CG3-6648.md

identifiantCG3-6648.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1801/11/19 00:00
titreNapoléon au capitaine général Leclerc, commandant en chef l’armée de Saint-Domingue
texte en markdown<body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 6648. - </b>Au capitaine général Leclerc, commandant en chef l’armée de Saint-Domingue</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 28 brumaire an X [19 novembre 1801]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La proclamation[^1] et ma lettre à Toussaint partent cette nuit par un courrier extraordinaire qu’expédie le ministre de la Marine. Je vous envoie Moustache[^2], que vous m’expédierez lorsque vous serez en appareillage, afin que je sache avant tout autre votre heureuse sortie.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Une frégate américaine arrivée à Lorient nous a apporté des lettres de Pichon[^3]. Il vous rend un compte très détaillé de la colonie de Saint-Domingue. Toussaint avait fait relâcher Roume[^4], qui était arrivé en Amérique.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Une grande fermentation existait à Saint-Domingue contre Toussaint : à la tête paraît être le général Christophe[^5]. On croit que c’est par une suite de cette fermentation que Toussaint avait suspendu la mise à exécution de la Constitution jusqu’à la réponse de la métropole, et qu’il avait expédié un nouvel agent auprès de moi pour surveiller, à ce que l’on croit, Vincent[^6], dont il se méfiait beaucoup ; cet agent était arrivé en Amérique.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Tout me porte à augurer que tous les obstacles que vous aurez à franchir seront moins forts que ce que l’on avait craint, en y mettant de l’activité et de la fermeté.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le gouvernement anglais paraît très bien disposé pour l’expédition ; il a donné à la Jamaïque des ordres pour que l’on nous aidât et que l’on nous fournît tout ce que l’on pourrait[^7].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Vous trouverez, je crois, la croisière de la Jamaïque forte de quatorze ou quinze vaisseaux de guerre. Elle a ordre de retourner en Europe à mesure que notre escadre y reviendra.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Rien ne doit plus désormais vous retenir. Si le courrier qui porte la proclamation et la lettre tardait à arriver par quelque accident, parlez toujours : une frégate vous aurait bientôt rejoint.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les convois de Flessingue et du Havre sont prêts, et ce qui part de Cadix et de Toulon n’est pas loin de l’être.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Il me tarde d’apprendre que vous avez rendu à la République le plus grand service qu’aient à espérer son commerce, sa navigation, et que nous puissions vous proclamer le restaurateur de notre grande colonie.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Donnez-nous souvent de vos nouvelles.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Mettez dans vos relations avec le commandant anglais beaucoup d’aménité, mais toute la dignité qu’exige la grandeur de la nation.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je vous salue affectueusement.</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/> </p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">N’oubliez pas de me donner des nouvelles de madame Leclerc[^8]. J’aime à penser qu’elle partagera aussi un peu la gloire de votre expédition, surtout si elle se met au-dessus des fatigues de la navigation ou du climat.[^9]</p> [^1]: <span></span> Proclamation aux habitants de Saint-Domingue annonçant l’arrivée de l’expédition de Leclerc qui apporte « l’abondance et la paix » et menace : « Qui osera se séparer du capitaine général sera un traître à la patrie et la colère de la République le dévorera, comme le feu dévore vos cannes desséchées ». Cette proclamation a été publiée dans la <i>Correspondance</i>, sous le n° 5859. [^2]: Moustache, Esprit Chazals dit Moustache, courrier attaché à Bonaparte. [^3]: Louis André Pichon, diplomate français en poste aux États-Unis. [^4]: Roume de Saint-Laurent, représentant du gouvernement français à Saint-Domingue. [^5]: Henri Christophe est l’un des principaux généraux de Toussaint-Louverture. [^6]: Chef de brigade. [^7]: Même si la paix n’est pas encore définitivement signée, le gouvernement britannique se fait l’allié objectif de la France pour « remettre de l’ordre » dans les colonies, ce qui est son intérêt. [^8]: Pauline Bonaparte. [^9]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 5868, d’après les Archives de l’Empire.</body>