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date1815/08/29 00:00
titreRapport de Léopold de Moreau de Bellaing, sous-préfet de l'arrondissement du Havre à Stanislas de Girardin, préfet de Seine-Inférieure
texte en markdown<h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>01_Masson_SH</b> LÉOPOLD DE BELLAING, SOUS-PRÉFET DE L’ARRONDISSEMENT DU HAVRE, Á STANISLAS DE GIRARDIN, PRÉFET DE SEINE-INFÉRIEURE</span></h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Le Havre, le 29 août 1815</h2> Résultat de l’interrogatoire qu’a fait subir le sous-préfet de l’arrondissement du Havre à quatorze personnes de la suite de Bonaparte. 1° **Louis Pierre Maingault**, âgé de 32 ans, natif de Preuilly, département d’Indre-et-Loire, docteur en médecine de la Faculté de Paris, y demeurant rue du Four Saint-Germain n°42, a dit que trois jours avant le départ de l’Empereur, étant à La Malmaison et lui ayant été présenté par M. Corvisart, il lui fut proposé de le suivre aux États-Unis où il comptait se rendre ; que l’Empereur lui fit observation que ce n’était point en qualité de souverain qu’il désirait l’avoir près de lui mais bien comme simple particulier, et qu’il serait toujours maître de le quitter, que ces conditions, qui d’ailleurs étaient avantageuses pour lui, ayant 12 000 F. de traitement, il les accepte volontiers attendu qu’il avait le projet d’aller aux États-Unis pour recueillir la succession d’un de ses oncles qui y est mort. Ajoute qu’il n’y avait près de Napoléon aucun autre officier de santé ni pharmacien que lui, et que c’est la pharmacie de l’hôpital qui a fourni tous les médicaments dont lui seul avait la disposition, que d’ailleurs l’Empereur a toujours joui de la meilleure santé et n’a jamais eu besoin de son ministère, et qu’au moment du départ pour l’île Sainte Hélène, l’opinion générale était que Bonaparte avait le projet de suicide, que lui ayant appris à Plymouth que le voyage n’était pas pour les États-Unis, il fit connaître au grand maréchal que son intention était d’être débarqué pour revenir en France, et il l’annonça de même au gouvernement anglais pour lui en faciliter les moyens et que depuis ce moment il n’a plus revu Napoléon, et que peu de jours après il quitta Le Bellérophon pour passer sur L’Eurotas, et que quelques personnes de ce dernier bâtiment obtinrent la faculté d’aller, et revenir sur Le Bellérophon où il a été lui-même une seule fois mais sans y avoir vu Napoléon, que le capitaine [Rutrye] qui était annoncé devoir être embarqué avec lui pour revenir en France paraît être resté sur L’Eurotas, et dit ne point connaître le capitaine Meunier mais seulement un capitaine [Melcher] qui y est resté ainsi que le lieutenant [Rivure]. Le sous-lieutenant Sainte-Catherine doit rester en Angleterre pour passer à La Martinique lieu de sa naissance. Dit encore que son engagement avec Napoléon n’avait été que verbal, et qu’à son départ d’Angleterre il n’a reçu ni de Napoléon ni de qui que ce soit aucun certificat, qu’à son départ de Paris l’officier chargé d’aller prendre les passeports à la préfecture, le sien par erreur portait le nom de Pégaut au lieu de celui de Maingault qui est le sien, et qu’il a amené avec lui en qualité de domestique le jeune Paissot âgé de treize ans, qui n’avait point de passeport. Son intention est de retourner à Paris pour y continuer son état de médecin. Signé Maingault D.m.P. 2° **Charles Aimable Totain**, maître d’hôtel au service de Napoléon, natif de Saint-de-Joux, département de Saône-et-Loire, âgé de 34 ans, demeurant à Paris, a dit qu’étant à La Malmaison la veille du départ pour Rochefort, il apprit que ce voyage devait avoir lieu et que sa destination ultérieure était les États-Unis, que, ne pouvant supporter la mer et répugnant d’ailleurs à quitter la France, il n’est parti pour Rochefort qu’avec l’intention de revenir à Paris, et manifesta plusieurs fois ce désir à Napoléon qui lui