| identifiant | 27_Masson_SH |
|---|
| fait partie de | Masson |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1818/10/31 00:00 |
|---|
| titre | Lettre Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres |
|---|
| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>27_Masson_SH -</b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, 31 octobre 1818</h2>
Á son Excellence le marquis d’Osmond ambassadeur de France,
Lundi en sortant de chez votre excellence je rencontrai M. Arm. qui était très occupé de faire suivre à la minute M. O’Meara. Ce même soir devant aller en bateau à Gravesend, je n’y fus pas à raison de ce qu’il me dit, et à six heures j’avais le bulletin suivant : « Le matin à dix heures, O’Meara était venu chez le Colonel Macirone, et il en repartit à midi avec Mac Gregor et un Allemand qui loge à la Cité, dont on a le nom de baptême seulement. Ils furent ensemble à Berkeley square, et là Mac Gregor les quitta, et remonta Burton street. O’Meara et l’allemand furent à l’hôtel du marquis de Lansdowne, y parlèrent à quelqu’un, et en ressortirent presque sur-le-champ. L’Allemand quitta alors O’Meara qui se rendit seul chez sir Robert Wilson, Berkeley square Charles street. Il n’en était pas sorti à cinq heures et demie, ce qui a fait supposer qu’il y dînait… »
Mardi, l’Allemand n’a pas paru et O’Meara fut en effet dîner au Prince de Galles avec un inconnu à l’observateur, dont le signalement est bien celui de Gourgaud. Ce même jour avait paru dans le Chronicle la lettre de Bertrand à Las Cases insérée par monsieur Perry, et remise par monsieur Gourgaud à lui-même. Le même jour, parut aussi dans le *Times*, la lettre dudit général Gourgaud réfutant partie de la nouvelle de Bruxelles, sur le présent qui lui a été fait par l’archiduchesse Marie-Louise et qu’il désavoue en homme sûr de son affaire.
Il est hors de doute qu’une intrigue bien organisée ne marche au sujet de Napoléon, tant sur le continent qu’en Angleterre, et j’y perdrai tout mon latin où elle sera bientôt découverte. Moins je verrai de monde, plutôt je tiendrai ce que je cherche, le double des avis ci-dessus sont je le sais, entre les mains de Lord Sidmouth. Ce que j’ignore encore c’est la raison qui fait qu’on ne perd pas de vue un seul instant le Colonel, O’Meara. Tous les mouvements du général Gourgaud sont suivis quand il n’est pas dans une voiture de remise qu’il loue en ce moment. Monsieur Gourgaud veut bien qu’on sache qu’il va chez M. Brougham, chez Robert Wilson, chez Macirone, mais… il va autre part, et c’est là le plus important, parce qu’on ne s’en doute pas, il le cache soigneusement. S’il n’allait pas ouvertement chez les individus que j’ai cités plus haut on le présumerait, il ne vaut donc pas la peine de le dissimuler. Encore trois ou quatre jours, et votre Excellence sera peut-être étonnée de ce que je viendrai lui dire… Je n’agis pas par moi-même. Ce serait tout gâter, il faut de la patience et beaucoup de prudence. L’Allemand en question part pour la Belgique dans le courant de la semaine. Savoir le jour, le lieu de débarquement, le point de départ et la nature du passeport sont tous des points très importants dont Votre Excellence a le droit d’attendre la solution de moi. Elle sera satisfaite.
Le grand point est de parvenir à exciter la crainte que les jours de Buonaparte ne soient en danger chez certains membres du cabinet anglais, pendant que l’on travaille la cour d’Autriche dans le même sens. C’est auprès de l’archiduchesse que l’on agit comme le prouve la lettre et la réplique du général Gourgaud au Times, ainsi qu’auprès du prince de Metternich, comme le prouverait la saisie des papiers de notre inconnu allemand si on les saisit soit à Ostende soit à Anvers. On est si fortement convaincu à Londres, peut-être même à Downing street, de l’importance de conserver les jours de Napoléon que toutes exceptions seront faites en ce sens… Mais ceux qui pourraient croire que les vues de la faction napoléoniste se bornent à ce seul point, transférer Buonaparte sur un autre point, seraient, Monseigneur, dans une grande erreur. Ce premier pas fait, cette première difficulté vaincue les agents, les hommes habiles qui s’emploient pour lui deviendront plus exigeants.
Ce n’est donc pas une intrigue obscure que nous avons à rechercher, c’est un plan régulier suivi avec zèle et ardeur dont nous connaissons quelques moteurs, et dont nous ignorons le reste, au moins encore. Je ne pense pas qu’il s’agisse de délivrer Buonaparte à main armée, ou de le faire évader par surprise. Cependant je n’affirme rien à cet égard. Je crois que l’on veut avant tout le sortir de Sainte-Hélène par des moyens réguliers, ou au moins faire destituer sir Hudson Lowe, car ensuite la fuite de Napoléon serait d’autant plus aisée que l’amiral Plampin parait en opposition avec sir Hudson Lowe, et que Gourgaud, O’Meara et toute la clique en font l’éloge. J’aurais dix pages à écrire sur ce sujet, je le ferai, les paroles s’envolent et les écrits restent.[^1]
Comte Beaumont
[^1]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 446. |
|---|
| |