| identifiant | 10_Masson_SH |
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| fait partie de | Masson |
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| est validé | oui |
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| date | 1817/03/28 00:00 |
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| titre | Lettre de Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>10_Masson_SH -</b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, 28 mars 1817</h2>
Un agent de Joseph Bonaparte vient d’arriver de New York. Il est aussi nanti d’une procuration de M. Cobbet, est à plusieurs conférences avec le libraire Sir Richard Philipp. Il se dispose à partir pour Paris sous un nom supposé. Monsieur Ch. est à la suite de cet individu.
On a enfin lancé avant-hier, jeudi, la frégate qui doit porter Lord Cochrane et sa fortune. Elle est du port de 500 tonneaux, et portera en lest 36 pièces de canon qui en mer seront mises en batteries. Le Lord a assisté lui-même à la mise à l’eau de la frégate, il était accompagné d’un de mes amis intimes (anglais). Il faut bien des ménagements et de l’adresse pour connaître le but de cette expédition. L’histoire du voyage au pôle Nord sur un steam-boat est un conte à dormir debout dont Lord Cochrane s’amuse beaucoup. Il l’a fait insérer exprès dans les gazettes… Rien n’est plus faux, j’en suis sûr.
Sir R. Flint a eu hier soir un rendez-vous avec Maubreuil[^1], suivi d’une longue conférence. Une dame m’en a rendu compte avec autant de détails que l’agent le plus adroit.
Monsieur Stackpoole, anglais établi à Paris, entretient en ce moment avec Londres une correspondance des plus dangereuses dans le sens révolutionnaire, il compromet d’éminents personnages, et il serait important de faire intercepter la correspondance qu’il reçoit de Londres à Paris. Les lettres portent à M. Stackpoole, hôtel de Londres, Rue Saint Honoré à Paris. Je crois cet objet fort important.
Lettres de Buenos Aires du 4 janvier entre les mains de W… je les ai lues. La République est dans l’état le plus florissant, les négociants anglais qui sont établi à la Plata lui ont prêté un million de duros pour payer les préparatifs de l’expédition sur le Pérou. Les droits de douanes hypothéqués pendant 5 mois ont liquidé cet emprunt.
Lettres du général San Martin[^2] à M. de Pueyrredon envoyées à S…, légalisées en date du 9, 13 et 14 décembre. Les Espagnols à Las Cadenas sont réduits à la dernière extrémité. Le général n’a pas le plus petit doute sur le succès de son expédition contre le Pérou. "Je serais maître de Lima au mois d’avril ; l’escadre combiné de Valparaiso, peut résister et vaincre toute force navale autre qu’une escadre anglaise qui se présentera dans la mer Sud. Grands éloges des Anglais qui ont apporté à Valparaiso, armes et munitions", telles sont les phrases qui m’ont le plus frappé dans la correspondance de M. le général San Martin.
Correspondances saisies des généraux Morales[^3], Morillo[^4], du vice-roi Apodaca[^5], envoyées à Londres. Plus de 80 dépêches, que je n’ai pas eu le temps de lire. En résumé : Morales annonce à Murillos que la Nouvelle Grenade et le Popayan sont totalement insurgés ; qu’il fait entrer des vivres et du bétail à Carthagène. Morillo demande des munitions, de la poudre, du blé, les escadrons du régiment de hussards Ferdinand VII, des artilleurs. Toutes les dépêches sont désespérées.
Le vice-roi Apodaca dit que la prise de Mina ne peut-être d’un grand poids, c'est-à-dire les indépendants ne peuvent en général souffrir *los liberales*. Mina a été pris dans une simple reconnaissance, son escorte l’a bien défendu, et le parti royal a perdu 130 hommes avant d’écharper l’escorte de Mina.
Lettre désespérante de l’évêque de Zacatecas transmise pour le vice-roi, postérieure à la prise de Mina. Position du Padre de Torres et du colonel Ramiras, le 1<sup>er</sup> avec 5 000 hommes. Apocada va faire attaquer le second du côté de Valladolid.
Correspondance très indiscrète, et on ne peut plus imprudente pour la France, d’un agent des indépendants nommé Ribadeyra qui est à Paris en ce moment. Il correspond avec les collègues à Londres, et leur dit vrai ou faux des choses fort inutiles à écrire partout si W., et les Anglais qui en ont connaissance concevaient de la jalousie. Je ferai part de ceci verbalement.
Avec respect,[^6]
Ct. B.
Je n’ai donné aucune de ces nouvelles au duc de San Carlos.
[^1]: Jacques Marie Armand Guerry de Beauregard, dit le comte de Maubreuil et marquis d’Orvault (1783-1868), officier ayant participé à la Chouannerie, sous l'Empire il est proche de Jérôme Bonaparte. Sous la Restauration, il est au coeur d'une affaire qui fit grand bruit. À la fin de la campagne de France de 1814, il aurait participé au vol des bijoux de Catherine de Wurtemberg qui selon lui aurait été commandité par Talleyrand. Condamné, il s'enfuit en Angleterre où il attendit la fin de sa peine. De retour en France, pour se venger, il souffleta Talleyrand, et révèla avoir été missionné pour assassiner Napoléon lors du voyage de l'île d'Elbe. Frédéric Masson dans *L'affaire Maubreuil* (Paris, Ollendorff, 1907) retrace les péripéties de cette histoire.
[^2]: José de San Martín (1778-1850). Avec Simón Bolívar et Bernardo O'Higgins, il est l'un des héros des indépendances sud-américaines.
[^3]: Francisco Tomás Morales y Alonso, (1781 ou 1783-1845), militaire espagnol, le dernier à occuper le poste de capitaine général du Venezuela.
[^4]: Pablo Morillo y Morillo, comte de Carthagène et marquis de La Puerta (1775-1837) après s'être illustré pendant la guerre d'Espagne, à la fin de l'année 1814, le roi Ferdinand VII le nomme chef de l'expédition pacificatrice à destination du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade.
[^5]: Juan Ruiz de Apodaca, comte de Venadito (1754-1835) est un officier de la marine espagnole, vice-roi de Nouvelle-Espagne (1816-1821) durant de la guerre d'indépendance du Mexique.
[^6]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 417. |
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