| identifiant | 02_Masson_SH |
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| fait partie de | Masson |
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| est validé | oui |
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| date | 1815/08/30 00:00 |
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| titre | Lettre de Léopold de Moreau de Bellaing, sous-préfet de l'arrondissement du Havre à Stanislas de Girardin, préfet de Seine-Inférieure |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>02_Masson_SH -</b> LÉOPOLD DE BELLAING, SOUS-PRÉFET DE L’ARRONDISSEMENT DU HAVRE, Á STANISLAS DE GIRARDIN, PRÉFET DE SEINE-INFÉRIEURE</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Le Havre, 30 août 1815</h2>
Ainsi que j’ai eu l’honneur de vous l’annoncer hier 29 août, je me suis rendu à bord du brick de S. M. Britannique le *Martial* pour y vérifier l’identité des quatorze personnes de la suite de Bonaparte qu’il était chargé de ramener en France. Après une première vérification que j’ai faite avec monsieur le commissaire de la marine Chabanon, ledit commissaire a reçu lesdites personnes des mains du capitaine, et les a fait embarquer sur un canot à l’exception du chirurgien Maingault qui est revenu sur un autre canot contenant ses effets.
Arrivé au port, le commissaire de la marine m’a livré lesdites personnes sur mon reçu mis au bas de la liste ci-jointe en copie certifiée.
Vous remarquerez, monsieur le préfet, qu’il y a quelques différences entre les noms ou leur orthographe, dans cette liste et dans celle que j’ai eu l’honneur de vous faire passer le 28 comme exactement copiée sur celle remise par le capitaine du *Martial*.
Le débarquement a eu lieu presqu’en face de l’Hôtel de la Marine où je suis logé ; une foule assez considérable était réunie sur le bord, pour éviter tout inconvénient et qu’on ne se permit pas d’insulter, et d’autre part de ne pas perdre de vue les personnes, M. de Chabanon et moi avons assisté au débarquement, et avons accompagné les individus jusqu’à la mairie. Là, je les ai réunis dans une salle, et fait enfermer les effets dans une autre pièce. J’ai préféré les faire venir à la mairie plutôt que partout ailleurs parce que je leur ai dit que c’était pour leur délivrer des passeports, et qu’ainsi je les ai mis en confiance. Je leur ai dit, pour les effets, que c’était pour la vérification de la douane, et leur éviter l’importunité de la foule, qu’ils seraient visités dans un lieu particulier.
J’ai commencé l’interrogatoire que j’ai voulu faire moi-même, appelant les individus tour à tour, en ne les visitant qu’à la fin. Je n’ai pas cru devoir y donner la forme d’un procès-verbal d’enquête, je le joins ici, signé des individus interrogés, à l’exception d’un enfant et d’un autre individu insignifiant qui ne sait pas signer, écrire, et que j’avais laissé sortir sans songer à lui demander sa croix.
Après l’interrogatoire, j’ai fait délivrer les passeports en me conformant aux instructions du ministre que vous avez bien voulu me transmettre. Voici l’état des passeports délivrés. Veuillez remarquer que le visa les force à se représenter.
Je n’ai trouvé aucun papier important. J’ai cru devoir prendre copie de la lettre ci-jointe et garder le passeport que je vous fais passer, monsieur le préfet, pour qu’on connaisse la forme de ceux délivrés lors du départ de Bonaparte aux personnes de sa suite.
J’ai cherché tous les moyens possibles de savoir si ce qu’on avait dit de certificats délivrés par M. de Gourgaud, auxquels Bonaparte aurait fait du changement, était vrai, et je crois pouvoir vous assurer et attester que non parce qu’outre les questions que j’ai faites, j’en ai fait faire par quelqu’un qui a été boire avec plusieurs des individus dont il s’agit, et cela m’a confirmé qu’il n’y a pas d’autres certificats que ceux du maréchal Bertrand, et que Bonaparte ne les a pas même lus, ils ont été déchirés par les porteurs.
Je crois que de tous, deux seulement doivent être un peu surveillés, c’est Totain, maître d’hôtel, et Jillis[^1], valet de chambre. Quant au docteur, il ne connaissait pas Bonaparte et ne l’aime pas du tout, paraît-il. L’huissier de la chambre, Chauvain, ne cherche qu’à faire oublier sa conduite à sa famille qui paraît fort honnête.
