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28_gouv_prov| identifiant | 28_gouv_prov |
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| fait partie de | Gouvernement_Provisoire |
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| est validé | oui |
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| date | 1815/07/02 09:00 |
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| titre | Lettre de la Commission de gouvernement provisoire à Davout, ministre de la Guerre |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>28_GOUV_PROV</b> - LA COMMISSION DE GOUVERNEMENT PROVISOIRE À DAVOUT, MINISTRE DE LA GUERRE</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 2 juillet 1815, 9 h. du matin</h2>
Monsieur le Maréchal, la Commission de gouvernement vous accuse réception du rapport du général Exelmans. Nous avons à Paris un grand nombre d’officiers démontés ; voici une belle occasion pour leur donner les chevaux de prise.
Nous autorisons le ministre du Trésor public[^1] à payer ces chevaux tout équipés au prix de 140 francs par cheval. Il faudrait en conséquence que les chevaux ne fussent pas détournés de la destination que nous indiquons.
ANNEXE
2 juillet 1815
COMMISSION DE GOUVERNEMENT
Bulletin de l’Intérieur (Joint au message ci-dessus)
Les désastres de l’armée du Nord ont eu l’influence la plus funeste sur tous les points de l’Empire. Il en est peu où l’autorité n’ait eu à réprimer des mouvements séditieux. Les royalistes n’ont pas dissimulé leur joie ; ils se sont montrés impatients d’arborer leurs couleurs.
Les agitateurs ont été maintenus ; mais ils ne doutent pas du triomphe de leur cause. Le découragement fait chaque jour des progrès sensibles dans les départements qui ont montré le meilleur esprit. On désespère de sauver la France de l’invasion de l’étranger. La désertion des gardes nationales continue ; ceux qui naguère juraient de mourir pour la patrie cherchent leur salut dans la fuite ou dans les cris séditieux qui retentissent de toutes parts.
Il est difficile de ne pas croire à une conspiration dès longtemps organisée, et qui n’attendait que les moments favorables pour se développer, lorsqu’on voit éclater le même jour, dans des villes situées aux deux extrémités de l’Empire, des insurrections où les mêmes événements se reproduisent.
Si l’on excepte Rouen et Dieppe, où d’ailleurs les Bourbons ont de nombreux partisans, il n’est pas un point des cinq départements de la ci-devant Normandie où les couleurs royales n’aient été arborées.
Au Havre, les émissaires de Louis XVIII ont osé sommer la ville d’ouvrir ses portes à la duchesse d’Angoulême. Le commandant de la place seul s’y est opposé, et l’on n’a pu apaiser le mouvement qu’en promettant d’arborer sous peu de jours le drapeau blanc.
Dans les arrondissements de Falaise, de Lisieux de Domfront, d’Argentan, l’aigle impériale a été enlevée ; le drapeau blanc substitué au drapeau tricolore ; des magistrats, des maires ont paru avec le lys et la cocarde blanche ; le *Domine salvum fac regem* a été chanté dans un grand nombre d’églises ; des bandes de royalistes parcourent les communes qui hésitent à se prononcer et la rébellion prend de jour en jour un tel caractère qu’il deviendra impossible de la réprimer.
Le même esprit s’est manifesté dans les départements du nord. Bailleul et Hazebrouck ont arboré le drapeau blanc. Ce signe de ralliement a été promené le 25 dans les rues de Calais ; le 26 il devait flotter sur la grande tour. De semblables tentatives ont eu lieu à Dunkerque et dans plusieurs communes. Dans le département du Pas-de-Calais, de nombreux émissaires provoquent à la désertion, paralysant la force publique par la crainte des vengeances. Le drapeau blanc est dans toutes les campagnes ; les déserteurs sont secourus, protégés dans leur marche ; et un grand nombre de fonctionnaires saisis de terreur restent témoins muets de ces désordres.
Les départements de l’est sont restés fidèles à la cause qu’ils ont embrassée avec énergie ; cependant il faut en excepter Besançon où il existe un parti qui veut livrer cette ville à l’ennemi. Des cris de Vive le Roi s’y sont fait entendre. Les Bourbons ont conservé de nombreux partisans dans cette ville qui ne doit sa tranquillité qu’à la fermeté de ses administrateurs.
Les habitants du Rhin, du Doubs, du Jura, de Saône-et-Loire continuent à se prononcer pour l’indépendance nationale ; mais le développement des forces ennemies les consternent. Ils ne s’abusent pas sur nos moyens de résistance et ils ne peuvent se défendre d’un profond désespoir.
La tranquillité a été momentanément troublée dans la Côte d’Or ; mais ce sont les royalistes que l’autorité a dû protéger contre les excès des fédérés.
Lyon est tranquille. Cependant les royalistes font éclater leur joie ; Les gardes nationales désertent et les vrais Français sont consternés.
Les départements de la Lozère, de l’Allier, de la Haute-Loire sont en proie aux mêmes agitations, tout y prend un caractère alarmant.
Marseille et les pays au-delà de la Durance ont arboré les couleurs royales. Des troubles sérieux ont eu lieu dans cette ville ; des habitants, des militaires ont été tués. Le général Verdier a fait sa retraite sur Toulon. Louis XVIII a été proclamé ; un comité royal provisoire de la Provence a été formé ; on ne croit pas que les massacres aient cessé.
La ville de Carpentras a pris un moment les couleurs royales. Le département du Vaucluse est encore fidèle ; mais le voisinage de Marseille donne de vives inquiétudes au préfet de ce département ainsi qu’à celui des Basses-Alpes[^2] agité par les intrigues du général Loverdo[^3].
La ville de Montpellier ne pouvait rester étrangère à ces mouvements. Dans la journée du 27 juin, le peuple a occupé la préfecture et le drapeau blanc a remplacé un moment les couleurs nationales.
Des troubles sérieux ont éclaté le 26 juin à Toulouse ; un habitant sur lequel on a trouvé un poignard a été tué ; trente-deux insurgés ont été arrêtés.
Rien n’a encore troublé la tranquillité de Bordeaux, mais il est difficile de s’abuser sur l’esprit qui règne sur cette ville.
On est étonné, en terminant ce tableau, par la situation des départements de l’ouest, d’y voir régner une aussi grande tranquillité. Les royalistes y sont pleins de confiance dans le succès de l’invasion des alliés ; mais ils sont décidés à attendre le résultat sans courir de nouveaux dangers.
Dans les départements d’Ille-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord, les royalistes sont loin d’être redoutables. Ils ont tout à craindre des fédérés et des amis de l’indépendance ; et ils seraient dans un péril imminent si leur cause venait à triompher.
Ils ont tenté vainement de susciter des troubles à Nantes et à La Rochelle. De légers mouvements ont eu lieu à Brest, et rien n’annonce que de nouvelles insurrections se soient manifestées dans les pays pacifiés par le général Lamarque.
Un armistice vient d’être conclu avec les insurgés de la Sarthe ; on leur a abandonné une partie du canton de Brûlon ; cette mesure garantit la tranquillité du département.[^4]
[^1]: Mollien.
[^2]: Charles Achilles de Vansay (Vaucluse) et Emmenuel Ferdinand de Villeneuve-Bargemnon (Besses-Alpes).
[^3]: Nicolas Loverdo (1773-1837) commande le département des Basses-Alpes sous la Restauration et sert sous le duc d'Angoulême aux Cents-jours. Napoleon le destitue (avril 1815), le duc d'Angoulème le nomme lietuenant général provisoir (4 juillet) puis commandant des Bouche du Rhône (août 1815).
[^4]: AN, AFIV 908, n° 28 |
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