| identifiant | CG3-6977.md |
|---|---|
| fait partie de | correspondance |
| est validé | oui |
| date | 1802/07/01 00:00 |
| titre | Napoléon au capitaine général Leclerc, commandant en chef l’armée de Saint-Domingue |
| texte en markdown | <body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 6977. - </b>Au capitaine général Leclerc, commandant en chef l’armée de Saint-Domingue</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Malmaison, 12 messidor an X [1<sup>er</sup> juillet 1802]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les nouvelles que Brugnière[^1] nous a apportées ont produit une sensation extrêmement vive et agréable en France. Le commerce s’active et se dirige vers Saint-Domingue ; protégez-le de tous vos moyens.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les troupes qui vous ont été annoncées sont pour la plupart parties, et je compte qu’avant la fin de septembre vous nous aurez envoyé ici tous les généraux noirs[^2] ; sans cela, nous n’aurions rien fait, et une immense et belle colonie serait toujours sur un volcan, et n’inspirerait de confiance ni aux capitalistes, ni aux colons, ni au commerce. Je comprends parfaitement qu’il serait possible que cela occasionnât des mouvements ; mais vous aurez devant vous toute la saison pour les réprimer. Quelques suites que l’envoi en France des généraux noirs puisse produire, ce ne sera qu’un petit mal comparé à celui que ferait la continuation de leur séjour à Saint-Domingue.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">De grandes récompenses nationales vont vous être décernées, ainsi qu’à vos principaux généraux et aux officiers et soldats qui se sont distingués. Faites avec intégrité les affaires de la République : elle sera reconnaissante et prendra soin de vos intérêts particuliers[^3].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Mettez-vous aussi en règle sous le rapport de l’administration. Un capitaine général n’est pas seulement un général, il est encore un officier civil ; ainsi, mettez dans leurs fonctions le préfet colonial et le commissaire de justice[^4].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Dès l’instant que les noirs seront désarmés et les principaux généraux envoyés en France, vous aurez plus fait pour le commerce et pour la civilisation de l’Europe que l’on n’a fait dans les campagnes les plus brillantes.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les affaires de la République sont dans le meilleur état. L’union règne dans l’intérieur. À l’extérieur, indépendamment de ce qui est public, nous venons de finir les affaires d’Allemagne tout à notre avantage et à celui de nos alliés.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Nous avons obtenu, par notre paix avec le Turc, le commerce de la mer Noire[^5].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Nous sommes en possession de Portoferraio et de l’île d’Elbe, qui est réunie à la France[^6].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le Piémont est définitivement réuni à la République[^7].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les Anglais ont évacué Malte, Mahon et l’Égypte.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Nos colonies de l’Asie sont dans une bonne situation ; la Guadeloupe, Tobago et la Martinique également.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Défaites-nous de ces Africains dorés[^8], et il ne nous restera plus rien à désirer.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les ennemis de la République font souvent répandre des bruits qui, quelquefois même, viennent des oisifs de la grande ville ; vous ne devez jamais y ajouter foi. Le gouvernement est stable, solidement établi ; je n’ai jamais couru aucune espèce de danger. Tous les jours l’esprit national se concentre et fait espérer au peuple français des jours prospères et heureux.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Quant à vous, vous êtes en chemin d’acquérir une grande gloire. La République vous mettra à même de jouir d’une fortune convenable, et l’amitié que j’ai pour vous est inaltérable.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Ma femme est aux eaux de Plombières.[^9]</p> [^1]: Aide de camp de Leclerc, parti du Cap-Français le 7 mai. [^2]: Leclerc n’a procédé à aucune « arrestation ». Il autorise Toussaint-Louverture à se retirer chez lui, sous surveillance. Il profite de cet intermède pour jouer des divisions entre les généraux noirs. Le moment venu, il se saisira de Toussaint-Louverture et l’enverra en France. [^3]: Fin de non-recevoir à une demande de Leclerc pour qu’on lui fasse donation « à titre de récompense l’île de la Gonave » n’ayant pas d’autres moyens disait-il pour assurer sa fortune (lettre du 7 mai au Premier Consul). [^4]: Respectivement Benezech et Desperoux. À cette date, le Premier Consul ignore que tous deux sont décédés de la fièvre jaune dans les premiers jours de juin. [^5]: La paix définitive avec l’Empire ottoman a été signée à Paris, le 25 juin 1802. [^6]: Un sénatus-consulte l’officialisera le 26 août. [^7]: Ce rattachement sera officiel le 11 septembre. [^8]: Toussaint-Louverture et les autres officiers noirs. [^9]: Minute, Archives nationales, AF IV 863, messidor an X, n° 10.</body> |