| identifiant | 31_Masson_SH |
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| fait partie de | Masson |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/11/15 00:00 |
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| titre | Lettre de Beaumont de Brivazac à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres, 15 novembre 1818 |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>31_Masson_SH -</b> BEAUMONT DE BRIVAZAC À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, le dimanche 15 novembre 1818</h2>
À son Excellence l’ambassadeur de France
Arrestation du général Gourgaud
Vous ne pouvez plus douter de la nature de mes communications avec le gouvernement anglais ou ses agents, lorsque vous lisez dans ma note n° 1036 le plan des ministres à l’égard du général Gourgaud, lorsque dans le n°1039 vous en suivez les minutes, et lorsque dans le n°1040, vous voyez la mesure exécutée et le général pris au dépourvu. Je sais donc garder un secret et plusieurs mêmes, comme vous le verrez bientôt lorsqu’il s’agit de bien servir le Roi aux faits.
Vendredi soir, à 10 heures, je me rendis chez monsieur A. agent du gouvernement, lorsque l’on pouvait me croire encore dans la maison où je m’étais rendu pour dégager mes bails, et en changer. Là, on avait conduit de force deux jours auparavant, le comte de Lima, et il faut une note expresse pour vous répéter tout ce qu’il me dit, parce que j’avais l’air très mécontent de me voir délaisser pour une bagatelle, effet bien prouvé de malheurs, d’abus de confiance, de vols, et aussi de trop de zèle. Mes bails déchargés, et les ayant remplacés, je m’en fus. Vendredi soir, je reçus ce billet : « le Comte de B. est attendu à 10 heures, Crown street. W.A. »
En effet je m’y rendis. On me donna alors connaissance, qu’après une audience donnée le matin à Lord Sidmouth par le Prince régent, on avait issué [sic] un *warrant d’habeas corpus* et un *Alien bill* contre le général Gourgaud, un *warrant* de saisie de tous ses papiers, et une mesure accessoire relative à M. de Forbin Janson. Relisez 1036-1039.
Je pris connaissance d’une foule de documents trop longs à relater actuellement. Il fallait rechercher tous les allers et venues de Gourgaud dans le courant de la semaine, et je n’ignorais pas une foule de ses démarches par mes propres moyens ; ceux de la police anglaise étaient comparativement défectueux, il était deux heures du matin lorsque je me retirai.
À sept heures du matin samedi, M. Capper, chef de l’Alien office, accompagné de deux des principaux officiers de police, s’est présenté au domicile du général Gourgaud, et lui a signifié l’Alien Act pris contre lui, et la saisie de tous ses papiers. Un Français inconnu était déjà chez Gourgaud, qui l’appela général. On peut concevoir et non décrire la fureur de Gourgaud lorsqu’il s’est vu arrêté. Il a ouvert la fenêtre et crié au meurtre. La populace s’est assemblée en foule, et les constables ont eu de la peine à l’empêcher de pénétrer dans la maison. Monsieur Gourgaud s’étant calmé, à demander de rester seul dans la chambre pour s’habiller. On le lui a refusé à cause de l’opportunité qu’il aurait eu de bruler ou faire disparaître une partie des papiers qu’on voulait avoir. En conséquence, le principal agent se retira avec monsieur Capper, le 3<sup>e</sup> officier de police ne quitta pas le général ou les généraux, et monsieur Gourgaud s’habilla. Ses papiers qui sont nombreux, furent renfermés dans un large portefeuille, scellé par lui, à l’exception de ceux qui étaient épars sur la table que l’agent noua dans un mouchoir et que Gourgaud ne songea pas à réclamer pour joindre aux autres.
Le général Gourgaud avait de l’argent, en or et en papier, outre une quantité de petites boulettes d’or, dont on ne conçoit pas trop l’usage. Maubreuil lui avait escompté peu de jours avant un bill de 150 livres st. Ceci donnera la clé de bien des choses.
Une voiture attendait le général Gourgaud à la porte ; il a refusé de prendre ses effets, pas même son chapeau, non a-t-il répondu à monsieur Capper, « il faut qu’on m’enlève même à demi-nu de mon domicile, la chose ira loin, il faut qu’on m’enlève de force ». En effet, arrivé à la porte de la rue, Gourgaud s’est adressé à la populace. Les mots Napoléon, Sainte-Hélène, Buonaparte ont fait un singulier effet sur cette populace qui a alors clairement manifesté l’intention de s’opposer au départ de Gourgaud ; il a fallu le jeter dans la voiture malgré sa résistance, et celle de l’inconnu français, qui a ensuite renversé un des agents de police d’un coup de canne et qui s’est évadé, protégé par la populace. Alors avec beaucoup de difficulté la voiture s’est mise en route, le général Gourgaud a été conduit immédiatement à bord du paquebot destiné pour Cuxhaven, et les papiers du portefeuille ont été portés de suite à Lord Sidmouth. J’ai déjà connaissance de plusieurs de ceux qui ont été soustraits à part. Je vous en enverrai l’analyse. Plusieurs billets de Châteauneuf sont dans le nombre, ils sont curieux. Un autre en anglais, dit : « il est minuit, nous sommes douze, vous n’y êtes pas ? 7 novembre 18. Signé W.P. »
C’est sur l’ordre expresse du Prince Régent qu’on a opéré et malgré l’opposition d’un ministre…
On a manqué Forbin Janson, ne le trouvant pas chez lui, on a laissé ses papiers. À quatre heures ils étaient transportés chez sir […][^1] rue […] n° […]. Je sais tout, on peut encore les avoir mais avec de l’adresse et de l’argent. *Sine qua non*
Trois paquets venant de Paris sont saisis chez Gourgaud. Je ne dois pas préjuger leur contenu, n’étant pas (c’est-à-dire l'un d'[eux]) dans le portefeuille. Il est possible, je ne dis pas certain, que je l’ai ou que je le lise.
La lettre de Lord Cochrane, écrite sous voile, parvenue par […][^2], est entre les mains du secrétaire d’État. Elle eut été entre vos mains à l’heure qu’il est si j’eusse pu sortir deux jours de suite lundi et mardi dernier.
Signalement de l’inconnu appelé général par Gourgaud qui lui dit « laissez les faire général » : 5 pieds 5 pouces français, jolie figure, grands yeux, nez un peu aquilin, pâle, cheveux et favoris noirs, jolies dents, très fort, quoique l’air fatigué, joli et bel homme parlant très mal l’anglais. On ne l’a pas revu.[^3]
Comte de Beaumont-Brivazac
[^1]: Lacunes dans le texte.
[^2]: Lacune dans le texte.
[^3]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 451. |
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