| identifiant | 19_Masson_SH |
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| fait partie de | Masson |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/04/14 00:00 |
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| titre | Lettre de Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>19_Masson_SH -</b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, le 14 avril 1818, le soir</h2>
Note secrète pour votre excellence seule.
Enfin, Monseigneur, ce matin seulement je suis venu à bout de ce que je cherchais depuis longtemps. J’ai pénétré par hasard au milieu du cercle buonapartiste dont je vous avais parlé. Je savais que des réunions avaient lieu chez une dame Monnet, française épouse d’un général, qu’il y en avait ailleurs, il fallait y pénétrer ou y envoyer un agent qui coûte beaucoup d’argent, et souvent ne découvre rien. En conséquence, c’est par moi-même que j’ai voulu en juger. J’ai tenté la chose, elle a réussi malgré sa difficulté. À neuf heures ce matin, je suis arrivé chez M. Verillon, il était seul mais je savais qu’on devait y venir. Je l’ai connu à l’armée d’Espagne. À 10 h. j’ai vu arriver, M. Leclerc déjà signalé depuis trois mois, il était accompagné d’un officier prussien M. de Hardenberg. Puis sont venus messieurs le colonel Sainte-Claire, lieutenant-colonel Guillet, M. Lafargues, et M. […] l’un de mes agents très secret qui avait ménagé la chose, mais qui n’est pas assez fort en police pour tirer parti de telles réunions. On a servi un déjeuner à la française, et comme ces messieurs devaient nécessairement être gêner devant moi, il a fallu les mettre à l’aise en ne finassant pas. « Messieurs, vous savez que je suis attaché au ministre de […] en France. Mais nous sommes en Angleterre, ainsi ne vous gênez pas, ou ne dites que ce que vous voudrez bien. Cependant on vous a peut-être trompé sur mon compte, je suis dévoué au Roi. Je le sers avec fidélité comme j’ai servi Napoléon jusqu’au dernier moment. Mais incapable de faire tort à mes anciens camarades de l’armée, je me suis occupé de politique à Londres, et jamais de police individuelle. Ce ne sont pas les discours de tel ou tel individu qui changent les choses, ce sont les grandes secousses politiques qui produisent les grands événements, ainsi en police c’est une grande faute d’écouter les verbiages et les démonstrations, et de s’occuper des individus. » J’ai dit cela ou à peu près, suivi d’une teinte d’impartialité et d’indécision dans mon opinion politique, parlant toujours en faveur du Roi, et m’arrêtant là, pour laisser achever par les autres. Le mode n’a pas réussi d’emblée, mais on a pris confiance, j’ai fait semblant d’éviter toute conversation politique pour parler de théâtre, de filles, ensuite de commerce qui a emmené l’Amérique espagnole sur le tapis, et cette Amérique a emmené tout le reste. Les hauts grades de la Maçonnerie que je possède, jusqu’à celui de Prince des tropiques, que je n’ai pas, et dont aucun des présents n’étaient revêtus, ont été conduits dans la conversation Leclerc et Sainte-Claire étant R…., il ne pouvait qu’arriver une conversation moins gênée.
Croire que ces messieurs ont été dans une première séance, dans une réunion où ils devaient me croire par hasard, des perroquets que je pouvais faire par là à volonté serait une étrange erreur, ils n’ont pas dû me dire leur secret, et ils n’auraient pas même ouvert la bouche si j’avais voulu garder l’incognito, sachant mon nom par M. de Verillon, qui d’ailleurs ne se serait pas prêté à une pareille manœuvre étant lui-même contraire au gouvernement. L’objet de cette réunion est donc encore un mystère pour moi, et c’est le soir chez la dame Monnet qu’elle se rassemble de nouveau. Je saurai la rejoindre dans cinq à six jours, d’ailleurs j’ai tellement turlupiné mon agent que pas pour un diable il viendrait à être soupçonné.
Les phrases, mon seigneur, qui dans la chaleur de la discussion sont échappées à ces messieurs méritent l’attention la plus grave. M. Leclerc seul a été très boutonné. Il me serait difficile dans les bornes d’une note secrète de détailler le tout. Une phrase de M. Quillet sur lord Wellington m’a frappé. « Je ne voudrais pas pour tout l’or du monde être à Paris dans sa peau, il l’a échappé une fois, mais une seconde… »
J’ai cru devoir vous rendre compte sur-le-champ de mon opération, que je juge très importante en ce que cela prouve les réunions, nous fait connaître celles qui ont lieu chez la dame Monnet, et ce que j’ai entendu peut nous conduire très loin.
J’avais été en voiture chez M. Verillon parce que n’ayant pas fini l’affaire de M. Wilson sur laquelle les procureurs m’ont fait 45 livres de frais, il ne me convient pas de me laisser arrêter. J’ai donné 60 livres, et j’attends qu’on me laisse répondre de Paris sur cette très malheureuse affaire qui m’a fait retarder les miennes proprement dites. Par conséquent, je ne puis aller à l’ambassade communiquer les détails de la séance de ce matin avant dimanche, si je ne reçois des nouvelles de Paris. Me mettant provisoirement à l’abri et envoyant chez moi prendre mes lettres, j’aurai plus de loisirs pour terminer plusieurs dépêches pour Votre Excellence. On sait que je vais quelque fois à Portland place, donc le coquin de procureur Roberts pourrait me guetter au passage. Il m’était impossible de payer 100 livres avec 60, plus les frais, dont je ne suis pas la cause, ayant réclamé les fonds depuis que M. Wilson est parti pour le Venezuela, il y a 6 mois.
L’ambiguité qui a paru ce soir est épouvantable, Votre Excellence fera bien de le lire par curiosité.
Quant à M. De Maubreuil, je ne veux plus m’en mêler. Il est dirigé et conduit, et je n’y entends plus rien. Il était hier dans le West End. Je le remis d’aplomb, il va à la Cité, où je ne sais où, et il prend tout son caractère qui après tout est en vérité très difficile, pour ne pas dire impossible à manier. Depuis qu’il a appris qu’on allait le juger par contumace, il est furieux. Il prétend que le 24<sup>e</sup> arrêt sera en faveur de ses ennemis, puisqu’ici il ne sera défendu.[^1]
[^1]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20. |
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