31_gouv_prov

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fait partie deGouvernement_Provisoire
est validéoui
date1815/07/03 21:00
titreLettre de la Commission de gouvernement provisoire à Cambacérès, président de la Chambre des Pairs
texte en markdown<h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>31_GOUV_PROV</b> - LA COMMISSION DE GOUVERNEMENT PROVISOIRE Á CAMBACÉRÈS, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DES PAIRS</span></h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 3 juillet 1815, 9 heure du soir</h2> Monsieur le président, la Commission de gouvernement doit remplir le devoir pénible de vous dire que les négociations n’ont encore obtenu aucun résultat. Rien n’a pu arrêter la marche des troupes étrangères et les empêcher d’arriver aux portes de la capitale. La guerre devait cesser aussitôt que Napoléon ne serait plus le chef de l’Etat. On ne nous demandait aucun autre sacrifice ; aucun autre gouvernement ne devait nous être imposé. Quel est celui d’entre nous à qui ce langage n’a pas laissé croire que la France resterait un peuple libre. Quelle conduite la Commission de gouvernement avait-elle à tenir dans ces dangers de la patrie ? Elle ne pouvait leur opposer que les négociations ou les combats. Les négociations ont été suivies avec activité ; les plus nobles sentiments animent le courage de l’armée. Mais la disproportion du nombre limite notre résistance. Elle doit s’arrêter au moment où elle ne pourrait plus servir qu’à compromettre l’élite de nos braves et le sort de la capitale. La crise de l’État, Messieurs, est menaçante. Nous ne nous sommes pas dissimulé l’énorme poids dont nous nous chargions lorsque nous avons accepté les rênes du gouvernement. Nous pouvons du moins vous rendre ce témoignage que rien n’a pu nous faire dévier d’aucun principe. N’ayant à suivre d’autre ligne que celle qui nous était tracée par notre mandat, nous n’avons ouvert des négociations qu’en leur donnant pour base le maintien de nos constitutions. Tous les efforts ont été tentés pour que cette base fût admise. Elle ne l’a pas été. Nos négociateurs n’ont pas tardé à s’apercevoir que la Nation aurait à faire plus d’un sacrifice. Ce n’est pas ce malheur particulier qui aurait arrêté la Commission de gouvernement. Elle a fait toutes les propositions qui pouvaient le mieux satisfaire aux convenances, pourvu qu’elle demeurât fidèle à ses devoirs. Mais sur ce grand point, le plus important de tous, sur ce point qui ne touche pas moins qu’à notre bonheur qu’à notre indépendance, et auxquels se rattachent toutes nos destinées, il faut oser vous le dire, toutes les tentatives de la Commission et des négociateurs ont été jusqu’ici infructueuses. Toutefois, Messieurs, les négociations ne sont pas interrompues. Vous jugerez vous-mêmes de l’état des choses pour les pièces que nous avons l’honneur de mettre sous les yeux de la Chambre. Commission de gouvernement Analyse de la correspondance avec les plénipotentiaires près des souverains alliés (jointe au message ci-dessus) N°1 C’est le 23 juin que la Commission de gouvernement a nommé messieurs Lafayette, Laforest, Sebastiani, Voyer d’Argenson, Doulcet de Pontecoulant et Benjamin Constant les plénipotentiaires pour traiter de la paix auprès des puissances alliées. N°2 et 3 Leurs pouvoirs et leurs instructions ont été expédiés le même jour. N°4 La première dépêche que les plénipotentiaires ont écrite au gouvernement est datée de Laon le 25 juin au matin. Ils envoient copie de la note par laquelle, prévenant les généraux Blücher et Wellington de leur mission, ils ont demandé les facilités dont ils avaient besoin pour se rendre auprès des souverains alliés. N°6 La seconde lettre des plénipotentiaires est de Laon le 25 au soir. Ils ont l’espoir d’obtenir leurs passeports. N°5 Le même jour 25, le comte Bignon leur écrivait pour leur donner avis des démarches faites et à faire pour obtenir des sauf-conduits pour Napoléon. N°7 Le 26 juin au soir, les plénipotentiaires annoncent qu’ils ont reçu leurs passeports. Ils vont se mettre en route. Les détails qu’ils donnent sur les conversations qu’ils ont eues avec des généraux prussiens consistent en assurance que la France ne sera en aucune façon gênée dans le choix de son gouvernement. On voudrait des places pour prix d’un armistice ; la présence de l’Empereur augmente les difficultés. Le maréchal Blücher offre de recevoir à son quartier général des plénipotentiaires pour traiter de la question séparée d’un armistice. N°8 Le 28 juin les commissaires pour traiter de l’armistice ont été nommés. Ce sont messieurs Valence, Andréossy, Flaugergues, Boissy d’Anglas et La Besnardière. M Bignon en prévient les plénipotentiaires près les alliés et leur fait pressentir que le cours des événements peut élargir les bases de leurs instructions. N°9 Le 30 juin M