| identifiant | CG3-7362.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1802/12/13 00:00 |
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| titre | Napoléon au pape Pie VII |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 7362. - </b>Au pape Pie VII</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 22 frimaire an XI [13
décembre 1802]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai
reçu, à Rouen, la lettre de Votre Sainteté du 2 novembre. Je m’en
rapporte entièrement à tout ce qu’il plaira à Votre Sainteté de
faire relativement aux nominations des cardinaux. Elle fera procéder
à celles qu’elle fera de son propre mouvement, avant ou après
celles des cours, selon qu’elle le jugera le plus convenable aux
intérêts de l’Église de France et de la catholicité en général.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les deux
dignes évêques que j’avais proposés à Votre Sainteté pour
cardinaux, étant morts, (Moreau, évêque d’Autun, et de Noë,
évêque de Troyes), je propose à Votre Sainteté Boisgelin[^1],
archevêque de Tours, et Cambacérès[^2],
archevêque de Rouen. Le premier était, avant la révolution,
archevêque d’Aix ; c’est lui qui a lutté contre les
évêques réfractaires aux volontés de l’Église. Le second est
un prélat plein de mœurs, de lumières et de véritable piété.
J’ai parcouru une partie de son diocèse dans mon voyage, et
partout j’ai eu lieu d’être satisfait.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le
cardinal légat[^3]
m’a fait connaître que le grand maître que Votre Sainteté a
nommé[^4]
avait refusé. Je lui ai conseillé de lui écrire[^5],
et de lui donner, de la part de Votre Sainteté, qui est son
supérieur spirituel et temporel, l’ordre d’accepter ; de
lui dire que, lorsqu’il avait été fait chevalier de Malte, ce
n’était pas pour être célibataire ou courir le monde pour ses
plaisirs et sa satisfaction, mais pour soutenir la religion. J’ai
lieu d’espérer qu’il acceptera. Je pense que Votre Sainteté
doit faire connaître à sa famille, à Rome, qu’elle n’entend
point là-dessus être contredite. Elle est le chef de l’Église,
et un commandeur de Malte est un commandeur d’ordre monastique. Je
prends un grand intérêt à ce qu’il soit installé, parce qu’il
me paraît que le choix de Votre Sainteté est une idée heureuse, et
d’ailleurs, ce choix étant publié, il ne convient à sa dignité,
sous aucun point de vue, qu’elle ne soit point obéie. Du reste,
j’ai promis au légat de faire tout ce qui sera possible pour lever
ses scrupules et lui donner tout ce dont il pourrait avoir besoin.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Il y a,
dans les petits cantons suisses, un certain nombre de couvents
religieux qui, ayant suivi pendant une partie de la guerre
l’impulsion des Anglais, restent sous la même influence, sans voir
que tout a changé et qu’il n’est pas naturel que des religieux
catholiques se livrent à l’influence anglaise de préférence à
la nôtre. Je prie Votre Sainteté de leur faire écrire par les
généraux de leurs ordres à Rome, pour les éclairer sur leurs
devoirs. Il y a, entre autres, un capucin qui porte une croix d’un
ordre de protestants, qui lui a été donnée pendant la guerre par
le roi d’Angleterre[^6] ;
cela paraît scandaleux et contraire aux principes de la catholicité.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je désire
que Votre Sainteté donne au cardinal-légat une autorisation pour
arranger les affaires ecclésiastiques du Piémont. Nous pouvons bien
aujourd’hui maintenir le clergé séculier, en lui laissant, ainsi
qu’aux fabriques, hôpitaux et séminaires, tous les biens qu’ils
ont ; au lieu qu’il est à craindre que, si nous n’arrangeons
pas cette partie, par la suite ils ne finissent par perdre leurs
biens et être réduits, comme le clergé français, à la simple
pension.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Du reste,
je viens d’ordonner, par un acte public, que, dans toute la
Belgique, on laissât aux curés tous les biens qu’ils ont, sans
les soumettre, pour cette partie, aux dispositions du concordat.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le duc de
Parme[^7]
étant mort, et le roi de Toscane[^8]
ayant renoncé à l’héritage de son père, l’État de Parme
devient vacant et à notre disposition. Je désirerais le réunir au
royaume de Toscane. Mais, en même temps, je ne serais pas éloigné
de chercher à faire quelque chose qui pût asseoir le roi de
Sardaigne[^9].
Je ne cache pas à Votre Sainteté que je préférerais faire quelque
chose pour le roi qui vient d’abdiquer[^10]
plutôt que pour le nouveau roi. Il serait peut-être possible de
donner au roi de Sardaigne le Siennois et Orbitello ; par-là,
il aurait une communication à son île et serait limitrophe avec les
États de Votre Sainteté et la Toscane. Je prie Votre Sainteté de
me faire connaître si, comme État limitrophe, ce projet peut lui
agréer, et d’avoir elle-même une conversation avec l’ancien roi
de Sardaigne, pour voir si elle pourra le décider à sortir de son
couvent et à se retrouver avec son titre de roi de Sardaigne et de
prince de Sienne. Mais, comme ceci n’est qu’un projet, et que
Votre Sainteté sent facilement qu’il faut, avant que cela soit
consommé, que j’arrête un traité avec l’Espagne, il est
essentiel que Votre Sainteté seule soit dans le secret, et, en
conférant avec le roi de Sardaigne, lui en parle comme d’une idée
qui lui vient.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je prie
Votre Sainteté de se souvenir, dans ses promotions de cardinaux,
qu’elle m’avait promis un chapeau pour l’archevêque de
Ravenne[^11].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le bey de
Tunis[^12]
m’ayant envoyé un ambassadeur, j’ai fait conclure avec lui une
convention pour que, désormais, tous les chrétiens qui tomberaient
entre ses mains n’éprouvassent aucun mauvais traitement et aient
des rations de vivres. Si Votre Sainteté a quelques-uns de ses
sujets qui soient esclaves, elle n’a qu’à m’en envoyer la
note, et sur-le-champ je les ferai élargir.[^13]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Il sera créé cardinal en janvier 1803.
[^2]: Étienne-Hubert Cambacérès, frère du consul, sera créé cardinal en janvier 1803.
[^3]: Caprara.
[^4]: Ruspoli a été pressenti par Pie VII en septembre.
[^5]: <span></span> Projet de lettre du cardinal-Légat au Bailli Ruspoli, de l’Ordre de Malte, publié sous le n<sup>o</sup> 6471 dans la <i>Correspondance</i>.
[^6]: George III.
[^7]: Ferdinand.
[^8]: <span></span> Louis I<sup>er</sup> d’Étrurie.
[^9]: <span></span> Victor-Emmanuel I<sup>er</sup>.
[^10]: Charles-Emmanuel IV a laissé le trône à son frère.
[^11]: Codronchi.
[^12]: Hamouda-Pacha.
[^13]: <span></span><span lang="it-IT">
Expédition, Archivio Segreto Vaticano, Segretario di Stato, Epoca
Napoleonica, Francia, vol. </span>VIII.</body> |
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