CG3-7260.md

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est validéoui
date1802/11/02 00:00
titreNapoléon à Fesch, ARCHEVÊQUE DE LYON
texte en markdown<body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 7260. - </b>À Fesch, ARCHEVÊQUE DE LYON</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Rouen, 11 brumaire an XI [2 novembre 1802]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Monsieur l’Archevêque de Lyon, je suis arrivé depuis trois jours à Rouen ; je suis extrêmement satisfait de l’esprit du département, et j’ai lieu de l’être de l’esprit du clergé, et spécialement de l’archevêque[^1].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Il est temps que vous partiez, sans tarder davantage, pour votre diocèse[^2] ; que vous y meniez un train de maison décent, mais sans luxe, vous proportionnant au train des maisons les plus considérables de Lyon, du préfet et du général commandant la division. Vous devez agir avec dextérité, mais réellement placer le plus de constitutionnels possible, et bien vous assurer ce parti. Vous ne devez point vous dissimuler que cette question de constitutionnels et d’anticonstitutionnel qui est, parmi un grand nombre de prêtres, une question religieuse, mais n’est, dans les chefs, qu’une question politique. </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Vous devez réunir à cela un grand respect et une grande considération pour le Pape[^3], montrez une grande vénération pour les vertus et pour l’opinion, comme autorité, de l’archevêque de Paris.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je désire que vous m’envoyiez votre mandement avant de le publier. Enfin vous me déplairiez infiniment et feriez un grand mal à l’État, si vous choquiez les constitutionnels. J’aime encore mieux que quelque forcené s’éloigne de vous que de voir les constitutionnels s’en séparer.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">N’oubliez pas que, sur le théâtre où vous allez être placé, vous serez l’objet de tous les regards. Ayez une grande sévérité de mœurs, une grande tenue, et soyez tout entier aux devoirs de votre place. Toute les fois qu’on vous permettrait de pétitionner pour moi, dites que votre ministère est la religion. Ne vous livrez point trop à votre zèle ardent, même pour l’administration des hospices et pour les pauvres.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Ne vous livrez point à votre zèle ardent, même pour l’administration des hospices et des pauvres. </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Votre premier soin, qui vous occupera plusieurs mois, c’est d’administrer les sacrements à votre diocèse, de connaître vos prêtres, de les concilier et d’organiser votre église. Lyon a été un grand centre de travail, et il y a un grand nombre de prêtres qui étaient voués à un parti ennemi de l’État ; n’employez pas ceux-là, et, si vous croyiez devoir en employer quelques-uns, faites-moi connaître votre travail, et je les éloignerai, de ma propre volonté. Enfin, dans la position délicate où vous aller vous trouver, ne pas faire assez est un grand inconvénient peut-être ; mais faire trop est le plus grand de tous les maux. Méfiez-vous de la vivacité de votre caractère, et de votre promptitude à prendre un parti et à vous avancer.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">L’évêque de Chambéry[^4] n’avait point les talents nécessaires. J’aimerais assez que votre première démarche fût de prendre par la main deux des prêtres qui ont le plus de consistance dans le parti réfractaire et dans le parti constitutionnel, sans être cependant trop exagéré, et un de ceux qui ont le plus de consistance dans le parti constitutionnel, de les bénir et de les embrasser à la fois, en leur disant que l’union et la fraternité sont la base fondamentale de la religion. Quelque chose de saillant en ce genre serait d’un bon résultat pour la religion et ferait du bien à l’État.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Quant aux hâbleurs qui vous diront que les constitutionnels se sépareront des non-constitutionnels, répondez que ce qui est de votre ministère n’est pas du leur, et que toute démarche et tout sentiment que produirait l’orgueil serait un péché que vous devrez réprouver ; que vouloir humilier son voisin, c’est se ressouvenir qu’il a été ennemi, et que, dès lors, c’est violer le premier principe de la loi. Les archevêques et les évêques d’aujourd’hui ne sont pas les archevêques et les évêques de 89 ; ce sont ceux qui se rapprochent le plus de la primitive Église. Vous avez assez de science, et vous connaissez assez la doctrine et les maximes de notre religion pour régler vos maximes de conduites par la religion même, sans parler du bien de l’État.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Pénétrez-vous bien de ce que je vous exprime dans cette lettre. C’est la manière de vous concilier toutes les opinions de faire le bien de la religion et de l’État, de vous attirer l’estime et la confiance de tous les partis, et de m’être agréable.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le Pape m’a fait connaître que vous alliez être incessamment nommé cardinal.[^5]</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p> [^1]: Cambacérès, frère du consul. [^2]: Nommé en juillet, Fesch tarde à prendre son « poste ». Il ne le fera qu’en janvier 1803. [^3]: Pie VII. [^4]:  René des Monstiers de Mérinville, évêque de Chambéry depuis de 9 avril 1802, assure l’intérim de Fesch en attendant qu’il daigne prendre possession de son siège.. [^5]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, brumaire an XI, n° 12.</body>