14_Masson_SH

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fait partie deMasson
est validéoui
date1817/11/11 00:00
titreLettre de Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres
texte en markdown<h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>14_Masson_SH -</b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, le 11 novembre 1817</h2> Monseigneur, Londres ressemble toujours à une ville dont chaque famille a perdu un habitant et un parent[^1]. Les commentaires ne tarissent pas, du peuple, ils ont passés dans la classe moyenne. Il est curieux de vous les faire connaître le *Chronicle*, le *Star*, le *Globe*, l’*Examiner*, *The Ducket[t]’s dispatch*, les répètent aussi en partie. Pourquoi a-t-on pris pour résidence de Son Altesse Royale une maison de campagne éloignée de 16 miles de Londres, où l’on devait en cas de besoin, trouver tous les secours de l’art ? Pourquoi la princesse n’avait-elle autour de son auguste personne que des femmes dont pas une seule n’avait eu d’enfant ? Pourquoi le docteur Sims n’a-t-il été réclamé que lorsque l’accouchement a été reconnu difficile. On pouvait prévoir le cas et l’avoir à Claremont. Pourquoi le docteur Croft n’a-t-il pas eu recours aux moyens de l’art à temps ? Parce que dit-on, il ne pouvait pas risquer une seule opération, toujours dangereuse sans l’avis de la famille dont aucun membre n’était présent. Pourquoi de toute la famille royale n’y avait-il pas un individu pour assister aux derniers moments de l’héritière de la Grande-Bretagne ? Etait-il convenable que le Prince Régent à pareil moment fût chez la marquise d’Hertford ? La reine et le duc de Clarence à s’amuser à Bath ? Le duc et la duchesse de Gloucester à Weymouth ? Lord Liverpool et Lord Castlereagh absents aussi et à de grandes distances ? De tout ceci, Monseigneur, on murmure beaucoup, je crois devoir me dispenser de vous répéter les bruits populaires ; résultats immédiats et souvent inévitables d’un accident aussi imprévu. Tout ce qui eût paru très naturel si l’événement eût justifié l’attente nationale, semble se réunir aujourd’hui pour servir de prétexte à des clameurs aussi infondées qu’elles sont cruelles pour la famille royale. On parle de la nécessité où est le Prince Régent de se remarier. Un mot du *Courrier* d’hier à cet égard est relevé par le *Chronicle* de ce jour. Les expéditions pour l’Amérique vont plus grand train que jamais. *La Grâce* navire de 400 tonneaux, chargés d’hommes et de munitions est descendue à Gravesend. *The Prince* sur lequel part le nouveau général Wilson, mon ami, descend la rivière vendredi. 123 officiers et sous-officiers à bord, 43 hussards parmi lesquels, deux de nos grenadiers à cheval de Pontarlier ; le navire *The Sparrow* de 300 tonneaux frété par Henrico Valdez nouvel agent arrivé depuis votre départ avec les pleins pouvoirs de Mina. Le nommé Dupuis, français arrivé de La Nouvelle Orléans, enrôlant aussi pour Mina, dit-il, ce qui est possible d’après la liaison avec Valdez. M. Walton dirigeant toujours en chef, Herrera, Diaz, Mendez, Henrico Valdez et Dupuis. Goldsmith a engagé avant-hier M. Capper à dîner. Celui-ci sachant que M. de Campuzano devait s’y trouver a décliné l’invitation, et m’en a dit le pourquoi. Il coïncide parfaitement à prouver ce que Votre Excellence sait déjà. Pas d’explications inutiles. Je sais par M.Hobson que la cour des directeurs est jalouse de l’ambassade russe envoyée à Téhéran, et encore plus de celle qu’on annonce devoir être envoyée à la Chine ; on s’y propose de solliciter vivement de Lord Castlereagh l’envoi d’une légation anglaise en Perse… détails positifs. Londres est dans un deuil si général, et le deuil est si sincère, que le discours du Roi n’a pas produit toute la sensation qu’il eût produite en toute autre circonstance. Les salons sont fermés, ce qu’on y dirait ne peut donc pas être répété. La petite église et un petit nombre ne l’approuvent pas mais la masse des Français ne saurait trop l’exalter. Vous n’aurez peut-être pas lu les gazettes anglaises, à l’exception du *Courrier*. Elles sont toutes contre, vous savez quelle est la cause qui influence le *New Times*, celle qui dirige le *Morning Chronicle* ; mais le plus virulent est le *Times (Old)*. Par quel hasard ? Pas un journal ne défend le discours du Roi. Le *Courrier* même s’est borné à peu de rigueur, presque insignifiantes. Je doute que G. en parle *Sunday next* et l’*Examiner* nous réserve une sortie virulente, ouvrage dit-on de l’éternel Sir Robert Wilson, qui devient pour l’Angleterre un nouveau Benjamin Constant. Les numéros de Pelletier, se succèdent avec la rapidité de l’éclair, et toujours bien méchants et bien payés, ce que les relations que j’ai avec Schultz à cause de la France et l’Angleterre ne me permettent pas d’ignorer. Je vous envoie le dernier numéro de cet ouvrage qui à l’avenir n’insèrera plus de bourgeois et le gentilhomme, car j’en reverrai tous les articles. L’ouvrage de l’abbé Winson sur le Concordat revu par l’abbé Blanchard vient de paraître, chez Schultz. Le Pape, le Roi sont des hérétiques, la chapelle de King street doit remplacer Saint-Pierre de Rome. *Napoléon peint par lui-même*, tel est le titre d’un nouvel ouvrage, deux éditions à la fois, une en français, l’autre en anglais. Le plus pur buonapartisme sort par tous les pores de ce pamphlet. *Réfutation du Manuscrit de Sainte-Hélène* titre d’une nouvelle brochure imprimée en français autre que les *Lettres du Cap de Bonne espérance* de sir Robert Wilson. *L’Eclair* nouvel ouvrage périodique auquel doit travailler M. de Chabannes, paraîtra le 1<sup>er</sup> décembre imprimé chez Schultz. Je vous ai fait part dans ma dernière, des ouvertures faites par le général major Wilson se rendant près de Bolivar. Les Buonapartistes ne disent rien qui soit digne de vous être rapporté pour le moment. Toujours la même incertitude, les mêmes bavardages sur des mésintelligences, des troubles à venir, vous savez que nous avons ici, une légion de faiseurs de nouvelles qui ne se découragent jamais. Comme l’espace me manque, je vous renouvelle, Monseigneur, l’hommage de mon profond respect, votre très honoré,[^2] Le Comte de Beaumont [^1]: L’unique héritière de George IV, la princesse Charlotte Augusta de Galle, est morte le 6 novembre 1817 après avoir donné naissance à un enfant mort-né. [^2]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 422.