| identifiant | 21_Masson_SH |
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| fait partie de | Masson |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/08/15 00:00 |
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| titre | Lettre signée O à d'Osmond, ambassadeur de France à Londres |
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| texte en markdown | <h1><span style="font-family:Chivo;font-size:60%;line-height:1;"><b>21_Masson_SH -</b> AGENT NON IDENTIFIÉ À D'OSMOND, AMBASSADEUR DE FRANCE À LONDRES</span></h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Londres, 15 août 1818</h2>
Le général Wilson a fait demander dans les journaux un supplément pour les frais de son élection. Il n’est pas de pays au monde, comme celui-ci pour demander de l’argent, depuis les filles publiques jusqu’aux membres du Parlement. J’avais vu quelque chose de plus vil dans Wilson, c’est la flatterie, les bassesses, les humbles prosternations qu’il a adressées au peuple en le haranguant, du haut des tréteaux (the hustings). Dans les cours, on ne s’humilie pas ainsi devant des ministres et des souverains.
La nouvelle de l’assassinat du petit Napoléon a paru si absurde aux journalistes qu’ils m’ont tous dit dans le Café Poolstead street, où ils se rassemblent, le soir qu’ils avaient dédaigné de la copier parce qu’elle venait du *Morning Chronicle*.
La dernière lettre du général Bertrand à Sir Hudson Lowe, gouverneur de Sainte-Hélène, est une pure forgerie. Des sous-secrétaires d’État m’ont assuré qu’il était impossible qu’aucune lettre ou aucun écrit put parvenir de Sainte-Hélène, depuis les précautions qu’on a prises. Lord Holland, le général Wilson et le colonel Macirone prétendent le contraire. Á défaut de pièces vraies, les deux derniers ont résolu d’en fabriquer de fausses de faire parler Buonaparte d’après les plaintes qu’on peut lui supposer contre le gouverneur et les ministres anglais.
Lady Caroline Samb, fille de mylord Besboroug est bras dessus bras dessous avec le duc de Wellington. « Savez-vous, m’a-t-elle dit, que le duc n’est pas content de votre peuple, et que sans votre Roi, dont il est le meilleur ami, je ne sais pas ce qui pourrait arriver ? » On pourrait savoir par cette dame, toutes les plaintes secrètes du duc. Elle est la meilleure amie de la duchesse et je peux la voir souvent, sa légèreté égale son esprit. « Voulez-vous que je vous donne un moyen de faire réussir un journal français à Londres » m’a-t-elle dit avec un grand sérieux, « Moquez-vous de tout le monde et dites du mal de nos ministres et des vôtres. » Lady Caroline est pourtant une grande dame et pensionnée par la cour, mais voilà les Anglais et les Anglaises. Ils sont tous jacobins dans le cœur.
L’attachement visible de Louis XVIII à la Charte et l’intérêt qu’il montre pour le Tiers-Etat lui gagne chaque jour des partisans parmi les républicains de ce pays-ci, où le peuple et le Tiers-état veulent être réputés. M. Rosioe, le plus célèbre historien de l’Angleterre, me disait dernièrement au sujet de l’exemple que Louis XVIII avait donné aux autres Rois « Les deux chartes d’Angleterre et de France opéreront dans le monde le même effet que l’Évangile. Tous les rois seront obligés d’adopter les maximes nouvelles, pour n’en être pas dévorés. Il faut que les rois et leurs ministres apprennent de nous à conduire leurs peuples au nom de la liberté, aussi sûrement qu’ils les conduisaient, auparavant, au nom du despotisme.
O.
P.S. : Permettez-moi de vous voir un moment, mercredi prochain. Je suis à la source de tout, mon seul vœu est que le ministre de France me mette à porter de lui rendre de plus grands services.[^1]
[^1]: Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 20, fol. 434. |
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