| identifiant | 15_Masson_SH |
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| fait partie de | Masson |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/01/30 00:00 |
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| titre | Lettre de Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>15_Masson_SH -</b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, 30 janvier 1818</h2>
Monseigneur, les mémoires du duc de Rovigo que nous savions être depuis quelques mois à Londres, et que nous soupçonnions être entre les mains de sieur Samuel Romilly ont été l’objet de mes recherches, et j’ai eu le bonheur de découvrir où ils sont, même de les parcourir tout à mon aise. Ils formeront 7 volume *in* 8°.
En lisant rapidement les chapitres dont les textes ont piqué le plus ma curiosité, je me suis convaincu que l’auteur n’épargne personne, qu’il nomme tous les masques grands et petits. Fouché, Talleyrand, presque tous les maréchaux, tous les pensionnaires de la police, tous ceux qui à l’intérieur comme l’extérieur ont ouvertement ou en secret favorisé ou desservi Napoléon, etc.
L’ouvrage commence au départ de la flotte de Toulon pour l’Égypte, finit à l’instant où le duc quitta *Le Bellérophon*. Le gouvernement des Bourbons y est fort maltraité, Buonaparte ne pouvait trouver un plus zélé défenseur. Ses torts sont quelques fois détruits dans l’opinion de l’auteur par des faits qu’il cite, mais toujours, il les atténue par des raisonnements. Peut-être me suis-je exagéré le mal, mais il me semble que cet ouvrage en fera au-delà de ce que je saurais l’exprimer. « Mais avec le style de l’homme élevé dans les camps, je ne veux attaquer aucune réputation. Mais je dois dire la vérité, je la dois à mes amis, à ceux qui m’ont persécuté, à mon pays. Je la dois enfin à l’Empereur qui me combla de ses bienfaits. » C’est une phrase du préambule. « Notes et mémoires pour servir à l’histoire du règne de l’empereur Napoléon par le général Savary, duc de Rovigo » tel est le titre de ce volumineux ouvrage.
Si le *Manuscrit de Sainte-Hélène* a produit un si mauvais effet, si *Napoléon peint par lui-même* est enlevé, que doit-on attendre d’un ouvrage qui renferme les plus secrètes pensées et opérations de Napoléon dont l’auteur fut pendant douze ans le possesseur exclusif ? D’un ouvrage enfin fait pour réveiller toutes les passions, animer tous les esprits et en dernière analyse, pour justifier Buonaparte ? Ces conséquences sont inévitables, une foule de mémoires justificatifs, de réfutations devront paraître en réponse, le résultat sera toujours d’occuper l’esprit public de Buonaparte, de ses actes, de son gouvernement, il est de nature encore à faire le plus grand mal sur l’armée.
Le manuscrit a été composé à Malte, terminé à Smyrne. Il est entier, 2 000 grandes pages au moins par chaque cahier de la main de Rovigo dont je connais parfaitement l’écriture, signé par lui, signature légalisée par le Consul pour l’acte de vente. Il a été vendu à Smyrne par l’auteur pour 12 000 livres sterling à un négociant anglais qui paraît l’avoir acheté par voie de spéculation, et envoyé à Londres d’une manière inconnue au détenteur actuel. Deux imprimeurs libraires s’en disputent l’achat. J’ai provisoirement arrêté, sous prétexte de l’acheter aussi pour un libraire du continent, mais 15 jours écoulés, et je ne serai plus maître de rien, que de ce que j’ai lu.[^1]
Comte de Brivazac-Beaumont
[^1]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 424. |
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