Je n’ai pas consigné dans le rapport que j’avais trouvé le nom de Catteau, commissaire général de police au Havre sur un petit livre de dépenses qu’avait Chauvain et que, lui ayant demandé dans la soirée ce que cela voulait dire, il m’avouait que c’était le duc de Rovigo[^2] qui lui avait écrit en lui disant qu’arrivé au Havre, il pouvait s’adresser à lui de sa part et qu’il en obtiendrait des services.
J’ai cru, Monsieur le préfet, devoir user de beaucoup de ménagement envers ces gens, il en est résulté qu’ils ont répondu avec confiance à l’interrogatoire, qu’ils ont partout béni le gouvernement du Roi dont ils voyaient les intentions par ma manière d’être à leur égard. Je les ai considérés comme des moyens de ralliement au gouvernement de S. M. En effet, tous les partisans de Bonaparte vous rechercheront ces individus, et j’ai été bien aise qu’ils puissent comparer le passé au présent d’une manière avantageuse à l’ordre des choses actuelles. Je leur ai parlé du Roi avec cette conviction de Ses vertus et de Sa bonté qui peut faire quelque impression, je leur ai dit qu’être bon français c’était d’être royaliste parce que notre Roi était le meilleur des Français, celui qui avait les idées les plus nationales.
Je désire, monsieur le préfet, que vous approuviez la manière dont j’ai agi dans cette circonstance, je n’ai rien confié à d’autres, il n’y a pas eu une injure, ni une insulte.[^3]
**ANNEXE 1**
Copie d’une lettre écrite à monsieur Louis Pillivingt, propriétaire des Barres près Nogent-sur-Vernisson, département du Loiret, par M. Montholon ou chez M.M. André Cottier, rue Cadet à Paris.
À bord du *Bellérophon*, le 7 août 1815
Mon cher Pillivingt, au moment d’être transporté à bord du *Northumberland* qui nous conduit à Sainte-Hélène, on nous défend d’emmener nos gens, et je suis à mon grand regret forcé de ne point garder Pierre avec moi. Il n’a pas son livre de compte ici, et je ne puis régler son décompte, veuillez donc à son arrivée près de vous le régler et d’après son livre, et d’après le mien, et être assez bon, mon cher Pillivingt pour le faire acquitter soit sur change soit par M.M. André et Cottier.
Peut-être cette nuit serons-nous en route. Je vous demande en grâce de m’écrire souvent par le cap de Bonne Espérance, les communications seront libres et fréquentes, seulement toutes les lettres seront ouvertes. Mais comme notre correspondance ne portera que sur nos affaires particulières ou sur mon pauvre petit Charles, je ne doute pas que toutes nos lettres ne m’arrivent. Soignez-le bien, je vous en conjure ; vous êtes si bon que vous concevrez tout ce que je souffre de cette trop pénible séparation.
Adieu mon ami, mes hommages à votre bonne et excellente femme, amitié bien sincère pour vous,
Signé : Montholon
Rappelez-vous quelque fois au souvenir de nos voisins, ma femme vous renouvelle ainsi qu’à Mme Pillivingt l’expression du bien tendre attachement que lui inspire l’immense service que vous nous rendez. Quel plus grand service pourrait être rendu que celui de nous remplacer près de notre pauvre enfant.
*P.S.* : Je charge Pierre du classement de mes habits et effets et lui donne tous mes vieux habits et effets.
**ANNEXE 2**
Liste des passagers arrivés sur le brick de Sa Majesté Britannique *Le Martial*, et débarqués au Havre le 29 août 1815.
| Noms | Qualité et profession |Lieux de naissance |Destination|
|----------|-----------------------|-------------------------------|-----------|
|Maingault | Docteur en médecine | Preuilly, Indre et Loire |S’y rendant|
|Chauvin | Huissier de cabinet | Paris |S’y rendant|
|Jillis | Valet de chambre | Paris |S’y rendant|
|Totain | Maître d’hôtel | Mâcon |à Paris |
|Lafosse | Cuisinier | Meaux |à idem |
|Lisiaux | Officier de santé | Paris |à idem |
|Denis | Homme de confiance | Pont-sur-Seine |à idem |
|Gaudron | Valet de pied | Combe-la-Ville, Seine et Marne|à idem |
|Fumeau | | Mirambeau, Chte Inf |à idem |
|Linden | Garçon de garde-robe | Aix-la-Chapelle |à idem |
|Orsini | Valet de pied | Corse |à idem |
|Lambres | Domestique | Belgique |à idem |
|Tessier | Homme de confiance | Chambéry |à idem |
|Palliat | Enfant de 14 ans | Paris |S’y rendant|
Le sous-commissaire de Marine au détail des armements
Signé : de Raffin.