en a constamment refusé la faculté ; que la première fois qu’il fit la demande au grand maréchal c’était à l’occasion d’une insulte que lui et les officiers de la maison de Napoléon reçurent à Rochefort par les officiers de la frégate La Saale sur laquelle ils étaient ; qu’il a encore renouvelé cette demande à l’île d’Aix, et qu’enfin, étant sur le brick l’Epervier, il en a sorti pour se rendre à bord du Bellérophon qui l’a porté à Torbay, que lui seul de tous les Français qui étaient sur ce vaisseau a été deux fois à terre pour faire des provisions, qu’enfin arrivé à Plymouth, il a écrit le même jour à l’Amirauté pour qu’il lui soit accordé les moyens d’être débarqué pour retourner en France ; il a fait parvenir sa lettre par la voie du capitaine Maitland qui l’a fait remettre à l’amiral Keith commandant de Plymouth ; que lors du départ pour la France, il fut distribué, par quelques personnes attachées à Napoléon, un écrit manuscrit qui commençait par ces mots « Je confesse à la face de l’univers que les Anglais m’ont trompé » et que tous ces exemplaires ont été jetés à la mer par ceux qui en étaient porteurs, et que lui n’a pas servi Napoléon à table avec ses valets de pied jusqu’à son départ d’Angleterre, que lui déclarant a entendu comme propos vague que c’était M. de Las Cases qui avait livré Napoléon aux Anglais, qui se détermina à le suivre parce que sa place était avantageuse avec neuf mille francs d’appointements. Ajoute qu’il ne croit pas que le sieur Maingault fut bien attaché à Bonaparte, et qu’il ne croit pas non plus qu’il lui ait parlé plus de trois fois ayant presque toujours été malade. Visite faite de ce que pouvait avoir de papiers sur lui déclarant, il ne s’y trouva qu’une note du maréchal Bertrand conçue en ces termes : « M. Totain est autorisé à toucher la gratification qui lui a été accordée pour perte d’effets dans la campagne, le 7 août 1815 », signé Bertrand, et un passeport ci-annexé ; et a déclaré ledit sieur Totain qu’aucune des personnes qui étaient avec Napoléon n’ont reçu de lui aucun certificat. Signé : Totain. 3° **Nicolas Jillis**, natif de Paris, âgé de vingt ans, ex-valet de chambre de Bonaparte depuis environ dix-huit mois, et précédemment huissier de sa Maison, a dit que le jour où Napoléon est parti pour Rochefort, il apprit ce voyage à La Malmaison. Qu’il lui fut permis d’aller faire ses adieux à sa famille à Paris où il fut avec madame Bertrand vers cinq heures après midi, et que le départ pour Rochefort a eu lieu dans la nuit suivante vers deux heures du matin. Que ce qui l’a déterminé à faire ce voyage était le désir d’aller en Amérique et de voyager, que c’était lui déclarant avec le sieur Marchand qui étaient les dépositaires de sa cassette qui ne contenait pas plus de cent cinquante mille francs lors du départ de Paris, et qu’arrivé sur le Bellérophon il n’y restait plus que quatre vingt mille francs dont s’est emparé lord Cockburn dont il a donné un reçu, et qu’il a remis entre les mains du capitaine Maitland. Que lui, déclarant, croit être sûr que lors du départ de Napoléon de Paris, il n’avait aucun papier, et que le général Lallemand lui a dit que son intention était d’aller aux États-Unis mais pour y vivre en simple particulier et y faire commerce. Ajoute qu’ayant toujours couché dans la chambre de Napoléon, il peut affirmer qu’il n’a jamais eu le projet de se suicider, mais que lorsqu’il lui fût donné itérativement connaissance qu’il devait être transféré sur le Northumberland pour partir pour Sainte-Hélène, il versa quelques larmes en se débarquant du Bellérophon. Que les sieurs Autri, Resigny, Schultz, Rivière, qui devaient s’embarquer pour revenir en France sont partis pour Malte avec le duc de Rovigo et le général Lallemand, et M. Piontkowski, officier polonais a obtenu d’aller rejoindre Napoléon à Sainte-Hélène. Déclare ledit sieur Jillis qu’il n’a été chargé d’autre commission que celle d’aller