CG3-7261.md

identifiantCG3-7261.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1802/11/02 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 7261. - </b>À Talleyrand, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Rouen, 11 brumaire an XI [2 novembre 1802]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je reçois, citoyen ministre, vos lettres des 9 et 10 brumaire.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le roi de l’île de Sardaigne[^1] ne se résoudra pas à aller dans son île, par répugnance de localité. Je ne serais pas éloigné de conclure avec lui un traité portant :</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">1° Qu’il cède et renonce, pour lui et ses successeurs, au Piémont, et qu’il reconnaît le peuple français légitime possesseur et souverain de ce pays ; </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">2° Que, d’un autre côté, nous nous engagerions à payer, sa vie durant, la pension au roi de Sardaigne[^2] qui vient d’abdiquer, et 500 000 francs au nouveau roi, payables pour lui et même pour ses enfants, leur vie durant ; </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">3° Que nous leur garantirions la propriété et souveraineté de l’île de Sardaigne, et lui donnerions en toute souveraineté et propriété Piombino, Orbitello avec un arrondissement, formant en tout au plus 50 000 âmes, et où il y eût une ville et un palais pour sa résidence.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Cette possession porterait le titre de duché de Piombino, ou de la principale ville qui serait dans son arrondissement.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Étant ici en l’air, sans carte, sans renseignements, je ne puis désigner la limite de l’arrondissement qu’on pourrait lui donner ; mais causez-en directement avec Marescalchi[^3] ou avec le ministre de Toscane, sans qu’ils s’en doutent (ces individus connaissent toutes les villes et positions de la Toscane), et envoyez-moi un rapport avec une carte. Vous sentez qu’il nous serait facile, en cédant le duché de Parme au roi de Toscane[^4], d’obtenir la rétrocession de ce district.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je vous ferai connaître définitivement le parti qui me paraîtra le plus utile, et la manière dont je pense que cette négociation pourrait être conduite.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La lettre du régent de Portugal[^5] m’a paru moitié dilatoire, moitié satisfaisante, et peut-être, comme vous le pensez, l’un et l’autre à la fois. Je suppose que vous en avez reçu la copie ; ainsi je ne juge pas convenable de vous l’envoyer. Voyez M. de Souza[^6] ; dites-lui qu’il expédie un courrier à sa cour ; qu’il dise que j’ai reçu la lettre du régent, que je ne puis me désister de mes prétentions[^7] ; que le moyen que demande le régent de Portugal est simple ; que moi, je laisserai l’affaire du ministre en Portugal dans la situation où elle se trouve, sans le renvoyer à Lisbonne et le laissant quelque temps en disgrâce ; que lui, sans rien dire des motifs, nomme un autre ministre, mais ôte Almeida[^8] et ce misérable douanier[^9] ; que, de mon côté, je nommerai un autre ministre à Lisbonne[^10] ; et sans que l’Europe se doute de rien, sans que cela ait fait aucun bruit, cette affaire se trouvera terminée ; qu’il est impossible que le Portugal recouvre en Europe crédit, puissance, si le ministre actuel reste, puisqu’il est évident qu’il nous a manqué et qu’il est entièrement dévoué à nos ennemis.[^11]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3> [^1]: <span></span> Victor-Emmanuel I<sup>er</sup>. [^2]: Charles-Emmanuel IV. [^3]: ministre des Relations extérieures de la République italienne. [^4]: <span></span> Louis I<sup>er</sup>, roi d’Étrurie. [^5]: Jean de Portugal a écrit à Bonaparte, le 19 octobre, pour se plaindre du comportement de Lannes, ambassadeur de France à Lisbonne. [^6]: Ambassadeur du Portugal à Paris. [^7]: Bonaparte exige un remaniement du ministère portugais et notamment le renvoi des ministres hostiles à la France (Voir, n° 7094). [^8]:  Le ministre portugais des Affaires étrangères restera en poste jusqu’en août 1803. [^9]:  Trois employés de l’ambassade de France à Lisbonne ont été violemment agressés dans les rues de la capitale sans que l’intendant général de Police, Pina Manique, prenne l’affaire au sérieux. Son renvoi a été immédiatement demandé par Lannes. Le même Pina Manique a mis toutes sortes d’entraves au débarquement des effets personnels de l’ambassadeur de France. À l’époque, l’intendant général de Police est aussi intendant des douanes d’où le mot employé par Bonaparte. [^10]: Lannes a quitté son poste et est rentré en France après plusieurs accrochages avec Almeida (Voir, n° 7094). [^11]: Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1774, fol. 16.</body>