Pour copie conforme
Le commissaire principal chef maritime : signé Chabanon
Certifié conforme par nous, Sous-préfet de l’arrondissement du Havre, signé Léopold de Bellaing.
**ANNEXE 3**
Ville du Havre. État des passeports délivrés au bureau de la Marine de cette ville le 29 août 1815 aux personnes ci-après venant d’Angleterre et allant à Paris.
|N° de passeport|Noms et prénoms|Profession|Lieux de naissance| Age|Taille|Cheveux, Sourcils|Nez| Barbe|Front|Yeux|Bouche|Menton|Visage|Teint|Observations|
|---------------|---------------|----------|------------------|----|------| ----------------|---|------|-----|----|------|------|------|-----|------------|
|920|Maingault, Louis Pierre|Médecin|Preuilly, Indre et Loire|32|1,70|châtains|aquilin|châtain|haut|bruns|moyenne|rond|ovale|blanc|Accompagné de son domestique Pierre Eugène Paillot, âgé de 13 ans.|
|921|Chauvain, Charles|Rentier|Paris|22|1,78|bruns|épaté|brune|moyen|id.|id.|id.| un peu dégradé| id.| |
|922|Lafosse , Jacques|Aide cuisinier|Meaux, Seine-et-Marne| 20| 1,60|châtains clairs|court|id.|rond|roux|id.|rond|ovale| id.| |
|923|Fumeau, Mathurin| Tanneur|Mirambeau Chte-Inf.|29| 1,67|bruns|moyen|brune|id.|bruns|id.|id.| id.|ordinaire| |
|924|Totain, Charles Aimable|Officier de bouche|St-de-Joux, Saône-et-Loire|34|1,73|châtains|aquilin|id.|grand|id.|id.|rond|déplissé|blanc| |
|925|Jillis, Nicolas|Rentier|Paris| 20| 1,78|blonds châtains|moyen| naissante| haut| id.|grande| id.|ovale|id.| |
|926|Denis, Louis Joseph|Domestique|Pont-sur-Seine, Aube|37|1,73|châtains|id.|châtain|dégagé|bruns|moyenne|id.|id.|coloré| |
|927|Gaudron, Jean Baptiste|Idem|Combs-la-Ville|38| 1,67| id.| id.| id.| moyen| id.| id.| id.| id.| brun| |
|928|Orsini, Joseph Marie|id.| Île de Corse| 22| 1,67| id.|petit| id.| id.| id.| id.| id.| id.| ordinaire| |
|929|Lisiaux, Louis| Officier d’office| Paris| 20| 1,62| blonds| moyen| Naissante| id.| bleus| id.| id.| id.|clair| |
|930|Lambres, Guillaume| Domestique| Landen, Ourthe| 30| 1,70| bruns| id.|brune|large|bruns| id.|id.|dégradé|brun| |
|931|Linden, Joseph|id.| Aix-la-Chapelle, Allemagne| 38| 1,70| bruns|épaté|id.|moyen|id.|id.|id.|ovale|coloré| |
|932|Trepied | |Chevroux, Mont-Blanc| 27| 1,67| id.| moyen| id.| large| id.| id.| id.| id.| ordinaire| |
Visa sur les passeports.
Vu par nous, sous-préfet de l’arrondissement du Havre, pour se rendre à Paris par Rouen pour y être rendu le samedi 2 septembre prochain et y faire viser son passeport ledit jour.
En l’hôtel de la sous-préfecture le 29 août 1815.
Signé : Léopold de Bellaing
Certifié conforme par nous, sous-préfet de l’Arrondissement du Havre.
Signé Léopold de Bellaing
[^1]: Nicolas Jillis (1795), second valet de chambre à l’île d’Elbe, revient en France avec Napoléons. EN 1815, il n’est pas sélectionné pour faire partie du voyage vers Sainte-Hélène. Contrairement à ses déclarations, il reçoit 150 napoleons d'or en débarquant du *Northumberland* (*Correspondance générale*, vol. 15, n° 40071).
[^2]: Anne Jean Marie René Savary (1774-1833).
[^3]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 8, folio 439-443. |
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