| identifiant | CG3-5419.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1800/06/07 00:00 |
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| titre | Napoléon à Cambacérès et Lebrun, consuls de la République |
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| texte en markdown | <body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 5419. - </b>À Cambacérès et Lebrun, consuls de la République</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Milan, 18 prairial an VIII [7 juin
1800]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai
reçu, citoyens consuls, vos courriers des 10, 11 et 12 prairial.
Vous verrez, par le bulletin ci-joint[^1],
la situation de l’armée : tout continue d’aller au mieux.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je crois
très utile que vous destituiez la municipalité de Calais, pour son
peu de surveillance et pour avoir laissé échapper le nommé
Dupeyrou[^2],
chef de la contre-police anglaise. Il faut mettre à Calais des
hommes d’un patriotisme sûr et à l’abri de la corruption des
Anglais.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le rapport
du ministre de l’Intérieur[^3],
pour la suppression de <i>l’Ami des lois,</i> ne me paraît pas du
tout fondé en raison. Il me semble que c’est rendre l’Institut
odieux que de supprimer un journal parce qu’il a lâché quelques
quolibets sur cette société, qui est tellement respectée en Europe
qu’elle est au-dessus de pareilles misères. Je vous assure que,
comme président de l’Institut, il s’en faut peu que je ne
proteste. Qu’on dise, si l’on veut, que le soleil tourne, que
c’est la fonte des glaces qui produit le flux et le reflux, et que
nous sommes des charlatans, il doit régner la plus grande liberté[^4].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je vois,
sur un état que vous m’envoyez des détenus du mois de floréal,
qu’il y en a 281 pour fait de désertion. Il serait peut-être
nécessaire que vous nommassiez une commission militaire pour juger
ces gens-là, et ne pas les laisser pourrir en prison.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je reçois
des lettres de Corse qui m’apprennent qu’on a expédié beaucoup
de bâtiments pour Malte ; je vous les envoie. Il sera peut-être
bon de faire un petit article officiel afin de démentir les bruits
répandus sur la révolte des départements du Golo et du Liamone[^5].[^6]</p>
[^1]: <span></span> Publié dans la <i>Correspondance</i>, sous le n<sup>o</sup> 4893<i>.</i>
[^2]: Dupéron [parfois Dupérou] Louis Charles Joseph (1770- ?), fils d’un officier de chambre à la Cour de Bade, polyglotte et interprète (1793) au ministère des Relations extérieures il devient sous le Directoire expert de l’espionnage britannique ‑ sous le nom de code de « Marchand » ‑ au service de Lebrun-Tondu, Deforgues et Delacroix. Il aurait cependant davantage servi William Pitt que ses employeurs français successifs. Sous le Consulat, il devient agent double au service d’Hyde de Neuville et de Talleyrand, voire triple, car son seul maître pourrait bien n’avoir été que le cabinet britannique. Arrêté à Calais en mai 1800, il est incarcéré au Temple jusqu’en 1802, puis assigné à résidence à Grenoble. Agent double, voire même triple, qui sert à la fois Talleyrand et les agences anglaises et royalistes. Il est repris peu de jours plus tard et enfermé au Temple où il rédigera un mémoire dans lequel il accuse le ministre des Relations extérieures d’avoir livré des renseignements importants aux Anglais. Talleyrand aura bien du mal à se justifier auprès du Premier Consul ; en plaidant notamment que l’objectif était de déstabiliser le cabinet de Londres.
[^3]: Lucien Bonaparte.
[^4]: <span></span> La suppression du journal aurait été une manœuvre délibérée et astucieuse de Lucien Bonaparte pour déconsidérer Cambacérès. <i>L’Ami des lois</i> du 25 avait ridiculisé le second Consul qui avait alors demandé au ministre de l’Intérieur d’intervenir. Le lendemain, ce journal s’attaquait à l’Institut et le ministre en profitait pour l’interdire, ce qui vaut à Cambacérès le reproche d’avoir suivi Lucien.
[^5]: Départements de la Corse.
[^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 861, prairial an VIII, n° 50.</body> |
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