| identifiant | CG4-7741.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1803/06/18 00:00 |
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| titre | Napoléon à Marie Louise, reine d’Étrurie |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 7741. - </b>À Marie-Louise, reine d’Étrurie</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 29 prairial an XI [18
juin 1803]</h2><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">J’ai
reçu la lettre par laquelle Votre Majesté me fait part du triste
événement qu’Elle vient d’éprouver par la perte prématurée
du Roi son Époux</span></font></font>[^1]<font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">.
Je partage avec bien de la sensibilité la juste douleur que lui
occasionne la mort d’un Prince qui lui était aussi cher. Votre
Majesté connaît trop tout l’intérêt que m’inspirait le roi
d’Étrurie pour élever le moindre doute sur la sincérité des
regrets que je donne à la perte d’un allié aussi fidèle. Je prie
Votre Majesté d’être bien convaincue de tous mes sentiments à
son égard et des voeux que je forme pour sa conservation et sa
prospérité.</span></font></font>[^2]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR" style=""><br/>
</p>
[^1]: <span></span>
Louis I<font color="#000000"><sup>er</sup></font><font color="#000000">
de Bourbon, roi d’Étrurie de 1801 à 1803. Marie-Louise va
exercer la régence.</font>
[^2]: <span></span><span lang="it-IT">
Expédition, Archivio di stato di Firenze, Segreteria e Ministero
degli Esteri, 3035. </span><font color="#000000">Une
autre lettre à Marie Louise reine d’Étrurie, non datée, traite
du même sujet, nous la publions en note car seules deux copies ont
été localisées (Bibliothèques Marmottan et collection privée)
sans qu’aucun original n’ait été retrouvé ce qui la rend
suspecte : « Je connais la perte qui vient d’affliger
Votre Majesté, et je partage sincèrement la douleur où elle la
plonge. Dieu dispose du sort des Empires comme de la vie de ceux
qu’il place à leur tête ; c’est sa volonté que nous
devons reconnaître et adorer dans les coups qui nous frappent. Eh !
qui sait, si moi, qui aujourd’hui m’afflige avec vous de votre
chagrin, je ne suis pas bientôt destiné à faire répandre des
larmes, des larmes ? En versera-t-on sur moi ? Les hommes sont si
ingrats ! J’ai connu votre époux. S’il n’a pas déployé sur
le trône les qualités d’un grand roi, il a montré du moins
toutes celles qui honorent un particulier. Mais vous le dirai-je,
Madame, c’est peut-être à l’influence que vous aviez sur ses
décisions qu’il faut attribuer la timidité de l’essor qu’il
a pris sur le trône. Les pratiques minutieuses de la religion, les
communications trop fréquentes avec ses ministres ne conviennent
point aux hommes qui chaque jour balancent les destinées des
peuples. La religion, bonne à protéger, à répandre même, parce
qu’elle est le lien entre les sujets et le souverain, ne doit
imposer à celui-ci d’autre joug, que celui de quelques pratiques
extérieures ; ne doit occuper sa pensée, que de l’immensité
du pouvoir de l’Être Suprême dont le sien est la faible image.</font><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR">Je
ne crois pas, Madame, que votre éducation vous ait donné les
moyens d’apprécier dans toute son étendue la vérité de ce que
je viens de vous dire. En général, vous êtes accoutumée à
respecter les prêtres, tandis que l’homme d’état doit les
regarder comme des instruments. Vous croyez aveuglément à une
doctrine qui n’est qu’un moyen pour confirmer l’obéissance
des peuples. Je vous plains, Madame, sans prétendre vous blâmer.
Mais ces erreurs ne doivent pas saisir le coeur de votre jeune fils.
Il règnera un jour, c’est à cela que vous devez songer ; et
s’il n’a pas, dans les souvenirs que laisse l’administration
de son père, des règles de conduite, c’est à moi, qui suis son
protecteur nécessaire, à veiller à son éducation. L’époque à
laquelle je suis parvenu à la première magistrature d’un grand
pays ; doit marquer dans les fastes du monde, et doit servir de
leçon aux rois. Mon exemple doit raffermir le pouvoir dans leurs
mains. Je leur ai montré comment on conduit les hommes, comment on
s’empare de leurs préjugés pour les rendre dociles au joug
nécessaire que leur impose l’état de société. Tout chancelait,
tous les systèmes qui régissent les empires commencent à être
ébranlés par les ravages du temps et ceux de la philanthropie.
J’ai tout raffermi, j’ai tout régénéré. Je ne dois pas
m’arrêter dans cette carrière de bienfaisance et de gloire. Je
ne puis surtout livrer les pays qui sont sous mon influence
particulière, un royaume que j’ai crée, un prince qui devra
rendre compte à moi et à mes successeurs de la prospérité de ses
états et du bonheur de ses sujets, je ne puis livrer tant d’intérêt
d’un ordre majeur à l’inexpérience et à l’erreur.</p><p class="sdfootnote-western" lang="fr-FR"><font color="#000000">Je
donnerai donc, Madame, un instituteur à votre fils, un Régent à
ses états. Mais je ne prétends point vous priver du plaisir de ses
caresses, ni du tableau de ses progrès. Vous aurez le titre de
Régente, que vos rapports avec lui vous décernent. Je ne puis vous
en abandonner les fonctions. Le général Clarke</font><sup><font color="#000000">?</font></sup><font color="#000000">
doit recevoir vos ordres pour les détails intérieurs qui ne
concernent point l’administration du royaume ; mais, c’est
de moi seul qu’il recevra l’impulsion. J’ajouterai, Madame,
que fidèle comme vous êtes, aux principes d’une religion qui
prêche l’abnégation de soi-même, et la soumission aux pouvoirs
suprêmes établis spécialement par la volonté du Très-Haut ;
vous devez vous sentir moins de répugnance pour céder à ce que
j’ose vous demander. Si cependant, vous croyez devoir me refuser
la déférence que je sollicite de vous, si vous ne pouvez vous
résoudre à voir votre fils confié aux mains habiles et fidèles
qui dirigeront son éducation, je me verrai forcé, Madame, de me
charger seul du soin d’administrer vos états. Au reste, si votre
Majesté avait quelque objection sérieuse, quelque répugnance
fondée contre le général Clarke, je suis prêt à traiter avec un
envoyé, qui aura pouvoir de votre Majesté pour le choix d’un
homme qui réunira ma confiance et la vôtre, mais je vous préviens
que ce choix ne peut tomber sur un homme né en Italie ». </font>
</p></body> |
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