CG3-6914.md

identifiantCG3-6914.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1802/05/24 00:00
titreNapoléon au Pape Pie VII
texte en markdown<body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 6914. - </b>AU Pape Pie VII</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 4 prairial an X [24 mai 1802]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Très Saint Père, j’ai laissé au cardinal Caprara d’instruire Votre Sainteté de tout ce qui s’est passé le jour de Pâques. Elle aurait été vivement touchée du beau spectacle qu’a offert, dans cette circonstance, la République entière[^1].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai reçu les deux brefs de Votre Sainteté, dont un relatif à la République italienne. Ce n’est pas comme Premier consul de la République française que j’avais nommé monseigneur Codronchi, mais comme président de la République italienne ; c’était dans la même qualité que j’avais nommé aux différents évêchés. Le cardinal Caprara m’assure qu’il est nécessaire que le concordat pour la République italienne soit fait avant de jouir de ces prérogatives. J’accepte donc l’offre de renvoyer à cette époque la solution de toutes ces difficultés, et je prie Votre Sainteté de ne regarder que comme des recommandations les nominations que j’ai faites. J’apprendrai donc avec un vif intérêt que monseigneur Codronchi a été fait cardinal et archevêque de Bologne, et monseigneur Oppizzoni, archevêque de Ravenne[^2].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le général Murat, qui est arrivé, m’assure que Votre Sainteté est affligée de ce que quelques constitutionnels ont été nommés aux évêchés de France. Votre Sainteté doit aussi voir que j’ai nommé un grand nombre d’anciens titulaires, et l’histoire de l’Église nous prouve parfaitement que les schismes n’ont jamais fini que par la réunion de tous les partis. Votre Sainteté ne doit donc avoir aucun sujet de tristesse. La France entière a adhéré au concordat, et l’Europe étonnée admire un ouvrage qui consolide la religion et rassoit le Saint-Siège sur ses bases au moment où tout paraissait perdu.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le citoyen Cacault[^3] reçoit en blanc des ordres de route pour la garnison d’Ancône, et Votre Sainteté décidera du jour où elle doit partir et lui consigner les forts de cette ville.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’envoie à Votre Sainteté une note qui m’est remise, relative à une demande d’un bref de sécularisation pour le citoyen Talleyrand[^4]. Cette demande m’est personnellement agréable.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je prie Votre Sainteté de me croire, avec un respect filial, de Votre Sainteté le très dévoué fils.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p> [^1]: <span></span> Un <i>Te Deum</i> a été chanté à Notre-Dame, officiellement pour célébrer les signatures du Concordat <i>et</i> de la paix d’Amiens. À cette occasion, les militaires anticléricaux se sont rebellés en adoptant des attitudes ostensiblement provocantes envers la religion. Mais, dans l’ensemble, la cérémonie religieuse s’est bien passée, de quoi montrer au Saint-Siège la bonne volonté du gouvernement français. [^2]: Voir les pièces N° 6880 et n° 6881. [^3]: Ambassadeur près le Saint-Siège. [^4]: <span></span> Évêque défroqué, Talleyrand souhaite obtenir ce bref pour pouvoir convoler avec M<sup><font size="2" style="font-size: 10pt">me</font></sup><font size="2" style="font-size: 10pt"> Grand. Une annexe justificative est jointe à cette lettre : « C’est une chose convenable à la dignité du gouvernement de la France et utile à la discipline de l’Église que d’accorder un bref de sécularisation au citoyen Talleyrand. Ce ministre a rendu des services à l’Église et à l’État. Il a publiquement et irrévocablement renoncé aux fonctions et aux dignités de la cléricature. Il désire que cette renonciation soit consacrée par un aveu formel du chef de la religion ; il mérite d’obtenir cette faveur spéciale. Sous le rapport de la politique, lorsque la France redevient une nation catholique, il ne convient pas qu’un ministre qui a une part principale dans la confiance du gouvernement soit un objet d’incertitude et de controverse relativement à son ancien état. Sous le rapport des efforts qu’il a faits pour rallier l’Église et le gouvernement, il faut qu’il puisse recueillir, par l’expression libre de la gratitude de tous les amis de la religion, le prix du zèle qu’il a montré pour son rétablissement. D’aussi grandes considérations atteindront aussitôt la bienveillance et la justice du Saint-Père. On ne parlera pas des formes requises pour un tel acte ; Sa Sainteté choisira la plus convenable et la plus complète. Quant aux exemples du passé, le Saint-Père en trouvera de fréquents dans l’histoire. Au dix-septième siècle, sous Innocent X, Camille Pamphili, cardinal et neveu du Souverain Pontife, fut sécularisé et mourut laïque. Au quinzième siècle, César Borgia, archevêque de Valence, devint duc de Valentinois, épousa une princesse de la maison d’Albert, et mourut laïque. Ferdinand de Gonzague, d’abord ecclésiastique et ensuite duc de Mantoue, Maurice de Savoie qui se maria en 1642, après avoir été ordonné, les deux cardinaux de Bourbon, oncle et neveu, l’un et l’autre archevêques de Lyon, après avoir abdiqué, du consentement du Saint-Siège, les dignités ecclésiastiques, moururent laïques. Deux Casimir, rois de Pologne, l’un par succession au onzième siècle, l’autre par élection au dix-septième, furent affranchis, non seulement des liens de l’état clérical, mais encore des serments monastiques ; le premier avait été Bénédictin, le second Jésuite, et celui-ci, outre le laïcat, obtint des licences pour épouser sa belle-sœur. Henri de Portugal, archevêque de Lisbonne et successeur à la couronne de Sébastien en 1588, mourut roi et laïque. François de Lorraine, cessionnaire des États de son frère Charles IV en 1634, et ensuite père de Léopold, passa de l’état de sacerdoce au laïcat, et resta fidèle à l’Église. Tous ces exemples sont pris des temps où le Saint-Siège jouissait de la plénitude de son autorité. L’usage que les prédécesseurs du pape Pie VII en firent alors, leur fut indiqué par des motifs d’utilité pour le bien de l’Église. Ces motifs existent aujourd’hui, et on doute qu’à aucune de ces époques, la même demande ait été fondée sur d’aussi fortes considérations » (Expédition, Archivio Segreto Vaticano, Segretario di Stato, Epoca Napoleonica, Francia, vol. </font><font size="2" style="font-size: 10pt"><span lang="it-IT">VIII, fol. 31).</span></font> [^5]: <span></span><span lang="it-IT"> Expédition, Archivio Segreto Vaticano, Segretario di Stato, Epoca Napoleonica, Francia, vol. </span>VIII.</body>
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