16_Masson_SH

identifiant16_Masson_SH
fait partie deMasson
est validéoui
date1818/03/14 00:00
titreRapport de Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres
texte en markdown<h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>16_Masson_SH -</b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, le 14 mars 1818</h2> Monseigneur, une affaire célèbre, scandaleuse occupe tous les politiques à Londres comme en France. Le gouvernement de ce pays la connait. Cette affaire, Mon Seigneur, est la longue procédure dans laquelle M. de Maubreuil marquis d’Orvault[^1] se trouve seul compromis comme mandataire, pendant que les mandants occupent des emplois marquants sous le gouvernement et un rang distingué dans la société (texte). Votre excellence a lu les papiers remis par M. de Maubreuil, mais les papiers et mémoires ne sont qu’une très faible partie de ce que M. de Maubreuil peut dire, et imprimer sur cette affaire. Chaque jour de nouveau entretiens avec M. de Maubreuil conduisent à de nouveaux développements de détails que je n’eusse pu soupçonner, plus de trente lettres du gouvernement provisoire sont encore inconnues du public, des personnages dont le nom commande le respect qui n’ont pas encore été nommés, savent tout, ils vont être publiquement interpellés par M. de Maubreuil. Votre excellence connait les particularités inédites qui peuvent nuire au gouvernement actuel. Est-il important de rendre taisant un individu que de longues souffrances ont aigri, un individu dont les écrits peuvent compromettre tant d’intérêts qu’il est important de ménager ? Est-ce au moment où l’Europe en paix n’a besoin que de consolider l’état actuel des choses, que le gouvernement négligera son propre intérêt lorsqu’il peut tout calmer ? Verra-t’il froidement jeter un nouveau brandon de discorde par la publication à Londres d’écrits, de lettres, de procédures même que le gouvernement a cru devoir faire supprimer en France pendant trois ans ? Tiraillé par trois factions diverses, la position de M. de Maubreuil est singulière et extraordinaire. Il semble immobile et rester neutre au milieu de ce conflit, et jusqu’à ce jour on ne sait à l’impulsion de laquelle de ces trois factions Maubreuil sera obligé de céder. Les Bonapartistes d’une part, les Ultras de l’autre, un troisième parti que sans plus amples détails je nommerai faction étrangère, se disputent le droit de diriger le sens dans lequel seront écrits les mémoires de M. de Maubreuil. En dernière analyse, des personnages très marquants viennent aussi à poindre sur l’horizon de cette curieuse affaire. S’ils arrivent à Maubreuil, tout ce que je dis aujourd’hui lui devient inutile. On ne peut que les gagnés de vitesse. Jusqu’ici par vos ordres, on a tout atténué. On a fait jouer mille reports divers, tout enfin a été retardé, entravé, mais non détruit. Les influences malignes et pernicieuses sont venues échouer devant les sages précautions qu’a prises Votre Excellence. Mais la lave qui fermente dans la tête volcanisée de M. de Maubreuil doit s’écouler. Elle se fera jour, toute temporisation a un terme, et ceci est comme un ultimatum en diplomatie. Occuper M. de Maubreuil d’un autre objet, fixer ses idées sur une autre matière, lui parler de réparer les brèches que ses longues détentions, ses 23 arrêts de ses diverses procédures ont fait à la fortune était le moyen de dérouter les plans des trois factions qui veulent mettre à profit la large dose de mécontentement dont le sieur de Maubreuil est abondamment pourvu. Serait-il convenable, M. de Maubreuil ayant été actionnaire, et chef de grandes entreprises, et fournisseur de l’armée française etc., serait-il convenable, dis-je, de lui fournir matière à se livrer de nouveau aux spéculations, plutôt qu’à la politique, étant encore créancier de l’administration de la guerre pour plus de 300 mille francs ? Il me semble que oui, si à ce prix, surtout M. de Maubreuil voulait laisser de côté, et ses procédures, et ses mémoires, ses philippiques, et ses impressions. Convaincu que nous allons être gagné de vitesse par de grands personnages cachés derrière un épais rideau, pénétrés du scandale, et même du danger, que l’on peut annihiler, j’ai conféré avec le sieur de Maubreuil à deux reprises hier, avant et après avoir vu Votre Excellence. Maubreuil laissera de côté, procédures, mémoires écrits et inédits toutes lettres et documents secrets relatifs à cette affaire. Et à ce qui s’est passé avec M. S.P. Mais pour le fixer à Londres, et avoir les moyens de travailler, il demande une licence secrète pour exporter par les petits ports de la Vendée loin de l’aile des négociants dont la cupidité serait tentée. La valeur de 300 mille francs en blé froment au cours pour l’achat desquels ses parents et amis feront les fonds qui pourraient lui manquer. Telle est, Monseigneur, la proposition que je vous adresse confidentiellement. Le gouvernement en l’accordant ne fait aucun sacrifice pécuniaire, mais il arrête les projets des trois factions que j’ai signalées plus haut, et qui se disputent la personne et les mémoires du sieur de Maubreuil. Je ne parlerai point des autres avantages qu’il y a à calmer, et à faire taire cet homme hardi, et entreprenant, Votre Excellence, dans sa sagesse en jugera mieux que moi. En agissant ainsi, aura-t-on atteint un but important ? Je ne me permettrai pas de répondre à une question aussi délicate. Ce rapport secret est une suite de mon zèle pour le service du Roi, et l’exactitude que j’ai mise à suivre les instructions de Votre Excellence. Le comte de Brivazac-Beaumont [^1]: Jacques Marie Armand Guerry de Beauregard, dit le comte de Maubreuil et marquis d’Orvault (1783-1868), officier ayant participé à la Chouannerie, sous l’Empire il est proche de Jérôme Bonaparte. Sous la Restauration, il est au coeur de d’une affaire qui fit grand bruit. À la fin de la campagne de France de 1814, il aurait participé au vol des bijoux de Catherine de Wurtemberg qui selon lui aurait été commandité par Talleyrand. Condamné, il s’enfuit en Angleterre où il attendit la fin de sa peine. De retour en France, pour se venger, il souffleta Talleyrand, et révéla avoir été missionné pour assassiner Napoléon lors du voyage de l’île d’Elbe. Frédéric Masson dans *L’affaire Maubreuil* (Paris, Ollendorff, 1907) retrace les péripéties de cette histoire que Beaumont de Brivazac tente de circonscrire. Cette intercession lui vaut des démêlés avec Maubreuil (voir les autres correspondances de Beaumont à d'Osmond). [^2]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 426.