| identifiant | CG4-7515.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1803/03/11 00:00 |
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| titre | Napoléon à Charles IV, roi d’Espagne |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG4</i> - 7515. - </b>À Charles IV, roi d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 20 ventôse an XI [11 mars
1803]</h2><p lang="fr-FR">Je prends le parti d’adresser
directement à Votre Majesté les plaintes que j’ai à porter sur
la conduite tenue envers la France dans ses États. Les assurances,
que Votre Majesté a bien voulu me réitérer souvent, du désir de
maintenir une étroite union entre les deux nations, me font espérer
qu’elle daignera s’occuper un moment de ces objets, qui
intéressent tant l’honneur et le commerce de la France ; en
leur donnant un instant d’attention, elle fera disparaître toutes
les difficultés et acquerra de nouveaux droits à l’amitié de la
France.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">1°
J’ai fait souvent demander la permission d’extraire des piastres</span></font></font>[^1]<font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">
pour le service de Saint-Domingue et des Antilles : les ministres de
Votre Majesté l’ont constamment refusée, de manière que la
frégate </span></font></font><i>La Badine,</i><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">
ayant à bord le capitaine général de Tabago</span></font></font>[^2],
a été obligée de rester vingt jours sans en obtenir, et n’est
parvenue à s’en emparer que par contrebande. Je sais que les
Anglais s’en procurent une grande quantité par cette voie dans les
États de Votre Majesté ; mais ces moyens me répugnent comme
contraires à la saine morale.</p><p lang="fr-FR">2<sup>o</sup> Le gouverneur
d’Alicante n’a pas cessé, depuis plusieurs années, de montrer
sa haine pour les Français. Il s’est permis dernièrement, dans
l’affaire du sloop <i>Le Favori,</i> des vexations inouïes dont je
demande satisfaction à Votre Majesté. Ce gouverneur ne partage
point les sentiments qui unissent les deux nations.</p><p lang="fr-FR">3<sup>o</sup> Votre Majesté avait
voulu promettre plusieurs fois la levée du séquestre mis par le
Gouvernement espagnol sur les prises ou les produits des prises
conduites par des bâtiments français dans les différents ports
d’Espagne dans les deux mondes : cependant ce séquestre dure
depuis plusieurs années. Je prie Votre Majesté d’ordonner qu’il
soit levé.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">4°
Il y a huit ans, un certain nombre de soldats français, prisonniers
de guerre, ont été arrêtés à Valence et condamnés aux travaux
dans les </span></font></font><font color="#000000"><i>presidios.</i></font><font color="#000000"><font size="3" style="font-size: 12pt"><span lang="fr-FR">
Je prie Votre Majesté de les faire remettre entre mes mains.</span></font></font></p><p lang="fr-FR">5<sup>o</sup> Des propriétés ont
été confisquées au Mexique sur des Français qui en ont été
chassés.</p><p lang="fr-FR">6<sup>o</sup> Toutes les affaires
pendantes devant les tribunaux commerciaux ou militaires, ou devant
des administrations, en Espagne, lorsqu’elles concernent des
Français, ne finissent jamais.</p><p lang="fr-FR">Enfin je prie Votre Majesté
d’ordonner que les Français jouiront, dans ses États, de tous les
droits et privilèges, tant politiques que commerciaux, que les
traités assurent, et de ne pas permettre qu’on visite les maisons
et magasins sans l’intervention des agents commerciaux.</p><p lang="fr-FR">Après ces plaintes particulières,
que Votre Majesté fera cesser d’un mot, et qui cependant
m’affectent vivement, je prie Votre Majesté, pour la gloire de son
règne et l’intérêt de l’alliance des deux nations, d’ordonner
qu’il soit pris des mesures pour l’armement de Minorque. On a mis
en place tous les partisans des Anglais, qui ne parvinrent à s’en
emparer, dans la dernière guerre, que par trahison. On n’a fait
aucune poursuite contre les traîtres, qui jouissent aujourd’hui de
la confiance, comme s’ils s’étaient bien comportés. Ce port est
toujours l’objet de la convoitise des Anglais, et, si Votre Majesté
n’ordonne des mesures politiques et militaires pour le mettre hors
de l’atteinte de ses ennemis, ils s’en empareront au moment où
on y pensera le moins.</p><p lang="fr-FR">La marine espagnole, qui a souvent
acquis tant de gloire[^3],
est dans un dépérissement alarmant, et cependant aucun souverain
n’a plus d’intérêt que Votre Majesté à avoir une marine qui
protége ses immenses établissements, objet de la convoitise de
l’Angleterre et de l’Amérique.</p><p lang="fr-FR">Je prie Votre Majesté de pardonner
si je prends un si vif intérêt à un objet qui paraît la regarder
spécialement ; mais l’Angleterre ne s’endort pas ;
elle veille toujours, et n’aura de repos qu’elle ne se soit
emparée des colonies et du commerce du monde. L’Espagne et la
France peuvent seules s’y opposer. J’ai, de mon côté, vingt
vaisseaux en construction ; mais les arsenaux de l’Espagne
sont sans approvisionnements, et ses ateliers sans ouvriers. Votre
Majesté a cependant le bonheur de posséder dans ses États un homme
de la plus haute distinction, l’amiral Gravina ; il est
propre, par son zèle et par son attachement à votre personne et par
son amour de la gloire, à faire exécuter fidèlement tous les
ordres qu’elle voudra lui donner pour le rétablissement de sa
marine.</p><p lang="fr-FR">J’ai fait connaître à Votre
Majesté les plaintes de la France ; si l’Espagne en avait à
faire, je prie Votre Majesté d’être assurée d’avance que je
m’empresserais d’y faire droit, désirant toujours trouver les
occasions de lui être agréable.[^4]</p>
[^1]: Les piastres sont une monnaie métallique produite dans les colonies espagnoles qui regorgent d’or et d’argent. C’est ici la première apparition sous la plume de Bonaparte d’un mot qui reviendra souvent : l’idée d’importer massivement des piastres pour augmenter la masse monétaire métallique de la France sera à l’origine du dérapage de l’affaire dite « des Négociants Réunis ».
[^2]: Aujourd’hui Tobago, partie de la république de Trinidad-et-Tobago. L’île avait été cédée à l’Angleterre par le traité de Paris (1763) et restituée à la France par la paix de Versailles (1783). Mais elle avait été perdue dès les premiers mois de la guerre avec l’Angleterre (1793). Restituée par la paix d’Amiens, organisée par un arrêté du 30 juin 1802 (un capitaine général et un préfet colonial notamment), elle sera reperdue très rapidement (1803), avant même que l’administration française ait réellement pu s’y asseoir. Elle restera ensuite britannique jusqu’à l’indépendance de la colonie de Trinidad-et-Tobago (1962).
[^3]: Allusion à la Grande Armada.
[^4]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, ventôse an XI, n° 25.</body> |
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