CG3-7146.md

identifiantCG3-7146.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1802/09/06 00:00
titreNapoléon à Portalis, conseiller d’État, chargé auprès du gouvernement de toutes les affaires concernant les cultes
texte en markdown<body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 7146. - </b>À Portalis, conseiller d’État, chargé auprès du gouvernement de toutes les affaires concernant les cultes</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Malmaison, 19 fructidor an X [6 septembre 1802]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je vous envoie, citoyen conseiller d’État, une note, que me fait passer l’inspecteur général de la gendarmerie[^1], sur l’évêque de Rennes[^2]. Mon intention est que vous lui écriviez sérieusement qu’il est temps que cela finisse. Dites-lui, en propres termes, qu’il me fait repentir tous les jours de la confiance que je lui ai accordée ; qu’il est coupable d’avoir ôté de sa place un constitutionnel, et de l’avoir remplacé par un prêtre nouvellement rentré, sans ma permission ; qu’il ait à s’abstenir de toute opération provisoire ; qu’un prêtre qui, après dix ans de tourmentes et de révolutions, ne sent pas le besoin de la paix, ne mérite aucune considération ni aucun égard ; que je suis mécontent de lui à un point que je veux espérer que, puisque la morale de l’Évangile n’est pas suffisante pour retenir ses passions et donner à sa conduite le caractère pastoral et d’impartialité qui convient à un évêque, il doit agir au moins par politique et par crainte des poursuites criminelles que le Gouvernement pourrait faire contre lui, comme contre un perturbateur de la tranquillité publique.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Écrivez à l’évêque de Clermont[^3] dans un style moins dur ; mais témoignez-lui aussi mon mécontentement de ce que sa conduite est l’art de rendre la religion odieuse et impuissante ; que son diocèse est plein de constitutionnels et amis de l’ordre et qui jouissent de la confiance du peuple ; qu’il est à la fois impolitique et immoral d’éloigner de l’État et de l’Église des hommes si utiles ; que ce n’est pas là le caractère des véritables prêtres, tels que les archevêques de Paris[^4], Aix[^5], Tours[^6], les évêques de Troyes[^7] et d’Autun[^8] ; c’est une conduite insensée.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Écrivez à l’évêque de Bayeux[^9] qu’il a déplacé, dans la commune de Balleroy, le curé qui y était ; qu’il n’avait pas ce droit, et que cela est contraire à mon intention.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Répétez à tous les évêques qui peuvent avoir besoin des mêmes conseils que je ne veux aucun changement provisoire, et mettez-leur bien en tête que, dans l’arrangement définitif, je veux des constitutionnels, tant parmi les curés que parmi les grands vicaires et chanoines ; que le peuple français n’estime et que le Saint-Père ne veut que l’union des ecclésiastiques, sans en persécuter aucun. Aurait-on oublié le tort qu’on fait à la religion le Jansénisme et le Molinisme[^10] ? Cette querelle l’a perdue en France. Cette seconde querelle, si les évêques n’imitent pas le pape et le gouvernement, perdra aussi le nouveau clergé.[^11]</p> [^1]: Moncey. [^2]: Maillé de La Tour Landry, nommé à Rennes en avril, se montre intransigeant avec les anciens prêtres constitutionnels de son diocèse et se heurte aux autorités locales. Il sera reçu par Bonaparte pour tenter de l’amadouer, au début de 1803 mais persistera dans son attitude. [^3]: Duwalk de Dampierre, Charles Antoine Henri (1746-1833), ancien vicaire général de Notre-Dame à la fin de l’Ancien Régime, persécuté pendant la Révolution, il est nommé évêque de Clermont en avril 1802. [^4]: De Belloy. [^5]: Champion de Cicé. [^6]: Boisgelin de Cucé, Jean de Dieu, Raymond de (1732-1804). [^7]: Noé. [^8]: Moreau. [^9]: Brault, Charles (1752-1833), ecclésiastique émigré en Suisse, il rentre en France après la signature du Concordat et est nommé évêque de Bayeux, le 9 avril 1802. [^10]: Doctrine prônée par un Jésuite espagnol Luis Molina (1536-1600) sur la grâce et le libre arbitre et violemment combattue par les Jansénistes. Ceux-ci tendent à limiter la liberté humaine, la grâce étant accordée à certains dès leur naissance et refusée à d’autres. [^11]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, fructidor an X, n° 38.</body>