| identifiant | CG3-5440.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1800/06/16 00:00 |
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| titre | Napoléon à François II, empereur germanique |
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| texte en markdown | <body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 5440. - </b>À François II, empereur germanique</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Marengo, 27 prairial an VIII [16
juin 1800]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai
l’honneur d’écrire à Votre Majesté pour lui faire connaître
le désir du peuple français de mettre un terme à la guerre qui
désole nos pays.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">L’astuce
des Anglais a empêché l’effet que devait naturellement produire
sur le cœur de Votre Majesté ma démarche à la fois simple et
franche.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La guerre
a eu lieu. Des milliers de Français et d’Autrichiens ne sont
plus..... Des milliers de familles désolées redemandent leurs
pères, leurs époux, leurs fils !.... Mais le mal qui est fait est
sans remède ; qu’il nous instruise du moins et nous fasse
éviter celui que produirait la continuation des hostilités ! Cette
perspective afflige tellement mon cœur, que, sans me rebuter de
l’inutilité de ma première démarche, je prends derechef le parti
d’écrire directement à Votre Majesté, pour la conjurer de mettre
un terme aux malheurs du continent.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">C’est
sur le champ de bataille de Marengo, au milieu des souffrances et
environné de 15 000 cadavres, que je conjure Votre Majesté
d’écouter le cri de l’humanité, et de ne pas permettre que la
génération de deux braves et puissantes nations s’entr’égorge
pour des intérêts qui leur sont étrangers.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">C’est à
moi de presser Votre Majesté, puisque je suis plus près qu’elle
du théâtre de la guerre. Son cœur ne peut pas être si vivement
frappé que le mien.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les armes
de Votre Majesté ont assez de gloire ; elle gouverne un très
grand nombre d’États[^1].
Que peuvent donc alléguer ceux qui, dans le cabinet de Votre
Majesté, veulent la continuation des hostilités ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les
intérêts de la religion et de l’Église ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Pourquoi
ne conseille-t-on pas à Votre Majesté de faire la guerre aux
Anglais, aux Moscovites, aux Prussiens ? Ils sont plus loin de
l’Église que nous.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La forme
du gouvernement français, qui n’est point héréditaire, mais
simplement électif ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Mais le
gouvernement de l’Empire est aussi électif[^2] ;
et d’ailleurs Votre Majesté est bien convaincue de l’impuissance
où serait le monde entier de rien changer à la volonté que le
peuple français a reçue de la nature de se gouverner comme il lui
plaît. Et pourquoi ne conseille-t-on pas à Votre Majesté d’exiger
du roi d’Angleterre la suppression du Parlement et des États, ou
des États-Unis d’Amérique la destruction de leur Congrès ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les
intérêts du Corps germanique ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Mais Votre
Majesté nous a cédé Mayence, que plusieurs campagnes n’ont pu
mettre en notre pouvoir, et qui était dans le cas de soutenir
plusieurs mois de siège ; mais le Corps germanique demande à
grands cris la paix, qui seule peut le sauver de son entière ruine ;
mais la plus grande partie du Corps germanique, les États mêmes du
roi d’Angleterre, seul instigateur de la guerre, sont en paix avec
la République française.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Un
accroissement d’États en Italie pour Votre Majesté ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Mais le
traité de Campoformio a donné à Votre Majesté ce qui a été
constamment l’objet de l’ambition de ses ancêtres.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">L’équilibre
de l’Europe ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La
campagne passée montre assez que l’équilibre de l’Europe n’est
pas menacé par la France, et les événements de tous les jours
prouvent qu’il l’est par la puissance anglaise, qui s’est
tellement emparée du commerce du monde et de l’empire des mers,
qu’elle peut seule résister aujourd’hui à la marine réunie des
Russes, des Danois, des Suédois, des Français, des Espagnols et des
Bataves. Mais Votre Majesté, qui a un grand commerce aujourd’hui,
est intéressée à l’indépendance et à la liberté des mers.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La
destruction des principes révolutionnaires ?</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Si Votre
Majesté veut se rendre compte des effets de la guerre, elle verra
qu’ils seront de révolutionner l’Europe en accroissant partout
la dette publique et le mécontentement des peuples.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">En
obligeant le peuple français à faire la guerre, on l’obligera à
ne penser qu’à la guerre, à ne vivre que de la guerre, et les
légions françaises sont nombreuses et braves.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Si Votre
Majesté veut la paix, elle est faite : exécutons de part et d’autre
le traité de Campoformio, et consolidons, par un supplément, la
garantie des petites puissances, qui, principalement, paraît avoir
été cause de la rupture de la paix.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Donnons le
repos et la tranquillité à la génération actuelle. Si les
générations futures sont assez folles pour se battre, eh bien,
elles apprendront, après quelques années de guerre, à devenir
sages et à vivre en paix.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je pouvais
faire prisonnière toute l’armée de Votre Majesté. Je me suis
contenté d’une suspension d’armes, ayant l’espoir que ce
serait un premier pas vers le repos du monde, objet qui me tient
d’autant plus à cœur, qu’élevé et nourri par la guerre, on
pourrait me soupçonner d’être plus accoutumé aux maux qu’elle
entraîne.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Cependant
Votre Majesté sent que, si la suspension d’armes qui a lieu ne
doit pas conduire à la paix, elle est sans but et contraire aux
intérêts de ma nation.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Ainsi, je
crois devoir proposer à Votre Majesté :</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">1<sup>o</sup>
Que l’armistice soit commun à toutes les armées ;
</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">2<sup>o</sup>
Que des négociateurs soient envoyés, de part et d’autre,
secrètement ou publiquement, comme Votre Majesté le voudra, dans
une place entre le Mincio et la Chiese, pour convenir d’un système
de garantie pour les petites puissances, et expliquer les articles du
traité de Campoformio que l’expérience aurait montrés devoir
l’être.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Si Votre
Majesté se refusait à ces propositions, les hostilités
recommenceraient ; et, qu’elle me permette de le lui dire
franchement, elle serait, aux yeux du monde, seule responsable de la
guerre.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je prie
Votre Majesté de lire cette lettre avec les mêmes sentiments qui me
l’ont fait écrire, et d’être persuadée qu’après le bonheur
et les intérêts du peuple français, rien ne m’intéresse
davantage que la prospérité de la nation guerrière dont, depuis
huit ans, j’admire le courage et les vertus militaires.[^3]</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/>
</p>
[^1]: Ceux du Saint Empire romain germanique.
[^2]: <span></span> Nouvelle allusion, faussement naïve, aux institutions du Saint Empire. Si la couronne impériale est effectivement élective, les Habsbourg règnent depuis le XV<sup>e</sup> siècle sur cet hétéroclite ensemble qui sera officiellement supprimé en 1806.
[^3]: Minute, Archives nationales, AF IV 861, prairial an VIII, n° 65.</body> |
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