Elle me montre avec raison. Dans les circonstances actuelles, je me confie à vos sentiments d’amitié. Je crois devoir aussi compter sur ceux de l’empereur Alexandre ; mais il est entouré d’hommes aussi peu attachés à leur prince qu’à ses principes ; c’est du moins l’opinion que j’ai conçue après la conduite de M. de Markov[^4].</p><p lang="fr-FR">J’ignore la durée d’une guerre qui s’annonce avec des caractères d’animosité tout particuliers. Je crois que l’Angleterre ne pourrait la soutenir longtemps sans l’appui du continent ; et cet appui, elle ne peut le trouver que dans Votre Majesté et l’Autriche, la Russie, à cause de son éloignement, ne pouvant <i>être</i> qu’en seconde ligne.</p><p lang="fr-FR">Je ne puis qu’être satisfait de tous les sentiments que me montre la cour de Vienne et de la conduite de son cabinet dans ce moment-ci ; mais les temps peuvent changer, et Votre Majesté ne peut désapprouver que, dans cette position, j’ai le désir d’avoir quelque garantie qui m’assure la tranquillité du continent dans la guerre actuelle avec l’Angleterre. Le caractère personnel de Votre Majesté et celui de l’empereur de Russie me sont une garantie suffisante ; mais la cour de Vienne peut facilement se souvenir d’une guerre à peine éteinte, et la Russie elle-même peut être égarée, ayant tant d’hommes si faciles à corrompre.</p><p lang="fr-FR">Votre Majesté voit que je ne lui déguise aucune de mes pensées, et en cela je réponds à la confiance qu’elle m’a montrée. Il me reste à la prier de rester convaincue du désir que j’ai de faire tout ce qui peut être agréable à sa personne.[^5]</p> [^1]: Secrétaire du roi de Prusse que Bonaparte a récemment rencontré (voir ci-dessus, n° 7847 et 7851). [^2]: Le Premier Consul désire réellement qu’une alliance puisse exister avec la Prusse, lors de cet entretien, il a été jusqu’à proposer le Hanovre à Lombard. [^3]: Ville de Basse-Saxe sur la mer du Nord, près de l’estuaire de l’Elbe et formant l’avant-port de Hambourg. [^4]: Ambassadeur de Russie à Paris (voir ci-dessus, n° 7879). [^5]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, thermidor an XI, n° 36.</body>