| identifiant | CG3-7345.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1802/12/10 00:00 |
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| titre | Napoléon aux Députés des dix-huit cantons de la république helvétique |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 7345. - </b>AUX DÉPUTÉS des dix-huit cantons de la république helvétique</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 19 frimaire an XI [10
décembre 1802]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Citoyens
Députés des dix-huit cantons de la République helvétique, la
situation de votre patrie est critique. La modération, la prudence
et le sacrifice de vos passions sont nécessaires pour la sauver.
J’ai pris, à la face de l’Europe, l’engagement de rendre ma
médiation efficace. Je remplirai tous les devoirs que cet auguste
fonction m’impose ; mais ce qui est difficile sans votre
concours devient simple avec votre assistance et votre influence.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La Suisse
ne ressemble à aucun autre État, soit par les événements qui s’y
sont succédé depuis plusieurs siècles, soit par sa situation
géographique et topographique, soit par les différentes langues,
les différentes religions, et cette extrême différence de mœurs
qui existe entre ses diverses parties.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La nature
a fait votre État fédératif ; vouloir la vaincre ne peut pas
être d’un homme sage.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les
circonstances, l’esprit des siècles passés avaient établi chez
vous des peuples souverains et des peuples sujets. De nouvelles
circonstances, et l’esprit différent d’un nouveau siècle,
d’accord avec la justice et la raison, ont rétabli l’égalité
de droits entre toutes les portions de votre territoire.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Plusieurs
de vos États ont suivi, pendant des siècles, les lois de la
démocratie la plus absolue. D’autres ont vu quelques familles
s’emparer du pouvoir, et vous avez eu dans ceux-ci des sujets et
des souverains. L’influence et l’esprit général de l’Italie,
de la Savoie, de la France, de l’Alsace, qui vous entouraient,
avaient essentiellement contribué à établir, dans ces derniers,
cet ordre de choses. L’esprit de ces divers pays est changé. La
renonciation à tous les privilèges est à la fois la volonté et
l’intérêt de votre peuple.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Ce qui est
en même temps le désir, l’intérêt de votre nation et des vastes
États qui vous environnent, est donc :</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">1<sup>o</sup>
L’égalité de droits entre vos dix-huit cantons ;
</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">2<sup>o</sup>
Une renonciation sincère et volontaire aux privilèges de la part
des familles patriciennes ;
</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">3<sup>o</sup>
Une organisation fédérative, où chaque canton se trouve organisé
suivant sa langue, sa religion, ses mœurs, son intérêt et son
opinion.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La chose
la plus importante, c’est de fixer l’organisation de chacun de
vos dix-huit cantons, en la soumettant aux principes généraux.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">L’organisation
des dix-huit cantons une fois arrêtée, il restera à déterminer
les relations qu’ils devront avoir entre eux, et, dès lors, votre
organisation centrale, beaucoup moins importante, en réalité, que
votre organisation cantonale. Finances, armée, administration, rien
ne peut être uniforme chez vous. Vous n’avez jamais entretenu de
troupes soldées ; vous ne pouvez avoir de grandes finances ;
vous n’avez même jamais eu constamment des agents diplomatiques
près des différentes puissances. Situés au sommet des chaînes de
montagnes qui séparent la France, l’Allemagne et l’Italie, vous
participez à la fois de l’esprit de ces différentes nations. La
neutralité de votre pays, la prospérité de votre commerce, et une
administration de famille, sont les seules choses qui puissent agréer
à votre peuple et vous maintenir.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Ce
langage, je l’ai toujours tenu à tous vos députés lorsqu’ils
m’ont consulté sur leurs affaires. Il me paraissait tellement
fondé en raison, que j’espérais que, sans concours
extraordinaire, la nature seule des choses vous conduirait à
reconnaître la vérité de ce système. Mais les hommes qui
semblaient le mieux la sentir étaient aussi ceux qui, par intérêt,
tenaient le plus au système de privilège et de famille, et qui,
ayant accompagné de leurs vœux, et plusieurs de leurs secours et de
leurs armes, les ennemis de la France, avaient une tendance à
chercher hors de la France l’appui de leur patrie.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Toute
organisation qui eût été établie chez vous, et que votre peuple
eût supposée contraire au vœu et à l’intérêt de la France, ne
pouvait pas être dans votre véritable intérêt.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Après
vous avoir tenu le langage qui conviendrait à un citoyen suisse, je
dois vous parler comme magistrat de deux grands pays, et ne pas vous
déguiser que jamais la France et la République italienne ne
pourront souffrir qu’il s’établisse chez vous un système de
nature à favoriser leurs ennemis.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le repos
et la tranquillité de 40 millions d’hommes, vos voisins, sans qui
vous ne pourriez ni vivre comme individus, ni exister comme État,
sont aussi pour beaucoup dans la balance de la justice générale.
Que rien, à leur égard, ne soit hostile chez vous ; que tout y
soit en harmonie avec eux, et que, comme dans les siècles passés,
votre premier intérêt, votre première politique, votre premier
devoir, soient de ne rien permettre, de ne rien laisser faire sur
votre territoire qui, directement ou indirectement, nuise aux
intérêts, à l’honneur et, en général, à la cause du peuple
français.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Et, si
votre intérêt, la nécessité de faire finir vos querelles
n’avaient pas été suffisants pour me déterminer à intervenir
dans vos affaires, l’intérêt de la France et de l’Italie m’en
eût lui seul fait un devoir ; en effet, vos insurgés ont été
guidés par des hommes qui avaient fait la guerre contre nous, et le
premier acte de tous leurs comités a été un appel aux privilèges,
une destruction de l’égalité, et une insulte manifeste au peuple
français.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Il faut
qu’aucun parti ne triomphe chez vous ; il faut surtout que ce
ne soit pas celui qui a été battu. Une contre-révolution ne peut
avoir lieu.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je me
plais à vous entretenir, et souvent je vous répéterai ces mêmes
idées, parce que ce n’est qu’au moment où vos citoyens en
seront convaincus que vos opinions pourront enfin se concilier et
votre peuple vivre heureux.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La
politique de la Suisse a toujours été considérée, en Europe,
comme faisant partie de la politique de la France, de la Savoie et du
Milanais, parce que la manière d’exister de la Suisse est
entièrement liée à la sûreté de ces États. Le premier devoir,
le devoir le plus essentiel du Gouvernement français, sera toujours
de veiller à ce qu’un système hostile ne prévale point parmi
vous, et que des hommes dévoués à ses ennemis ne parviennent pas à
se mettre à la tête de vos affaires. Il convient non-seulement
qu’il n’existe aucun motif d’inquiétude pour la portion de
notre frontière qui est ouverte et que vous couvrez, mais que tout
nous assure encore que, si votre neutralité était forcée, le bon
esprit de votre gouvernement ainsi que l’intérêt de votre nation
vous rangeraient plutôt du côté des intérêts de la France que
contre eux.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je
méditerai tous les projets, toutes les observations que,
collectivement ou individuellement, ou par députation de canton,
vous voudrez me faire passer. Les sénateurs Barthélemy, Fouché,
Rœderer et Démeunier, que j’ai chargés de recueillir vos
opinions, d’étudier vos intérêts et d’accueillir vos vues, me
rendront compte de tout ce que vous désirerez qu’ils me disent ou
me remettent de votre part.[^1]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 6480, d’après les Archives de l’Empire.</body> |
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