Bignon entretient sa correspondance avec les plénipotentiaires en leur donnant connaissance des changements qui surviennent dans notre situation et notamment du départ de l’Empereur. Analyse de la correspondance relative à la proposition d’un armistice entre l’armée française sous Paris, et les armées anglaise et prussienne (jointe au message ci-dessus) N°1 Le 25 juin, M. le comte Bignon chargé du portefeuille des Affaires étrangères fait part au duc de Wellington : -de l’abdication de l’Empereur et de son dessein de se rendre aux Etats-Unis lorsqu’il aura reçu un sauf-conduit. -du départ de M. Otto pour Londres et du départ de plénipotentiaires pour traiter de la paix avec les puissances alliées. En conséquence, je propose un armistice. N°2 Le 28 juin, le duc de Wellington répond qu’il s’en réfère sur l’armistice à la lettre écrite par lui, aux plénipotentiaires, et déclare, quant au sauf-conduit, qu’il n’a aucune autorité pour donner une réponse sur cette demande. N° 3 et 4 Le 27 juin, le gouvernement charge les commissaires (MM. Andréossy, Flaugergues, La Besnardière et Boissy d’Anglas) de se rendre aux quartiers généraux ennemis, pour y négocier un armistice, et leur donne à cet effet, les pouvoirs et instructions convenables. N°5 Le 28 à midi, les commissaires font connaître leur arrivée aux avant-postes prussiens à Senlis, et leur retour à Chennevières, où ils doivent attendre et recevoir la réponse des généraux prussiens. N°6 et 7 Le 30 juin, ils rendent un nouveau compte de leurs démarches. Ils annoncent qu’ils ont vu le duc de Wellington, et ils transmettent une lettre de ce lord, en date du 29, par laquelle il les prévient qu’aucun armistice ne pourra avoir lieu, tant que Napoléon sera à Paris et en liberté. N°8 Le même jour, M. le comte Bignon leur répond que le gouvernement voit avec peine les difficultés qu’on leur fait éprouver. Qu’on se trompe sans doute, sur l’esprit de Paris et de la France ; que 80.000 braves sont réunis et déterminés à défendre la capitale ; que la garde nationale partage leurs sentiments ; que dans l’intérieur tout est calme, que la Vendée se pacifie etc. Je leur prescris enfin, si leurs efforts sont inutiles, de revenir près du gouvernement. N°9 Le même jour (30 juin) M. le comte Bignon s’empresse de les informer du départ de Napoléon et leur recommande d’insister pour la conclusion de l’armistice qui ne paraît plus devoir souffrir de difficultés. N°10 Le 1er juillet, les commissaires (qui n’avaient point encore reçu la lettre précédente) écrivent que l’armistice sera probablement signé aussitôt que Napoléon sera parti ; que le duc de Wellington leur a répété à plusieurs reprises que la paix, du moment où la France aurait un chef de gouvernement, serait promptement conclue. Qu’il pensait, comme individu, que Napoléon ne pourrait offrir à la France et à l’Europe aucune sécurité. Qu’on ne prétendait, ni s’opposer au choix d’aucun autre chef de gouvernement, ni intervenir dans ce choix , mais que si le prince choisi était dans le cas par la nature même de sa situation d’alarmer la tranquillité de l’Europe, en mettant en problème celle de la France, il serait nécessaire aux puissances alliées d’avoir la garantie (que Louis XVIII dont le duc de Wellington connaît et énumère les nombreuses fautes) lui paraît seul réunir les conditions qui empêcheraient l’Europe de demander ces garanties. Les commissaires joignent à leur lettre un ordre du jour de l’empereur Alexandre et deux proclamations de Louis XVIII par lesquelles ce prince manifeste l’intention de faire rechercher, et de faire punir par les chambres assemblées tous les instigateurs et auteurs des trahisons commises avant son départ de Lille. L’ordre du jour, qui ne fait aucune mention de Louis XVIII et de son gouvernement, contient cette phrase remarquable, « Soyez rendus à vous-mêmes, et l’Europe vous salue en amis et vous offre sa paix. » Enfin (par post-scriptum) ils annoncent qu’ils viennent d’apprendre le départ de Napoléon, qu’ils en ont informé sur-le-champ le lord Wellington mais que ce lord a déclaré qu’il ne pouvait traiter de l’armistice sans en conférer avec le prince Blücher. N°11 Le même jour (1er juillet) M. le comte Bignon fait connaître aux commissaires que le gouvernement désire qu’ils s’attachent à distinguer la question relative à l’armistice, de la question politique de la forme du gouvernement. Que cette question politique doit devenir le sujet d’une sorte de transaction entre la France et les alliés dont l’intérêt respectif est de ne rien précipiter. Qu’il est évident que la France ne veut pas de la famille des Bourbons, et qu’en lui imposant derechef cette famille, les puissances agiraient contre leurs intentions, puisqu’au lieu d’assurer la paix, ils sèmeraient de nouveaux germes de discorde. Que l’armistice, en établissant des communications