| identifiant | 35_Masson_SH |
|---|
| fait partie de | Masson |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1818/12/04 00:00 |
|---|
| titre | Lettre de Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres, 4 décembre 1818 |
|---|
| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>35_Masson_SH -<b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, 4 décembre 1818</h2>
C’est à vous que j’écris mon cher Elizée, parce que vous communiquerez le tout à qui de droit, je découvre en vérité de très jolies choses.
Lorsque devant le magistrat de Queen Square, j’exhibai des articles de paix contre le sieur Maubreuil, il resta 5 jours, libre sous la parole de Capper, telle est la déclaration faite hier à mon procureur par le magistrat de Queen Square. Enfin, il donna pour bailis pour 200 livres sterlings deux hommes de paille fournis par l’Alien Office par Capper, l’un des deux bailes est un messager de l’Alien Office. Voilà en vérité quelque chose de très curieux, et qui va paraître au grand jour et au grand étonnement sans doute, de quelques ministres anglais. Tout ceci est exact, inconcevable et découvert. On me soutient bien, et j’irai ferme, ce Maubreuil ne m’épouvante pas. Lorsque M. Capper a eu hier soir connaissance des nouvelles hostilités du sieur Maubreuil contre moi, il l’a envoyé chercher sur-le-champ, se trouvant compromis par les baillis[^1] qu’il a fournis. On dit qu’il a fort maltraité Maubreuil, mais cela ne me suffit pas, la suite le prouvera….
J’écrivis hier soir la lettre ci-après : « On vient de me dire, mon cher Capper que vous étiez dans l’attente d’une plainte de moi contre le sieur Maubreuil ; je ne m’adresse pas à vous pour cela parce que ce n’est pas une affaire de police. Ma discussion actuelle avec cet homme est qu’après avoir été volé, vilipendé, calomnié, insulté par ce rebut de l’espèce humaine, je n’ai rien dit, je l’ai laissé très tranquille, je ne lui ai même pas répondu parce que j’avais des articles de paix contre lui, et que je croyais avoir de bons baillis ; aujourd’hui le cas est différent, dimanche soir M. Maubreuil s’est introduit à sept heures dans mon domicile, dans la maison que je loue, et dont je paie les taxes au gouvernement, et à la paroisse, là où sont mes effets, des livres, papiers (il n’y en a pas), de famille, de comptabilité, et d’affaires, dans quelle vue, lorsque les articles de paix le lui défendent ? Il faudra bien qu’il le dise ou je le dirai pour lui. Certainement, je n’aurai pas bougé le premier, mais dans un pays où la loi est égale pour tous, on ne saurait la transgresser impunément. En conséquence, que ce soit aujourd’hui que ce soit demain, j’entends poursuivre à outrance. Ce n’est pas moi qui aie recommencé à coups sûr, mais je dois enfin connaître quels sont les baillis que Maubreuil vient de laisser fixer, je veux savoir quels sont les motifs qui l’ont porté à venir offrir de l’argent chez moi pour avoir des papiers à moi. Je veux savoir pourquoi il a envoyé lundi un messager pour demander encore de revenir, et cela lorsque M. de Champceney le procureur était dans mon salon pour mes affaires ? Et quel message envoie-t-il ? La servante que j’ai chassée pour lui avoir ouvert la porte le 21 juillet à 7 heures du matin lorsqu’il vint me voler avec effraction une liasse de papiers. En conséquence, mon cher Capper, sans entrer dans de plus longs détails qui ne seraient pas à leur place ici, je suis résolu de pousser vigoureusement mon action, et de m’adresser au besoin à M. [Sustiée abbot] et au secrétaire d’État. Personne n’a le droit de violer un domicile, et de *breach the peace*. Après jugement, abuser de la position momentanée où je me trouve pour aller abuser, insulter après avoir voulu suborner tout ce qui m’entoure, afin de me voler pour la seconde édition, est une complète infamie.
Avoir été chez la dame espagnole pour fouiller ses tiroirs, et de force à minuit, et offrant toujours de l’argent pour avoir quelques vieilles misérables lettres de moi, n’est rien en comparaison de l’acte de s’introduire dans mon domicile à 7 heures du soir lorsque j’ai des articles de paix contre lui, et des baillis. S’il était venu la veille j’étais au logis. N’aurais-je été en droit de le jeter par la fenêtre ? Oui, très certainement, la *breach of peace* m’y autorisait.
En conséquence, j’ai commencé hier mon *action of breach of peace*, le magistrat dit que je suis dans mon droit. La subornation tentée et prouvée par affidavit des personnes qui m’entourent ou qui sont à mon service, car il a aussi arrêté hier mon secrétaire, qui est anglais, dans la rue, pour savoir ce que je sais, ce que je dis, ce que j’écris, la subornation tentée, dis-je, place ledit sieur Maubreuil dans une situation critique et qu’il a recherchée lui-même.
Tous ces faits prouvés par 4 et 5 témoins ne sauraient être, mon cher Capper, tolérés dans un pays civilisé, et aussi bien policé que l’Angleterre. L’honnête homme ne peut être la victime du brigand. En conséquence, comme il n’y a pas de politique dans le nouveau cas, je ne suis qu’un simple particulier qui réclame l’application de la loi. Si les baillis qu’il faut bien enfin me nomme sont honnêtes gens, ils se retireront en payant au Roi les 200 livres sterling que Maubreuil leur fait perdre, ainsi le veut la loi. Et comme une si légère somme ne peut contenir ce furieux, le magistrat sur mon réquisitoire la portera à mille, pour lesquelles 1 000 livres sterling Maubreuil doit me donner des baillis acceptés par moi ou aller à Newgate jusqu’à ce qu’il en trouve. Tel est l’avis de 2 procureurs, et d’un conseiller auxquels je m’en réfère, voilà pourquoi je ne me suis pas adressé à la police quoique bien convaincu d’avancer de tout ce que vous auriez fait pour moi qui marche sous la protection de la loi du pays qui me donne l’hospitalité. Recevez, cher ami l’assurance etc. »
Telle est, mon cher Elizée, la lettre que j’ai écrite à Capper hier soir, après avoir commencé mon action, et avoir connu la manière dont Maubreuil a donné bailli. Laissez-moi faire, je mettrai le squelette à nu, tout se découvrira. Je sais qu’en agissant ainsi je plais à des personnages puissants, je voudrais bien être dehors tout à fait.
M Hannand m’écrit ce soir qu’il espère pouvoir me faire sortir de suite. Amen et mea maxima culpa.
Tout à vous,[^2]
Comte de Beaumont de Brivazac
[^1]: Mot ancien pour "huissier".
[^2]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 459. |
|---|
| |