CG4-7519.md

identifiantCG4-7519.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1803/03/11 00:00
titreNapoléon au général Murat, commandant en chef des troupes françaises en Italie
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 7519. - </b>Au général Murat, commandant en chef des troupes françaises en Italie</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 20 ventôse an XI [11 mars 1803]</h2><p lang="fr-FR">J’ai reçu, citoyen général, vos différentes lettres. Je désire que, quelque chose qui arrive, vous restiez uni avec le gouvernement et ne prêtiez point l’oreille aux insinuations des ennemis de la France, qui excitent, par toute espèce de moyens, les esprits contre l’administration[^1].</p><p lang="fr-FR">Je n’approuve pas que vous vous teniez ainsi éloigné de tous les hommes les plus ennemis de l’ancienne domination, et qui ont, dès l’origine, marché dans le sens de l’armée française. Dans le pays où vous êtes, vous devez spécialement vous étudier à réunir tous les patriotes. En les voyant davantage, vous les empêcheriez de s’égarer. Il faut éviter de contrarier d’aucune manière l’administration ; les casinos sont des institutions qui blessent beaucoup de personnes, et qui ne sont pas d’ailleurs dans l’usage français. Il n’est pas convenable, non plus, que les loges que vous avez aux spectacles portent aucune décoration extérieure. Le caractère dominant des Italiens est l’intrigue et la fausseté ; vous ne vous tenez pas assez en garde contre lui. Je ne puis approuver que vous ayez promis d’aller à un bal où les membres du gouvernement et le parti français n’étaient pas admis. J’ai d’ailleurs été péniblement affecté de vous voir jouer un rôle dans ces tracasseries de petite ville, qui sont au-dessous de votre position et de vous. Vous ne devez aller dîner ni danser nulle part, excepté chez le vice-président et chez ceux de la République qui ont une maison[^2].</p><p lang="fr-FR">À Bologne, vous avez envoyé un seul bataillon ; c’est une mesure imprudente. Il fallait envoyer 2 000 hommes, ou n’en point envoyer, car mon intention est que, dans aucune occasion, les troupes françaises ne se laissent manquer, et qu’elles sortent triomphantes de toutes les querelles. Elles doivent avoir des cartouches et des balles pour soutenir ce qu’elles sont et l’honneur du drapeau.</p><p lang="fr-FR">J’ai lu avec attention les papiers que vous m’avez envoyés. Vous avez fort bien fait de faire arrêter l’officier auteur d’un pamphlet aussi infâme[^3]. Remettez-le entre les mains du vice-président, et tenez-moi au courant de ce qu’il aura fait.</p><p lang="fr-FR">Le général Solignac s’est fort mal comporté. Un général ne doit point se masquer, et il n’a pas le droit de se plaindre de ce qui lui est arrivé sous un masque. Vous devez le punir et contenir tout le monde dans le devoir. Mon intention est que vous l’employiez en Romagne, à moins que vous ne préfériez lui donner l’ordre de se rendre à Paris[^4].</p><p lang="fr-FR">Faites également connaître au général Chabot qu’un général ne se masque pas comme un sous-lieutenant. Prenez des mesures pour qu’aucun officier général ni supérieur ne se masque, et soutienne la dignité de sa place.</p><p lang="fr-FR">Vous devez recevoir chez vous, avec des égards tout particuliers, les membres de la Consulte, les ministres et les principaux fonctionnaires publics. Toutes les distinctions doivent être pour eux. Les titres de noblesse ne sont rien.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">Je reçois du reste avec intérêt tous les rapports que vous m’envoyez. Quant à Vincent, je le connais mieux que vous : c’est un homme de peu de valeur, qui s’est fort mal comporté aux colonies ; qu’il ne s’en mêle plus </span></font></font><font color="#000000"><u>et s’occupe de la besogne</u></font><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR"> dont vous l’avez chargé</span></font></font>[^5]<font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">.</span></font></font>[^6]</p><p lang="fr-FR"><br/> </p> [^1]: Voir la lettre ci-dessus à Melzi. [^2]: Allusion à la soirée chez Fossati à laquelle Murat n’a pas été invité. Voir ci-dessus. [^3]: Ceroni. Voir ci-dessus. [^4]: Solignac sera muté à Faenza. [^5]: Charles Humbert Marie Vincent avait longtemps servi à Saint-Domingue, avant et pendant la Révolution. Sa dernière mission (décembre 1799-octobre 1801), destinée à amadouer Toussaint Louverture, avait été un échec. Envoyé près de Murat comme spécialiste du génie, il lui avait tenu des propos et remis des rapports qui avaient encouragé le commandant en chef des troupes françaises en Italie à écrire à son beau-frère. Dans ses écrits, Vincent dénonçait notamment Rochambeau (successeur de Leclerc)… comme ami des Noirs, ce que le comportement criminel du général à leur encontre ne saurait évidemment confirmer. [^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, ventôse an XI, n° 28.</body>