faire des compliments à Madame de Rovigo de la part de son mari, et lui donner l’assurance qu’il se porte bien, et le déclarant s’étant trouvé sans aucun papier sur lui, il a donné sa parole d’honneur qu’il n’en avait pas non plus dans ses effets et a signé. Signé Jillis Adresses écrites sur un petit livre trouvé sur le sieur Jillis. Savoir : Madame Coindert, rue [Linon], n°10 M. Justin, rue Feydeau, n° 3 M. Saint-Denis, Quai de l’école, n°34 M. Cipriani, rue de Rivoli, n° 22 M. Gourgaud, rue neuve du Luxembourg, n° 3 André Cottier, banquier, rue Cadet En outre, une note au crayon portant les noms ci-après : Noveraz : 3 000 ; Marchand : 2 000 ; [Ortip] : 2 500. 4° **Charles Pierre Chauvain**, natif de Paris, âgé de 22 ans, huissier de la chambre de Napoléon, a dit que lors du retour de Bonaparte en France il a repris sa place qu’il avait cessé de remplir pendant son séjour à l’île d’Elbe. Que lors du départ pour Rochefort il courait la poste en avant. Qu’il a quitté le vaisseau le Bellérophon quinze jours avant le départ de Bonaparte pour Sainte-Hélène, ce dernier avant cette époque était très gai et s’était persuadé qu’il resterait en Angleterre, et qu’il ne croit pas qu’il ait jamais eu l’intention de se suicider. Visite faite sur ledit sieur Chauvain, il ne s’est trouvé sur lui d’autre papier qu’une lettre particulière donnée en date du vingt sept décembre mil huit cent treize et a signé après avoir observé que le portefeuille de Napoléon ne contenait lors de son départ que du papier blanc pour écrire. Signé Chauvain 5° **Louis Joseph Denis**, âgé de 37 ans, né à Pont-sur-Seine (Aube), domestique, demeurant à Paris, rue de la Convention, n° 14, au service de Bonaparte. 6° **Jacques Lafosse**, âgé de 20 ans, natif de Meaux, cuisinier, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n°303, au service de Napoléon. 7° **Louis Leziau**, âgé de 20 ans 3 mois, natif de Paris, y demeurant quai de l’École, n° 28, officier d’office au service de Napoléon. 8° **Mathurin Foureau**, âgé de 29 ans, tanneur, natif de Mirambeau, département de Charente-Inférieure, sans domicile fixe et cherchant de l’ouvrage. 9° **Joseph Marie Orsini**, âgé de 22 ans, natif d’Arbitro, île de Corse, domestique demeurant à Paris où il avait l’intention de se rendre pour y chercher une place au service de Napoléon. 10° **Pierre Joseph Linden**, âgé de 39 ans, natif d’Aix-la-Chapelle, domestique demeurant à Saint-Cloud, rue des Pages, n° 33, au service de Napoléon. 11° **Pierre Trepied**, âgé de 27 ans, natif de Chevroux, département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Dominique, n° 77, au service du général Montholon. 12° **Guillaume Lambresse**, âgé de 30 ans, natif de Landen, département de L’Ourthe, domestique demeurant à Landen, au service de général Bertrand. 13° **Jean Baptiste Godron**, âgé de 38 ans, natif de Combs-la-Ville, département de Seine-et-Marne, domestique et demeurant à Combs-la-Ville, au service de Napoléon. Lesquels interrogés sur les causes de leur départ de France, ce qui a pu parvenir à leur connaissance sur les projets de Bonaparte avant ce départ, et sur ce qui s’est passé depuis n’ont fait aucune déclaration qui puisse fixer l’attention de l’administration, et se sont tous accordés à dire et faire les mêmes réponses sur le principe, et les circonstances de cet événement et ont signé ainsi qu’il soit.[^1] Signés : Gaudron, Lafosse, Lisiaux, Linden, Orsini, Denis, le sieur Guillaume Lambresse ne sachant signer a fait une croix. Le sous-préfet de l’arrondissement du Havre Signé : Léopold de Bellaing[^2] Certifié conforme par nous sous-préfet de l’arrondissement du Havre Signé : Léopold de Bellaing [^1]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 8, folio 435. [^2]: Marie Léopold Joseph Moreau de Bellaing (1785-1876), sous-préfet du Havre (août 1815-juin 1818), puis sous-préfet de Fontenay-le-Comte (Vendée), remplacé en mars 1819.