CG3-7093.md

identifiantCG3-7093.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1802/08/15 00:00
titreNapoléon au prince Jean, régent du Portugal
texte en markdown<body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 7093. - </b>Au prince Jean, régent du Portugal</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><span lang="en-GB">Paris, 27 thermidor an X [15 août 1802]</span>[^1]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale, en date du 8 août. J’ai appris par elle le départ du ministre plénipotentiaire de la République[^2]. J’ai éprouvé une vive douleur en apprenant que le ministre avait quitté Votre Altesse Royale d’une manière aussi prompte qu’inusitée ; je lui en ai fait témoigner mon mécontentement, et, quelles que soient la vérité et la force des outrages qu’il a reçus et qui l’ont poussé à cette démarche, je ne puis que fortement désapprouver sa conduite.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Mais je prie actuellement Votre Altesse Royale d’accueillir, avec cette justice qui lui est toute particulière, les plaintes que j’ai à porter contre M. d’Almeida[^3], son ministre. Ne vient-il pas, par sa conduite, de compromettre la tranquillité si heureusement rétablie ? En accordant des passeports au ministre plénipotentiaire de la République, n’a-t-il pas ramassé le gant que ce ministre paraissait lui jeter et peut-il être dans l’intention de Votre Altesse Royale de vouloir encore exposer à une lutte contre la France des États si heureusement sauvés après dix ans de périls et de dangers ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai d’autant plus à me plaindre de M. d’Almeida que, quelques jours après le départ du ministre français, craignant sans doute qu’il ne fît pas assez d’esclandre en Europe, il en a fait donner connaissance à tout le corps diplomatique. Il a donc mis au jour ces sentiments d’aversion pour la France qu’il n’a cessé de manifester, et il a montré par-là, jusqu’à l’évidence, qu’il est l’auteur de toutes les menées qui ont porté à une démarche, peut-être précipitée, un caractère loyal, mais ardent. Cette conduite du ministre de Votre Altesse Royale, soit en donnant plus précipitamment des passeports, soit en donnant plus précipitamment encore une publicité officielle à cette affaire, est contraire aux égards que l’on se doit.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai donné et je donnerai satisfaction au Portugal pour ce qu’il a pu y avoir d’irrégulier dans la conduite du ministre français[^4]. Je demande à Votre Altesse Royale une égale satisfaction contre M. d’Almeida. L’intérêt de la paix, les intérêts les plus chers du Portugal, veulent que le ministère de Votre Altesse Royale soit composé d’hommes étrangers aux menées de l’ancien ministère anglais, dont une partie a soutenu longtemps la guerre avec acharnement, et la prêche encore tête levée. M. d’Almeida est leur créature ; il a compromis l’honneur des deux États ; s’il restait plus longtemps dans le ministère de Votre Altesse Royale, il nous conduirait par d’autres menées à une rupture, quelles que soient d’ailleurs les intentions pacifiques et la bienveillance de Votre Altesse Royale envers la France.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je prie Votre Altesse Royale de peser mûrement les objets contenus dans cette lettre, de faire ce qui dépend d’elle pour maintenir la paix entre les deux États, et d’être persuadée que, de mon côté, je n’épargnerai rien pour consolider les nouvelles relations et pour écarter ce qui pourrait exciter des troubles et des divisions.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je prie Votre Altesse Royale de recevoir mes regrets de ce que la première lettre que j’ai l’avantage de lui écrire est relative à des objets qui doivent lui être personnellement désagréables. Les considérations de l’honneur, avec lequel il m’est impossible de transiger, ont pu seules vaincre dans moi le dégoût d’une démarche aussi pénible.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je prie Votre Altesse Royale d’être persuadée du désir que j’ai de lui être agréable.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p> [^1]: <span></span> Arthur Chuquet (<i>Inédits napoléoniens</i>, Fontemoing, 1913, p. 15, n° 58) date cette lettre du 14 septembre. [^2]: Lannes nommé ministre plénipotentiaire au Portugal, a présenté ses lettres de créance le 30 mars 1802. Il a quitté son poste, le 10 août, à la suite d’une dispute avec le secrétaire d’État portugais, Almeida, au sujet de droits de douanes imposés aux marchandises françaises en contradiction avec les accords passés et de « mauvais traitements » infligés aux marchands français. Son traitement cavalier des autorités portugaise lui vaudra plusieurs admonestations, quelques mois de disgrâce et, finalement, son rappel, après un nouveau séjour à Lisbonne, de mars 1803 à juillet 1804. [^3]: Joao de Almeida, ancien ambassadeur à Londres et successeur de Pinto aux Affaires étrangères en juillet 1801. [^4]: Voir. [^5]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 6254, d’après les Archives de l’Empire.</body>