entre les quartiers généraux, aurait encore l’avantage de mettre les alliés en état de bien apprécier le véritable esprit de la Nation, et de les porter à ne pas vouloir la forcer de se soumettre à un gouvernement que repousse la grande majorité des Français. (A cette dépêche se trouvait jointe une lettre du président de la Commission au duc de Wellington, et au prince Blücher. Cette lettre discute successivement les motifs qui militent en faveur de l’armistice et de la paix. Les raisonnements et les conséquences qui découlent de cette discussion ne peuvent être analysés. La lettre porte le numéro 16) N°12 Le 1er juillet, les commissaires mandent de Louvres que le duc de Wellington leur a donné connaissance d’une lettre de Mannheim (la date n’est point rapportée) par laquelle les empereurs d’Autriche et de Russie pressent vivement la poursuite des opérations et déclarent, s’il avait été conclu un armistice par quelques généraux, qu’ils ordonneraient à leurs troupes de s’approcher de Paris. Que le duc leur avait répété qu’il ne pouvait traiter de l’armistice sans le concours du prince Blücher qui paraissait éloigné de ralentir ses opérations et qu’il leur ferait connaître sa détermination définitive. Qu’il leur avait insinué qu’on demanderait que l’armée sortît de Paris, et qu’ils avaient objecté que c’était au contraire aux alliés à prendre des positions éloignées pour qu’il fût possible de délibérer avec liberté, sur les grands intérêts de la Patrie. Les commissaires ajoutent que le comte d’Artois était au quartier général anglais, mais qu’ils ont quelques raisons de croire qu’il sera engagé à se placer à une distance plus considérable de Paris. Ils annoncent enfin le départ de M. Renard pour Heidelberg avec un passeport de la main de lord Wellington, et transmettent une lettre datée de Gonesse le 1er juillet à 7 heures, par laquelle le noble lord leur annonce que la réponse du maréchal Blücher ne lui est point parvenue. N°13 Le 2 juillet M. le comte Bignon leur prescrit d’insister de nouveau sur l’armistice ; de répéter au duc de Wellington et au prince Blücher que le gouvernement n’a qu’un seul désir, celui de s’entendre avec les souverains alliés pour l’établissement d’un ordre stable, tant en France qu’en Europe. Il leur recommande d’appeler leur attention sur les proclamations de Louis XVIII, d’invoquer leur honneur, leur bonne foi, et de leur demander s’il peut exister un accord entre une Nation et un prince qui, avant son retour, signale déjà la grande partie de la Nation, comme destinée aux persécutions et aux vengeances. N°14 Le 2 juillet, les commissaires annoncent qu’ils n’ont pu obtenir de lord Wellington ni la réponse définitive qui leur avait été promise, ni la conférence qu’il leur avait fait espérer. Ils envoient à cet égard une lettre du noble lord qui regrette de n’avoir point encore reçu la réponse du prince Blücher, et attribue ce retard à la marche de l’armée prussienne et à l’encombrement des routes. N°15 Le même jour, 10 heures du soir, les commissaires transmettent une nouvelle lettre du duc écrite à 4 heures ½ de l’après-midi. Il est de son devoir, dit-il, de les prévenir que le prince Blücher témoigne la plus grande répugnance à conclure un armistice, et que sa répugnance est fondée en partie sur ce qui se passe journellement à Paris. Il leur annonce, qu’ayant le plus grand désir de sauver la capitale du danger qui la menace, il vient d’écrire encore une fois au maréchal Blücher qu’il est convenable d’attendre jusqu’à demain matin (3 juillet), et que, s’ils insistent sur une réponse dans la soirée, il faut qu’elle soit négative. Les commissaires espèrent avoir une nouvelle conférence et ils se proposent de faire valoir les considérations importantes développées dans la dernière dépêche de M. Bignon. Ils adressent copie d’une lettre remise par eux au noble lord pour lui rappeler que la cause de la guerre a cessé depuis l’abdication et le départ de Napoléon, que le sang coule sans utilité, que la gloire anglaise, la raison et l’humanité réclament une suspension d’armes, seul moyen de s’entendre et de pouvoir rétablir la paix.sur des bases durables. N°16 Lettre du duc d’Otrante aux généraux Wellington et Blücher. N°17 Ce matin 3 juillet, la Commission de gouvernement, ayant résolu de tenter une nouvelle démarche directe aux avant-postes, avait chargé le prince d’Eckmühl d’envoyer aux généraux en chef ennemis le comte Bignon, le comte Guilleminot et le comte Bondy. Le général Zieten a répondu aux premiers pourparlers de cette mission par la lettre qui est ci-jointe sous le N°17. N°18 Quelques heures après, le général Zieten a envoyé une deuxième lettre qui est également ci-jointe sur laquelle il annonce qu’il est autorisé à admettre les plénipotentiaires français et à les diriger sur St-Cloud.[^1] [^1]: AN, AFIV 908, n° 36-39.