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33_Masson_SH| identifiant | 33_Masson_SH |
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| fait partie de | Masson |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/11/24 00:00 |
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| titre | Lettre de Châteauneuf à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres, 24 novembre 1818 |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>33_Masson_SH -</> CHATEAUNEUF À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, 24 novembre 1818</h2>
Monsieur le marquis,
Jamais retour ne fut plus sinistre que le mien. J’avais abandonné mon journal, non parce qu’il n’avait point de lecteurs, comme l’a dit M. de Beaumont, mais comme une preuve de mon désir de retourner en France. Si votre Excellence croit que je puisse revoir Paris, il me suffira d’un mot de sa part, je prendrais mon passeport.
Monsieur le comte de Beaumont en la qualité d’agent de police a pu me nuire beaucoup près de M. le comte de Faro.
Il eut l’impertinence de dire à plusieurs personnes qu’il m’avait employé ; vous savez monsieur le marquis qu’ayant montré une répugnance invincible à être immédiatement sous des ordres plus élevés, dans certains emplois diplomatiques, je n’aurais pu me résoudre à appartenir à un commissaire de police. Monsieur de Beaumont a dit aussi que je lui demandais toujours de l’argent. Voici la vérité.
Il me proposa d’insérer dans mon journal quelques articles favorables au système des ministres, qui est d’être maîtres chez soi, sans qu’on exigeât, dit-il que je changeasse la couleur de mon journal. Il me proposa 16 louis pour deux numéros (le 7<sup>e</sup> et le 8<sup>e</sup>). C’était tout au plus les frais d’impression. Quand je lui présentai mon *bill*, il refusa de payer. Ce fut alors que par une juste vengeance j’imprimai mes 9<sup>e</sup> et 10<sup>e</sup> numéros, où il y a quelques personnalités. Je menaçai d’être plus [gai] encore ; alors monsieur de Beaumont qui restait me devoir 13 louis fit un billet de 9 louis à mon imprimeur qu’il n’a pas payé. Je crois que l’imprimeur a été menacé de la prison.
J’atteste que je n’ai jamais reçu de l’argent de monsieur de B., et que celui qu’il me devait pour achat et abonnement à mon journal, j’ai eu bien de la peine à le toucher par petites parcelles, et après six mois.
Il prétend, lui, que le billet de 9 louis était destiné à réfuter la fausse lettre du Roi au duc de Fitz-James. Je lui répondis et je soutiens que ledit billet était pour acquitter les frais d’impression des 7<sup>e</sup> et 8<sup>e</sup> numéros. Je n’avais pas besoin qu’on me donnât d’argent pour réfuter cette lettre que tous les journalistes avaient imprimée comme authentique. Je n’ai pu la réfuter, mon journal ayant été suspendu par la faute de mon associé qui ne m’a jamais donné un liard des souscriptions qu’il a faites.
J’ai fait un sacrifice de mon ressentiment à la crainte du scandale qui aurait pu résulter pour le ministère, de la conduite de monsieur de Beaumont. Il a irrité M. Goldsmith contre moi après avoir tâché de m’irriter contre lui. Il lui a montré un écrit qui devait entrer dans mon journal. Je pourrais punir cette perfidie, en montrant toutes les satires contre de grands personnages de France qui me menacent régulièrement chaque semaine par lui. Il ne tiendrait qu’à moi d’imprimer un article qui obligerait le ministère à le rappeler ; mais je suspends encore ce dessein. Je voudrais retourner à Paris, consacrer ma plume à mon pays, comme je l’ai fait pendant vingt ans, sans jamais flatter la tyrannie de Buonaparte.
Agréez mes profonds et respects,[^1]
Châteauneuf
P.S. : je prie votre Excellence de m’informer d’une réponse relativement à mon passeport.
[^1]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 456. |
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